Le Fantôme de la Rivière

Retour aux Grimoires

Le présent est déjà passé, d'anciennes histoires deviennent contes présents, la mémoire devient action, et tout se brouille...

(HRP: Event se déroulant en jeu et sur le forum)

 

 Chapitre I

- Racontez-nous une histoire qui fait peur !
- Oui ! Une histoire de fantôme !

Les enfants attendaient ce moment avec impatience. Le crépuscule se retirait lentement en une élégante et discrète révérence, annonçant l’heure prochaine du coucher. Mais avant cela les bambins fatigués quoique encore excités avaient droit, comme chaque soir, à une histoire. D’ordinaire c’était leur mère qui la leur racontait, selon un rituel immuable mais tellement fascinant pour l’esprit des enfants qu’il semblait à chaque fois différent et porteur de merveilles insoupçonnées. Ils se drapaient dans un silence cérémonieux, tandis qu’ils regardaient leur mère monter les escaliers vers le premier étage qui leur était interdit. Elle se dirigeait avec une lenteur calculée vers la bibliothèque que les enfants entr’apercevaient collée contre le mur de la petite pièce trônant en haut de l’escalier. Elle parcourait d’un regard pensif les étagères et prenait à cet instant pour ses enfants l’aspect irréel d’une reine de jadis, belle et majestueuse. Elle saisissait alors un ouvrage selon des critères mystérieux, et redescendait lentement en souriant aux bambins trépignants. Ces derniers se précipitaient alors dans le salon, chacun prenant sa place favorite autour du fauteuil où s’installait leur mère.

Il arrivait cependant qu’un homme passe à l’improviste, arrivant en début d’après-midi et s’entretenant longuement avec leur mère. Il venait rarement, et les enfants qui ne connaissaient pas son nom l’avaient surnommé le conteur parce qu’il ne manquait pas, avant de partir dans la nuit naissante, de prendre à sa charge l’histoire du soir. Le rituel changeait alors, le conteur laissant les enfants choisir un thème général avant d’entamer une histoire à chaque fois inédite. Et ce soir, les enfants voulaient une histoire de fantômes…

A cette demande le conteur jeta un rapide coup d’œil à la mère des enfants. Elle s’occupait toujours à quelque chose pendant que l’histoire se déroulait, mais ne quittait jamais le salon. Le conteur savait qu’elle n’envisagerait pas un seul instant de le laisser seul avec ses enfants…même après des années passées à donner des gages de confiance certaines choses ne s’oubliaient jamais. Le conteur observa la mère des enfants continuer son occupation et comprit que cette absence de réaction était un assentiment silencieux. Elle savait quelle histoire il allait raconter et lui donnait l’autorisation de commencer. Le conteur sourit et se tourna vers les enfants :
- Une histoire de fantôme, alors ? Hmm, vous n’êtes pas un peu petits ?
- Non ! protestèrent les enfants de concert et avec véhémence, même si la plus petite serra son doudou avec inquiétude.
- D’accord. Je vais vous raconter l’histoire du fantôme de la rivière. C’était il y a bien longtemps, dans la forêt entourant la grande cité humaine de Stormwind. Tout commença par une lettre que le Maréchal Dughan envoya au Général Faeh…

Goldshire, 6ème jour du VIIIème Grand Cycle de l’An XXVI
A l’attention du Marquis de Wernoriae, commandant de l’armée d’Aarkonie


Général,

Il arrive tous les ans à la même période qu’un fantôme rôde dans le sud-ouest de la Forêt d’Elwynn : il part de l’île située au confluent des deux rivières encadrant la Lisière et remonte vers le pont situé près de la tour de garde. Ce fait commence à être connu, et des badauds affluent invariablement malgré les dangers de cette région dus à la présence de gnolls. L’année dernière le petit Billy Maclure a même failli se noyer dans la rivière dont le courant est plus fort qu’il n’y paraît. Je sollicite l’aide de vos hommes pour sécuriser les abords de la rivière et tenir les civils à distance. Mes hommes auraient pu effectuer cette mission si la plupart n’avait été blessé lors des dernières attaques du Fléau. Je suis en manque flagrant d’effectif. Je conçois que cette opération n’a rien de militaire, néanmoins une aide de votre part serait la bienvenue. Le fantôme apparaît le 7ème, le 8ème et le 9ème jour de ce Grand Cycle, à chaque fois vers la 20e heure.

Respectueuses salutations

Maréchal Dughan,
Commandant des forces du Goldshire

A Goldshire, 6ème jour du VIIIème Grand Cycle de l’An XXVI
 

AVIS A LA POPULATION


Le service d’entretien des canaux et rivières de la Forêt d’Elwynn va procéder à d’importants travaux sur la cascade du Ruisseau de l’Ouest et aux abords du Lac Miroir. Pendant la durée des travaux, ledit ruisseau peut être amené à connaître des variations de débit importantes. Pour des raisons de sécurité, il est donc strictement interdit de s’approcher des berges, ceci jusqu’au matin du dixième jour de ce Grand Cycle. Des hommes en armes veilleront à faire respecter ces consignes.

Maréchal Dughan,
Commandant des forces du Goldshire

Tandis que le conteur poursuivait sa narration aux enfants déjà captivés, deux gamins, non loin de là, avaient une grande conversation tout en pêchant dans les canaux de Stormwind:

- Si, j’te jure, y a un fantôme. Je l’ai vu l’année dernière. Maclure aussi, mais il le dira pas parce qu’il a tellement eu la trouille qu’il a failli se noyer.
- N’importe quoi ! C’est comme ce que tu racontes sur les poissons géants, c’est du pipeau.
- Nan c’est vrai ! Et même qu’ils peuvent marcher et te manger !
- C’est faux. T’es un menteur.
- Quoi ?

Bruit de corps tombant dans l’eau…

 Chapitre II

Les enfants écoutaient avec attention le Conteur qui poursuivait son récit. Même la plus jeune, captivée, en oubliait de serrer son doudou dans ses bras. "Nombreux furent les badauds, et parmi eux beaucoup d’enfants, à se presser pour apercevoir le fantôme. Mais les hommes du Maréchal Dughan et du Général Faeh accomplirent leur rôle à merveille, et bien peu purent s’approcher de la rivière au moment où le fantôme apparut. Il en est un pourtant, un nain appartenant à la milice d’Aarkonie, un certain Volstagg Burlgatri, qui bien que n’étant pas affecté à cette mission parvint à se faufiler jusqu’à l’île située au sud-ouest de la Forêt d’Elwynn. Il vit ainsi apparaître le fantôme près de deux tombes oubliées aux noms effacés et le suivit alors qu’il remontait la rivière en se lamentant. Le fantôme multipliait les gestes étranges, et le nain ne comprit pas tout ce qu’il faisait. Il le suivit pour tenter de comprendre la présence du fantôme en ce lieu, et eut la surprise de voir apparaître plus loin près d’un pont deux autres fantômes semblables à des voleurs qui se jetèrent sur le premier et le tuèrent".

Le Conteur accéléra sa diction sur la dernière phrase, et les enfants tressaillirent de concert. Il les regarda un à un d’un regard pénétrant pour accentuer son effet…mais l’aîné, soucieux de prouver qu’il n’avait pas peur, reprit rapidement son assurance et fit une remarque :
- Ca peut pas mourir un fantôme, c’est déjà mort !
- Tu sais qui est peint sur le tableau dans le couloir ? demanda le Conteur, s’attendant visiblement à une telle question et ayant déjà préparé la parade.
- Oui, c’est grand-père.
- Il est mort, n’est-ce pas ?
- Ben…oui, et alors ?
- Son image sur le tableau ne s’est pas effacée quand il est mort. Un fantôme, c’est un peu la même chose : c’est l’image de quelqu’un qui a disparu, un souvenir qui reste. La plupart des fantômes ont quelque chose à demander aux vivants, une sorte de dernière volonté. Mais comme ils ne peuvent pas parler, ils ont du mal à se faire comprendre. C’est pour ça que nous avons peur d’eux : nous ne savons pas ce qu’ils veulent.
- Il a pas eu peur le nain ! Moi, quand j’serai grand je serai un nain !

Le Conteur esquissa un sourire et aperçut du coin de l’œil la mère des enfants qui se retenait de pouffer. Epoque bénie que ces temps insouciants ! Les enfants auraient été bien étonnés d’apprendre que cette histoire n’avait rien d’une légende, et que leur mère avait croisé la route de ce nain. Le Conteur se laissa aller à quelques instants de mélancolie, faisant ressurgir de sa mémoire les images du Comptoir d’Aarkonie, la fameuse taverne tenue par Volstagg et son compère Augrime, taverne qui avait vu naître bien des éclats de rire et autant de récits avérés que de légendes fumeuses…
- Et le fantôme de la rivière, il était là pourquoi ? s’impatienta l’aîné.
- Ah ça, les Aarkoniens allaient bientôt le découvrir, car le fantôme laissa un indice qui ne passa pas inaperçu : un tabard représentant un disque jaune sur fond rouge…
 

 Chapitre III

En voyant entrer le nain, Rebecca Laughlin pensa d’abord qu’il s’agissait d’un de ces innombrables guerriers débarquant dans l’échoppe sans avoir la moindre notion des règles régissant l’art complexe et subtil de l’héraldique. Aujourd’hui n’importe quelle guilde ou particulier, moyennant un peu d’argent, pouvait se faire fabriquer un tabard : le commerce était florissant, assurant par ailleurs un niveau de vie excellent pour la famille Laughlin, mais la tradition en pâtissait grandement.

Rebecca changea d’opinion quand elle vit que le nain portait déjà un tabard, tabard dont elle reconnut immédiatement les couleurs : d’or sur fond de sable… le Duché d’Aarkonie. Une partie de la noblesse d’Azeroth, même durement éprouvée, avait su conserver ses valeurs, et les emblèmes ancestraux gardaient de leur superbe par rapport aux autres. Dame Laughlin se souvenait encore du jour où le Régent Van Kred était venu passer commande : les occasions de travailler pour de si nobles et illustres clients étaient rares, et la maison Laughlin y avait mis tout son savoir-faire.

Il y a peu, un autre nain du Duché était passé pour se renseigner sur l’origine des tabards et sur leur rôle, et Rebecca l’avait longuement entretenu, appréciant de pouvoir faire ainsi étalage de toutes ses connaissances et de la passion qu’elle nourrissait pour son métier. Perdue dans ses pensées, elle faillit ne pas entendre la demande du nain…elle avait d’ailleurs dû manquer les présentations, car elle ne se souvenait plus du nom du visiteur alors que sa mémoire à ce sujet était sans faille : elle se flattait de pouvoir retenir n’importe quel nom elfe dès la première fois qu’elle l’entendait.

- Bien le bonjour, messire. Assurément vous avez frappé à la bonne porte. Je me présente : Rebecca Laughlin, responsable de la fabrication des tabards. Disque d’or sur fond de gueule, avez-vous dit…eh bien cela ne me dit rien. Mais je me fais fort de trouver une réponse à votre question : nous conservons des représentations de tous les tabards existants. Il s’agit peut-être d’un emblème ancien et qui n’est plus guère usité, sinon je m’en souviendrais. Où l’avez-vous vu ? Dame Laughlin entraîna le nain dans l’arrière boutique, où trônaient des étagères remplies d’imposants ouvrages. Elle s’arrêta brusquement quand le nain, après une hésitation, lui avoua dans quelles circonstances il avait vu le tabard.

- Le fantôme de la rivière ? Je croyais que c’était une histoire que les gamins se racontaient entre eux…vous l’avez vraiment vu ? Ca alors ! Et il portait cet emblème ? Voilà qui est intéressant. Vous savez, la généalogie peut rapidement devenir un passe-temps passionnant. Elle dévoile bien des secrets oubliés…oh ! Mais j’y pense…oui bien sûr ! Rebecca reprit sa progression aussi soudainement qu’elle l’avait interrompue, saisit un volume d’une main assurée et le posa précautionneusement sur un large pupitre. Elle l’ouvrit au milieu et en tourna les pages lentement.

- Alors…Stromgarde…Kul Tiras…Dalaran…Aarkonie, voilà ! Oui c’est bien ce que je pensais. Ce tabard est celui d’une riche famille de banquiers aarkoniens, les Berzini. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu leur emblème. En fait, pour être honnête je ne l’ai vu que dans ces livres. Peut-être que cette famille a disparu… Rebecca Laughlin fit la moue. Elle avait noté le vif intérêt du nain pendant la conversation, et avait déjà imaginé l’entretenir longuement de l’art des blasons, de la signification des couleurs et des émaux, de l’étourderie d’un jeune tisseur qui était à l’origine de ce qui était devenu le fameux aigle pied-bot des Lamperen de Gilneas…mais elle se rendait compte à présent que l’Aarkonien était surtout intéressé par la découverte de l’identité du fantôme de la rivière. La marchande de tabard soupira.

- Hélas messire, je ne saurais vous en dire plus : le seul nom que je peux vous donner est celui de la famille à qui appartenait ce tabard, nom que je vous ai déjà mentionné…Berzini. Mes livres donnent les blasons de chaque famille, et non point leur histoire et leurs membres.

 Chapitre IV

Jeremiah van Pattagem s’occupait avec minutie et sérieux de l’archivage des innombrables textes émanant du Sénat et qui formaient l’imposant corpus législatif aarkonien. Lors de l’invasion par les peaux-vertes, il avait pris tous les risques pour sauver les originaux des documents qui lui paraissaient les plus importants. Lorsque le Régent Van Kred avait refondé le Duché, Jeremiah avait été parmi les premiers à le rejoindre, apportant avec lui ce qu’il considérait comme l’héritage le plus précieux. Le Régent avait apprécié le geste et avait remercié van Pattagem en lui attribuant à nouveau la charge que ce dernier possédait du temps du Duc Saargon Ier. L’Artwendorien gardait dans un coffre verrouillé le parchemin lui signifiant sa nomination, nomination dont il tirait une immense fierté.

Van Pattagem passait d’innombrables heures à compulser, archiver, indexer, annoter les textes de loi. Il en avait acquis tout à la fois une réputation de bourreau de travail et de spécialiste du corpus législatif. Il lui était ainsi arrivé d’être consulté lors d’oppositions concernant d’obscurs points de procédure, prenant le temps de la réflexion au grand dam des partis engagés mais livrant toujours un avis précis et étayé ne souffrant aucune discussion. Jeremiah était d’autant plus minutieux qu’une interprétation erronée – ou pire, approximative – d’un texte pouvait déboucher sur de grands malheurs.

Aussi, lorsque le Nain l’apostropha sans autre forme de protocole comme s’il n’était qu’une personne du commun, Jeremiah releva la tête de son bureau, réajusta son monocle et fit une moue dédaigneuse : non seulement l’importun s’était trompé de bureau, mais en plus il semblait persuadé que sa demande ne souffrait aucun délai. L’Artwendorien soupira en remarquant la tenue du nouveau venu : un milicien, forcément. Il n’y avait pas grand-chose à attendre de ces grognards bourrus ayant pour tout exercice de convenance la compagnie des bêtes sauvages et pour toute habitude de conversation les hurlements grossiers adressés à l’ennemi lors d’une charge.

Van Pattagem pensa dans un premier élan indiquer au milicien l’emplacement du bureau pouvant donner suite à la demande qu’il avait formulée, il vulait tout savoir sur une famille du nom de Berzini. Il se ravisa en imaginant le nain déambuler dans les couloirs, frappant à toutes les portes et semant la pagaille dans les bureaux…mieux valait éviter tout ce désordre. Jeremiah tendit le bras droit et, d’un geste précis, saisit une feuille de papier jaune sur le dessus d’une des nombreuses piles minutieusement rangées qui attendaient sur un meuble bas à la droite de son bureau. Il tendit la feuille au Nain en lui disant d’un ton sec :

- Veuillez remplir ce formulaire et le poster dans la boîte aux lettres du service interne du Sénat qui se trouve à l’entrée. Le nom du destinataire est déjà indiqué, vous avez juste à remplir les cases et la réponse vous sera expédiée dans les trois jours. Vous savez écrire, au moins ? Le Nain ne releva même pas la remarque, il arracha presque le document des nains de celui qui le lui tendait, il le compléta devant lui, il comptait certainement sur son aide si quelques points lui restaient obscurs...

 Formulaire E654-c
 

POUR : scribe enquêteur Théophraste Kloden, service des archives familiales

OBJET : demande d’information concernant une famille aarkonienne

NOM DU DEMANDEUR : Volstagg Burlgatri
FONCTION : Milicien de la Maison de Wernoriae

NATURE DE LA DEMANDE (1) : Etat de service et acte de décès des membres de la famille Berzini, riche banquier aarkonien.

RAISON DE LA DEMANDE (2) : Enquête sur le décès d’un supposé membre de la famille Berzini. Ces nouvelles informations confirmeront ou non cette supposition.

DATE ET SIGNATURE

Le Treizième du Huitième grand Cycle.

V. Burlgatri

(1) : indiquez le nom de la famille ou du(des) membre(s) de la famille sur lequel(lesquels) se porte votre recherche. Plus la demande est ciblée, plus la réponse est rapide. Si votre demande porte sur des membres de familles différentes, remplissez un formulaire par famille.

(2) : indiquez les motifs de votre demande. Cela permettra à nos services de centrer leur réponse sur les informations qui concernent directement votre demande.

NOTE : le service des archives familiales est autorisé à divulguer les informations publiques. Pour obtenir des informations confidentielles ou classées secrètes par le Sénat, le Conseil Ducal ou la Régence vous devez obtenir un accord spécial en faisant remplir le formulaire E843-b (exemplaire bleu) et en le joignant à votre demande.

 Chapitre V

Théophraste ouvrit la porte : devant lui apparut une pièce de taille moyenne rendue minuscule par la présence de plusieurs bibliothèques tapissant les murs et dont les étagères, fardées de bibelots hétéroclites et de livres posés dans tous les sens, donnaient une impression de fatras sans nom. Impression renforcée par l’épais tapis vieilli recouvrant à moitié un parquet grinçant qui supportait un large bureau en bois et un impressionnant fauteuil en cuir. Le scribe enquêteur sourit : il était rentré chez lui. L’homme entra dans la pièce, ôta sa gabardine brune poussiéreuse et la jeta d’un geste sûr en direction du porte manteaux. Ce dernier chancela sous le poids, oscilla sur lui-même puis finit par se stabiliser en même temps que Théophraste se laissait tomber dans le fauteuil. Le scribe saisit la paperasse en attente, se laissa aller en arrière, posa les pieds sur le bureau et inspecta le courrier.

La plupart des formulaires qui aboutissaient au service des archives familiales concernaient des vérifications de filiation dans le cadre d’héritages, des informations complémentaires demandées par des férus de généalogie ou des recherches faites par des nobles soit pour glorifier leur lignée soit pour dénicher le canard boiteux d’une lignée adverse. Les différentes Maisons diligentaient également de nombreuses missions à propos de leurs recrues et, en de très rares occasions, le Conseil Ducal faisait appel au service des archives familiales. Il était même arrivé, à trois reprises, que le Régent lui-même ordonne une enquête. Mais cela, seul le précédent responsable du service le savait : il l’avait raconté à Théophraste le jour où, trois mois plus tôt, il lui avait transmis le poste en même temps que ses dernières recommandations.

Ces derniers jours l’attention se portait sur les candidatures à la Régence de la Grande Ordonnatrice Nyx de Mariakale et de la Sénatrice Linebleue d’Harloup. Le scribe avait lui-même pris en charge toutes les recherches sur ce sujet délicat, se plongeant avec délectation dans des recherches dont l’issue avait une importance capitale pour le présent de l’Aarkonie. Théophraste se considérait comme un aventurier, et il avait un don, une sorte de sixième sens pour détecter, parmi tous les formulaires qui lui étaient envoyés, celui qui allait le mettre sur une piste passionnante. Il se concentra en parcourant ceux qui l’attendaient, et en sélectionna quatre qui titillèrent son esprit. Il répartit les autres en trois petits tas correspondant à chacun de ses employés, puis reprit le premier des formulaires qu’il s’était réservé.

Celui-ci avait attiré son attention car il émanait du bureau de Van Pattagem : l’archiviste était le seul dans tout le Sénat à disposer de formulaires nominatifs pré remplis. Les deux hommes, au style opposé, ne s’appréciaient guère mais reconnaissaient leurs qualités respectives. Théophraste se souvenait encore du jour où, poussé à bout par l’attitude protocolaire et condescendante de l’archiviste, un milicien s’était exclamé : « Ah ! Je vais vous le faire bouffer votre fichu papelard ! ». Ce à quoi Van Pattagem avait répondu sans se démonter : « Du moment que vous avez une autorisation, je veux bien ingérer tout ce que vous voulez. ». Le milicien, croyant à une note d’humour, était parti d’un grand rire en même temps que de la pièce et la situation n’avait pas dégénéré. Ce qui était troublant dans ce formulaire c’est qu’il opposait la réputation de rigueur et de précision de Van Pattagem et le contenu vague de la demande.

Berzini, Berzini…ce nom évoquait bien quelque chose à Théophraste mais il n’arrivait pas à remettre le doigt dessus. Et puis le formulaire ne précisait pas sur quel personnage devait s’orienter les recherches. Si ce Burlgatri voulait effectivement une notice sur tous les membres de la famille, la recherche risquait de prendre des mois. Apparemment le milicien enquêtait sur un décès et voulait savoir si le mort faisait bien partie de la famille Berzini. Théophraste devait donc chercher du côté des Berzini récemment décédés…à moins que le décès ne soit plus ancien, mais le formulaire ne précisait rien. Le scribe grogna, se leva d’un bond et partit en direction des quartiers aarkoniens pour accéder à la salle des archives dans les combles.

Stormwind, 16ème jour du VIIIème Grand Cycle de l’An XXVI
 


Milicien Burlgatri,

Les informations que vous avez transmises à notre service concernant les recherches que vous avez mandées à propos de la famille Berzini manquaient de précisions mais il semble tout de même que nous puissions fournir la réponse qui permettra, espérons-nous, de vous donner entière satisfaction quant à l’objet de votre demande qui a été étudiée avec le plus grand intérêt ainsi qu’avec diligence.

Vos suppositions concernant les Berzini en général sont exactes : il s’agit d’une famille de banquiers originaires des Carmines qui s’est installée en Aarkonie vers -140 et a été ensuite naturalisée par le Duc Dugaak I. Les Berzini avaient dans leur clientèle plusieurs familles de la basse et moyenne noblesse et ont franchi une étape supérieure lorsque Tolomei Berzini s’est allié par mariage aux De Rougemont, qui avaient alors leurs entrées au Conseil Ducal. Malheureusement, si comme vous semblez l’indiquer vous enquêtez sur un décès récent, ce dernier ne peut en aucun cas concerner un membre de la famille Berzini. Le dernier à avoir porté ce nom est Tolomei Berzini : il était le seul héritier et ses deux enfants ont pris le patronyme de De Rougemont. Ainsi, d’un point de vue généalogique, le dernier Berzini à être décédé n’est autre que Tolomei, qui a été assassiné aux abords de Stormwind en -51 alors qu’il s’y rendait pour affaires.

Nous restons à votre disposition pour de plus amples informations.
Respectueuses salutations

Théophraste Kloden
Scribe enquêteur
Responsable du Service des Archives Familiales

HRP : Event qui se déroule pour partie en jeu et pour partie sur les forums. Voyez le post initial sur les forums pour vous tenir informé des derniers événements et des rendez-vous en jeu. Une grande part des "événements" se dérouleront sur le forum, tout le monde peut y participer (soit en étant le premier à réagir à un élément, soit en rapportant la situation d'un autre point de vue, libre à vous de réagir comme vous le voulez, mais en étant toujours prêts à subir les conséquences d'actes maladroits).