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Le
Recteur Daarkan van Kred, ancien Régent du Duché d'Aarkonie,
n'a pas repris son poste à l'Académie Palinka d'Alianis
comme il l'aurait du au 7e jour du Ier Grand Cycle. Surpris de
cette absence, mais aussi inquiets de ne rien savoir de sa
situation, plusieurs aarkoniens se sont mis à sa
recherche... |
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[Messages
initiaux et complémentaires sur ce
post
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(HRP: Event se déroulant en jeu
et sur le forum) |
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Chapitre I |
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Hurlevent,
13e
jour
du
Ier
Grand
Cycle
de
l’An
XXVIII
A
l’attention
des Aarkoniens,
affichage
public,
Quartiers
Résidentiels |
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Par la présente, nous informons les aarkoniennes et les aarkoniens que le Seigneur Daarkan van Kred n'a pas repris son poste au rectorat de l'Académie Palinka d'Alianis le 7e jour du Ier GC de l'An 28. Nombreux sont ceux d'entre vous à s'être inquiétés de cette absence. Le Recteur van Kred nous avait préalablement fait part de sa volonté de ne pas reconduire sa charge auprès de l'Académie, mais nous sommes pris au dépourvu par son absence actuelle. Pour pallier à cette absence, le Rectorat est assuré par Jeremy de Matus et par Bastiat Gérard, respectivement vice-recteur et secrétaire général de l’Académie. Nous n’avons à ce jour reçu aucune nouvelle du Recteur Daarkan van Kred, nous faisons cependant le nécessaire pour recevoir dans les meilleurs délais des nouvelles rassurantes de sa situation présente.
Note: Les locaux de l’Académie seront à nouveau ouverts au public de la 9e heure du matin à la 11e heure du soir dès demain, 14e jour du Ier GC. Nous vous prions d'excuser les difficultés d'accès et les entraves administratives qui ont jalonné ce cycle.
Dont Acte
Régence du Duché d'Aarkonie
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C'est par un
simple communiqué de la Régence que la plupart des
Aarkoniennes et des Aarkoniens furent informés que
Daarkan van Kred n'avait pas repris ses obligations et
n'était pas réapparu en Hurlevent depuis plusieurs cycles.
La plupart des Aarkoniens. Car d'autres, sensibilisés ou
interloqués par le comportement du Recteur van Kred depuis
quelques temps, s'étaient déjà mis en tête de comprendre les
raisons du trouble qui semblait le toucher. Ils furent les
premiers à se mettre à sa recherche.
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Car depuis
son retrait de la Régence, et un peu avant cela, il avait
été si différent de tout ce qu'on aurait pu attendre de lui,
de tout ce qu’on lui avait enseigné à être ! En admettant
que Daarkan van Kred eût toujours été et fût encore sain
d'esprit, le changement de sa situation, lui-même si rapide,
semblait l'avoir profondément affecté. Son évolution, son
comportement, son attitude, son langage, dépassait
infiniment le normal et le prévisible. Ceux qui le
connaissaient bien, ne le reconnaissaient plus.
Habituellement affable, à la limite du pompeux, il était
actif et toujours ouvert aux sollicitations des Aarkoniens.
Mais depuis quelques temps on ne le voyait plus guère. Il
restait enfermé dans ses quartiers, ne sortant qu'à la nuit
tombée, filant comme une ombre et évitant tout contact et
toute conversation.
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Elenwë
Alquàirë et Galaad, fils d’Elethan, l’avaient
pressé de questions un soir où son trouble semblait tout
particulier. Comme s’ils avaient deviné que son actuelle
fragilité faciliterait les réponses. Et Daarkan van Kred
avait parlé, trop parlé. Le fait est qu’ils avaient obtenus
des réponses. Le comment et le pourquoi importaient peu
maintenant qu’ils en savaient plus que les autres. Ils
avaient eu des réponses, pas toutes les réponses souhaitées
et certains énoncés restaient obscurs. Ils en savaient déjà
assez. Ils en savaient déjà trop. Ils furent les premiers à
être alertés par l'absence manifeste du Recteur. Les
premiers à oeuvrer pour savoir ce qu'il advenait de lui.
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L’elfe usa de ses relations
particulières. Elle essaya de faire surveiller, ou plutôt
survoler, la région d'Elwynn par les volatiles, créatures
avec lesquels elle entretient un énigmatique lien.
Véritables sentinelles des cieux, ils voyaient tout sans
être vus. Encore aurait-il fallu qu’ils sachent ce qu’ils
avaient à voir. Mais comment auraient-ils fait attention à
un homme parmi tant d’autres. L’elfe n’obtint rien d’eux.
Peut-être que s’ils savaient à quoi être attentifs,
peut-être alors que leurs yeux seraient attirés par certains
détails, peut-être.
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L'humain, lui, usa d'autres
moyens. Il se rendit dans les quartiers personnels du
Régent, tenta d'interroger les quelques personnes à son
service. On le regarda généralement avec dédain, on ne lui
répondait pas ou alors évasivement. "Il
n'y à rien à dire", entendit-il plus qu'à son
tour. Il sentait bien que sa forte carrure et son air sévère
lui avaient évité les "mêlez-vous
de vos affaires" qui brûlaient les lèvres du
petit personnel de maison. On le vit bientôt traîner dans
les cuisines, l'air de rien, il écoutait les discussions.
Oh, il en appris beaucoup sur les moeurs de quelques nobles,
mais du Seigneur van Kred il ne fut jamais question. Il en
savait également désormais beaucoup plus sur
l'assaisonnement qui devait accompagner les diverses sortes
de viandes. Bref, il n'apprit rien de sérieux, mis à part
qu'il ne toucherait plus à la soupe servi aux miliciens.
Avec le temps, il ne fit qu'attirer sur lui la suspicion :
le cuisinier en chef fut informé par ses subalternes qu'on
pensait avoir trouvé le responsable de la disparition de
certaines victuailles...
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Il avait jeté
ensuite son dévolu sur la salle de repos de la garde.
Eclusant plusieurs bières, à plusieurs reprises, il
interrogeait subtilement, autant qu'on pu le faire après
plusieurs pintes, ses compagnons d'armes. Il apprit que
Daarkan van Kred n'avait aucune escorte particulière, que
depuis qu'il avait quitté les fonctions de Régent il passait
tout son temps à l'Académie, le nez dans des livres
poussiéreux. Et les gardes en question, la plupart n'avait
jamais mis les pieds à l'Académie Palinka d'Alianis. Cela
faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas approché un
livre d'ailleurs. En revanche, Galaad reçut confirmation du
comportement désagréable et étrange de van Kred depuis
quelques temps. Mais cela, il le savait déjà. |
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Plus sérieux,
mais guère plus payant, fut l'initiative qu'il prit de
s'introduire dans les appartements de Daarkan van Kred. Il
n'y trouva rien, visiblement un sérieux ménage avait déjà
été fait. En outre, il n'était en rien versé dans l'art de
la dissimulation, fut-elle nocturne. Ainsi fut-il surpris
par la gardienne, une vieille femme qui le chassa en hurlant
au scandale. Cette intrusion pourrait bien lui valoir
quelques ennuis futurs. Galaad avait eu encore quelques
idées, ne lui restait qu'à les mettre en application... et à
espérer plus de succès. Le Lieutenant Gehenne Milabrega
n'apprendrait donc rien de lui.
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Chapitre II |
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Daarkan
van Kred laissa échapper un long soupir et descendit le
flanc de la colline vers la rivière, regard toujours braqué
au loin, en direction de son objectif, à quelque distance.
Il découvrit un chemin qui menait de la butte au rivage.
Sans plus penser à rien, il le suivit, la lassitude guidant
ses pas. Et à chaque nouvelle enjambée flageolante, ses
forces déclinaient ; il n'avait rien mangé de tout le jour,
et n’avait pas dormi depuis deux jours et deux nuits. Le
temps qu’il lui avait fallu pour terminer la compilation du
manuscrit et s’assurer de sa publication. Le temps aussi
qu’il lui avait fallu pour dérober les plus précieux des
grimoires de l’Académie. Puis, il avait fuit.
Il se sentait étourdi et faible, comme s'il n'était qu'une
enveloppe, creuse, friable, légère, prête à être emportée au
gré du vent. Il descendit cependant le chemin sinueux vers
la rivière, non loin du petit pont il se retourna. Au-delà
de la Tour de la Crête qui se dessinait sous les cieux, il
devinait Hurlevent, il devinait son passé révolu et ses
rêves envolés. Il détourna le regard, grimaçant. Trop de
compromissions.
Il laissa ses pieds l'emmener tandis que son corps et son
esprit étaient vidés d'épuisement. Les vagues léchaient
gentiment les galets et gargouillaient affectueusement près
de la petite cascade. Des oiseaux en quête d'un perchoir
pour la nuit tournoyaient dans les airs et filaient vers des
creux et des nids creusés dans le flanc de la falaise
rocheuse, et leurs piaillements aigus déchiraient le
silence. Le vent fraîchit, et les nuages se teintèrent
progressivement de violet. Une brume vespérale s'accrocha
aux hauteurs de la montagne – linceul destiné à décourager
l'oeil indiscret.
Il fit encore quelques pas le long du rivage, sans même
savoir ce qu'il faisait ni au devant de quoi il allait. Il
ne pensait à rien d'autre que marcher, aller là où sa
conscience lui dictait d’aller. Il arriva devant une forme
lisse et arrondie sur le bord de la rivière, objet à peine
discernable, sombre sur fond légèrement moins sombre. Il
trébucha peu avant, et son esprit évoqua aussitôt l'image
des malheureux qu'il avait massacré par le passé. Il s'en
approcha lentement, tremblant à l'idée de retrouver encore
une fois un même cadavre que ceux dont ses cauchemars
étaient hantés depuis plusieurs cycles. Il s'approcha
encore, s'arrêta près de la chose et tendit la main. Des
cheveux !
Ce contact le fit reculer de dégoût. Était-ce un quelconque
animal, mort et apporté par les flots ? Mais, sous les
poils, il avait perçu une dureté qui n'avait rien à voir
avec de la chair, même de la chair morte. La chose avait une
forme qui ne correspondait à aucune bête. Il tendit de
nouveau la main et la passa le long de la surface dure et
friable, puis poussa l'objet. Il sonna creux en heurtant les
rochers. Alors il comprit de quoi il s'agissait. Il se
pencha, attrapa le bord inférieur de la chose et la
retourna. Le canot en peau de bœuf roula sur sa quille ; sa
rame, liée par une cordelette de cuir au siège rudimentaire
situé au milieu de l'engin, rebondit dans un bruit semblable
à un battement de tambour.
Il empoigna la proue de l'esquif, le poussa sur les rochers
puis à l'eau, et enfin sauta dedans tandis que les vagues
s'écrasaient sur ses bottes. Il saisit la rame et entreprit
de traverser la rivière. Seul le bruit de la rame plongeant
dans l'eau rompait le silence. Une intense tristesse
l'envahit. Elle était en lui depuis longtemps, mais à
présent, exténué comme il l'était, il ne parvenait plus à la
contenir et elle prenait inexorablement possession de lui.
Il observa l'onde bleu sombre autour de lui, si silencieuse,
si paisible. Comme il serait reposant d'enjamber le
plat-bord et de se laisser couler – par-delà les pensées,
par-delà la douleur, par-delà la mémoire.
Mais l’ancien Capitaine, l’ancien Régent, l’ancien Recteur
continua à ramer, et la nuit referma sa robe de velours sur
lui tandis que s'éloignait la terre toujours soulignée par
le bleu acier du ciel. Bientôt, il perçut un raclement sous
le fond de l'esquif, puis un heurt l'avertit qu'il venait
d'accoster. Il se hissa hors de la barque, puis la tira sur
le rivage. Il ne doutait pas qu’ « ils » avaient déjà décelé
sa présence, qu’ « ils » l’observaient certainement à cet
instant même.
Son esprit, engourdi d'épuisement, tournait au ralenti, de
plus en plus lent, sans lui offrir aucune lumière, aucune
illumination.
Ses yeux regardaient droit devant lui, mais ne voyaient
rien. II faisait noir, trop noir pour distinguer autre chose
que les branches des arbres les plus proches. Il n'entendait
que son propre souffle et les battements de son coeur, car
l’endroit était aussi silencieux qu'une tombe, et tout aussi
peuplé de présences invisibles.
Il commença à se dire que lui aussi n'était que vapeurs
dénuées de substance : un spectre sans existence corporelle,
condamné à errer la nuit de par le monde et appelé à
disparaître dès l'aube ; une vague présence flottante
expédiée dans un monde de ténèbres où seules les ombres
marchaient, chacune drapée dans son propre tourment
solitaire et malheureuse pour l'éternité.
La lune se leva derrière les arbres, oeil froid et luisant
qui le fixait méchamment tout en ne dispensant qu'une
lumière chiche. La lassitude s'enroula autour de ses épaules
telle une chape de plomb, et fit palpiter en lui une douleur
funeste. Des bruits. Des ombres se dessinèrent, approchant,
c’était « eux ». Lorsque Daarkan van Kred vit les couleurs
du Tabbard qu’ils portaient, il faillit être emporté par la
folie... |
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Chapitre III |
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Jon Maccrawer et
Estebane Lil’Oven s'étaient mis en route sur les ordres
de leur Officier. Les éléments en leur possession étaient
véritablement maigres. Les deux enquêteurs de la Laarkonia
s'attendaient à une recherche longue et difficile. Il leur
faudrait user de tous leurs talents. L'un et l'autre était
agent depuis plusieurs années, ce n'était pas l'expérience
qui leur manquait, et leur nez de limier les assurait d'une
enquête pénible.
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L'Officier
Henrik de Manfroy faisait les cent pas, il allait de la
fenêtre au bureau, sur lequel un parchemin vierge attendait
de recevoir l'encre qu'une plume superbe viendrait habiller
de bleu. Le chevalier semblait pris d'impatience et tantôt
que son regard s'aventurait par la fenêtre, il s'exaspérait
lui-même à vouloir y apercevoir toujours en vain, le retour
de ses agents ou une nouvelle quelconque de leur part. Il y
avait plus d'un cycle qu'ils étaient sur le terrain et
l'absence de nouvelles finissait par l'impatienter
sérieusement. Lorsqu'ils revinrent enfin, ils lui remirent
leur rapport.
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Hurlevent,
22e
jour
du
XIIe
Grand
Cycle
de
l’An
XXVII
A
l’attention
de
l'Officier
de
Manfroy |
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Nous avons entamé nos recherches en questionnant les gardes de la ville. Nous n'avons pu obtenir aucune information quant à un éventuel déplacement du recherché. Nous avons été plus heureux du côté du Comté-de-l'or puisque le tavernier Dobbins nous a assuré que le recherché avait fait halte dans son auberge pour se ravitailler en boissons et nourriture. Il nous a assuré avoir reconnu le recherché, ayant été en affaire avec lui antérieurement. Il lui semblait que le recherché était parti en direction de l'Est, mais il n'était pas complètement convainquant. Nous avons fait halte à la Tour d'Azora mais personne n'y avait vu de visiteurs depuis plusieurs jours. Au camp de bûcheron du Val d'Est nous n'avons reçu aucune information. Nous avions alors décidé de nous rendre aux Carmines pour voir si le recherché y avait séjourné. Mais, chemin faisant, nous nous sommes entretenus avec un garde royal (nom: Parker). Il tient un registre de passage, mais celui-ci n'est pas nominatif. Plusieurs dizaines de voyageurs sont mentionnées quant aux jours pouvant correspondre à un passage du recherché. La majorité semblait se rendre en direction des Carmines, plusieurs autres allaient au sud en direction du Sombre-comté, quelque uns semblaient perdus et le garde s'est adressé à eux. La description du recherché pourrait correspondre à l'un des personnages guidés par le garde. Celui-ci confia que l'homme en question n'avait pas répondu à sa proposition d'aide et avait continué en direction du sud-est. Nous n'avons rien trouvé pour le moment et pensons d'abord nous diviser pour l'un rejoindre les Carmines, l'autre le Sombre-comté. Nouvelles suivront.
Agents Jon Maccrawer et Estebane Lil’Oven
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Chapitre IV |
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Lorsqu'elle
avait appris que l'Académie Palinka d'Alianis avait fermé
ses portes Maëlliss Nienor en fut très surprise. Rien
ne l'avait laissé présager. Les dernières fois qu'elle avait
vu Monseigneur van Kred il lui semblait bien qu'il avait
changé. Ou était passé son regard doux et parfois attendri
ou amusé ? Pourquoi cette chape d'inquiétude embrumait-elle
son regard ?
Le jour venait à peine de se lever, la gazette en main, la
jeune fille marchait, attentive, évitant le centre de la
rue, jouant le rôle de cloaque. Le matin, les odeurs
d'une ville n'étaient jamais des plus agréables. Il fallait
attendre que toute les oeuvres de la nuit soient évacuées à
l'égout.
"L'accès à
la bibliothèque sera accordé sur demande expresse au
secrétariat du Rectorat" disait la gazette... elle le
ferait d'ici quelques minutes, avec en tête le projet de
faire plus qu'une simple lecture en salle commune. C'était
la pagaille à l'Académie. D'habitude tout était bien réglé,
mais depuis quelques jours certaines parties du bâtiment
étaient en réfection, l'absence du Recteur ralentissait
également longuement les demandes d'accès aux divers
documents dont la lecture était soumise à autorisation.
Arguant qu'elle était une fidèle lectrice et qu'elle avait
un besoin urgent de traités militaires, qui se situaient
dans une aile proche du bureau du Recteur, elle insista
auprès du collaborateur qui tentait de gérer la situation.
Elle eut à le faire plusieurs fois, celui-ci assurant que la
chose était trop compliquée aujourd'hui, qu'il faudrait
revenir demain. A bout de nerfs, il lui accorda enfin ce
qu'elle demandait lorsqu'elle insista une fois encore sur la
nécessité pour elle d'obtenir ces ouvrages avant le prochain
entraînement de la Milice. A l'entrée et dans les salles
communs, il y avait un va-et-vient incessant, des éclats de
voix, mais lorsqu'elle fut arrivée à proximité du bureau du
Régent, le silence se fit pesant.
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S'assurant être seule, elle s'approcha de la porte, en fixa
la poignée et s'avança pour l'ouvrir. Elle s'interrompit. Il
y avait du bruit à l'intérieur. "C'est
bon, y a tout?" perçut-elle distinctement. Elle
eut à peine le temps de s'écarter et de sa calfeutrer
derrière une colonne de pierre que la porte s'ouvrit. Deux
hommes sortaient du bureau, l'un des deux portait un lourd carton. Elle les reconnut immédiatement, Feydre d'Anverque,
l'intransigeant et désagréable Capitaine de l'escorte
personnelle du Régent de Vallon et Pourloute Garvish,
le spécialiste des arcanes, lui aussi attaché au service de la
Régence depuis toujours...
Elle les
regarda s'éloigner. Il n'avait pas même pris la peine de
refermer derrière eux, la pièce était vide...
[A suivre] |
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Chapitre V |
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Daarkan
van Kred avait les yeux perdus dans le vide. Une lune
pâle déversait ses rayons d'argent dans le vallon du lac.
L'onde scintillait, dure et noire tel du verre fumé, et les
feuilles en forme de larmes perlaient de rosée. Plus haut,
le ciel obscur était constellé d'étoiles, taches d’une
lumière aussi froide et coupante que la glace. Cela faisait
plusieurs cycles désormais qu’il était parmi eux. L'esprit
encombré de pensées à moitié formulées et de fragments de
souvenirs inachevés, bientôt il allait fouler l’ancienne
terre d’Aarkonie...
Il émergea en sursaut lorsque elle lui posa la main sur
l’épaule. Elle lui sourit, elle comprenait, elle avait été
dans sa situation. Et pour elle cela avait du être plus dur
encore.
Il se leva, croisa les bras sur sa poitrine pour se donner
une assurance qui lui manquait et contempla le lac. Une
brume semblable à de la vapeur montait de l'onde étale, puis
s'épaississait et tendait ses vrilles ondulantes vers les
montagnes, à l'image de doigts avides tentant de l’empêcher
de franchir le pas. Le petit groupe se remit en marche. La
brume blanche et fantomatique suinta, coula, tourbillonna
sur des courants d'airs invisibles. Il attendit un instant,
le ventre serré, transi par le froid nocturne, presque
submergé par l'expectative. Son sang coulait plus vite dans
ses veines ; il pouvait l'entendre tambouriner à ses
oreilles. Tournant une dernière fois la tête, Daarkan van
Kred regarda la vapeur mouvante du lac ériger des murs de
dentelle sur sa surface miroitante. Tandis qu'il fixait
l'onde, la brume sembla rouler, se scinder, et d'elle
émerger une forme sombre qui dériva lentement vers lui.
« Allons », lui glissa
la jeune femme à l’oreille, le tirant une nouvelle fois de
ses tourments.
Daarkan réajusta son sac et entra dans le cercle de brume.
Le monde d’antan disparut à sa vue, et il fut englouti dans
un univers de nuages et de vapeurs légères, ils entamaient
la longue descente qui le ramènerait sur les terres
ancestrales. Il eut aussi bien pu flotter ou voler, tant la
perspective enivrait son esprit et engourdissait son corps.
Sans "eux", ces volutes épaisses l’auraient précipité dans
quelques ravines dont il ne serait jamais sorti. Il y avait
de la magie en ces flots de brume ; Daarkan la sentait
maintenant le picoter et lécher son visage et ses membres
d'un feu subtil.
Au bout de plusieurs heures, la brume s'amenuisa et
s'écarta, la petite troupe s'engagea dans un passage étroit
bordé par des blocs massifs, d'immenses pierres dressées.
Ses sens se hérissèrent. L'endroit semblait animé par la
présence d’une force dont il ne savait pas si elle émanait
de lui ou de la terre elle-même ; il avait l’impression que
s'il tendait vraiment l'oreille, il pourrait presque
distinguer le murmure de voix fantômes surgies du passé.
Daarkan perçut leur présence, son coeur s'accéléra. Les
démons du passé s'étaient rassemblés non loin de lui; ils
regardaient depuis chaque ombre, comme dissimulés derrière
des rideaux de velours, et il pouvait sentir leurs regards
impassibles posés sur lui.
Ils traversèrent une petit clairière en direction de pierres
géantes, passèrent entre elles pour aboutir à un anneau de
pierres plus petites, dont nombre d'entre elles étaient
tombées ou inclinées. Ces pierres, ainsi que d'autres que
Daarkan avait vues en d’autres temps, étaient parsemées de
sillons formant des croix. En pénétrant dans ce cercle de
roche, Daarkan distingua la vive lueur d'un feu sur lequel
était embrochée de la viande.
Deux hommes en blanc sortirent de derrière l'une des pierres
tombées, à présent couverte de mousse et de lichen tacheté
de blanc. L’un d’eux, un véritable colosse, adressa au chef
du groupe un chaud sourire. Daarkan regarda le second homme
incliner les broches. Ils n’avaient pas encore fait
attention à lui. Cela ne dura pas.
Le premier homme souffla quelques mots à l’oreille du chef
et s’approcha de Daarkan. Il avait la peau mate des gens de
l’Est, le corps bien proportionné et une musculature
saillante, ses traits étaient larges, mais ni grossiers ni
lourds. Il y avait de la force dans la ligne de sa mâchoire
et de son menton. Sa chevelure longue et rousse était
retenue en arrière par une lanière à la manière des
prophètes ou des voyants. Ses yeux étaient noirs, brandons
vifs qui étincelèrent dans la lueur du feu de camp tandis
que ses mains puissantes l’agripèrent par le revers.
Le feu crépita et projeta des ombres grotesques sur les
pierres dressées. Si le besoin de protester bouillonnait
dans l'esprit de Daarkan tandis que l’homme le secouait
énergiquement, il n'en garda pas moins le silence. C’était
un moindre mal. C’est elle qui intervint, le colosse le
lâcha aussitôt.
Alors ils restèrent assis dans le cercle chaud du feu et
attendirent. Longtemps. |
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Chapitre VI |
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Cuir-à-Pattes
passa entre les jambes de l'elfe et leva la tête aussi haut
qu'il le pouvait, les moustaches frémissantes. Linebleue
s'agenouilla pour lui faire renifler le tissu. Il n'était
pas propre et portait sans doute encore des traces de qui
l'avait revêtu. Galaad avait eu la bonne idée, ou la
bonne fortune, de passer dans les quartiers de Daarkan van
Kred avant la lingère...
"Eënan
! Tu ne seras pas de trop !". La fantasque
tigresse albinos rejoignait l'elfe quand bon lui semblait.
Qui des deux prendrait le dessus dans les recherches qu'elle
s'apprêtait à mener ? Le premier avait l'avantage de
l'expérience des rencontres passées entre l'ancien Régent et
l'elfe, la seconde se focaliserait sur cette seule odeur
sans en connaître l'origine. Linebleue fit sentir l'indice
et laissa quelques minutes aux deux félins pour se livrer à
un complexe ballet qu'elle savait être un mode de
communication. Les moustaches se frôlèrent. Les félins
partirent de concert, dans la direction de Comté-de-l'Or.
Cette "magie" naturelle n'était elle pas extraordinaire ?
Les bêtes pourraient suivre, dans l'univers de leur odorat,
des traces que l'elfe ne pourrait soupçonner tandis qu'en
revanche elle pourrait interpréter, sur le chemin, des
signes ou des événements qui les laisseraient indifférents.
Le
communicateur de Bérénice Théodora Shalîmar restait
en veille, toujours. Si Elenwë ou Galaad, malgré leur
comportement étrange ces derniers temps, avaient besoin
d'elle pour un quelconque refuge. De l'étage de sa demeure,
en Elwynn, derrière l'auberge de Comté-de-l'Or, le
grésillement typique lui fit tendre l'oreille. Ni une ni
deux, des sacs étaient prêts... Une trousse de soin avec des
bandages et quelques potions diverses et autres onguents
aisément transportables, ainsi qu'un silex amadou pour
allumer d'éventuels feux de camps, un sac fort léger avec
une chemise de rechange, et des lainages chauds tout juste
pour que le tout tienne dans un même conteneur. Une dague
cachée dans sa botte... Bref, de quoi tenir une petite
expédition.
Bientôt, la
petite troupe se mit en branle. Il semblait que les félins
suivaient une piste. Ils passèrent devant la
Tour d'Azora, mais le chemin
invisible continuait, tout droit en direction de l'Est.
Celui qui l'avait emprunté savait où il se rendait, et il y
allait directement. Lorsqu’ils atteignirent la
Tour de la Crète, la nuit était
déjà bien avancée. Les ombres devinrent de plus en plus
longues. Les taches de ciel qui brillaient à travers les
cimes des arbres passèrent lentement du bleu au rose nacré.
Progresser de nuit, c’était risquer de passer à côté d’un
indice. Le ciel était dégagé, aucun orage ne risquait de
venir altérer la piste et comme le Recteur avait
certainement plusieurs jours d’avance sur eux, ils n’avaient
pas espoir de le rattraper en s’épuisant dès les premières
heures de leur recherche. Ils bivouaquèrent donc au pied de
la Tour. Rien ne vint troubler la nuit, pas même la légère
brise qui fit chanter les arbres.
Une aube maussade et gris-blanc accueillit leur réveil,
chargée de la brume émanant des eaux turgides et fangeuses
de la rivière qui séparait le Bois de la Pénombre de la
Forêt d’Elwynn. Ils reprirent sans mal la piste qu’ils
avaient abandonnée. En chasse, tous les sens comptent. Il
faut savoir voir et regarder, entendre et écouter, mais
aussi sentir. La piste les mena à l’intérieur des Carmines,
mais, alors que la clarté du jour perce les amoncellements
gris de l’aube, ils rencontrèrent leur première contrariété.
Tournant sur eux-mêmes, Cuir-à-Pattes et Eënan grognèrent.
Ils ont perdu la piste, là, juste sur la rive. Le
rugissement caverneux des flots ne les encourageait pas à
tenter une traversée à la nage, même si la rivière n’a rien
d’un torrent, toute la difficulté serait d’avoir ensuite à
escalader les contreforts rocheux, de l’autre côté.
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Ne
trouvant aucun moyen de franchir le cours d’eau
directement, ils durent se résoudre à revenir sur
leurs pas jusqu'au pied d’un pont, plus bas. Ils
poursuivirent leur marche. Le sol était généralement
plat, mais s'inclinait parfois comme l'intérieur du
bol creux d'un mendiant. Dans les branches, les
oiseaux entretenaient d'interminables discussions ;
les grillons grésillonnaient sous les feuilles à leurs
pieds. Elenwë vit même une grande chouette grise filer
comme un fantôme entre les hautes branches. Un peu
plus tard, elle en vit une autre. Elle était si
semblable à la première qu'on eût dit sa jumelle.
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Ils
atteignirent bientôt la source de la rivière, au pied
de chutes majestueuses qui se frayaient un chemin
entre les milliers de minuscules barrages que formait
le bois mort. Ils suivirent un moment l'herbe épaisse
qui la bordait ; lorsqu'un tronc d'arbre leur barrait
le passage, ils quittaient la rive et le contournaient
en marchant sur les pierres qui affleuraient ça et là
à la surface de l'eau.
Les deux félins, presque en même temps, s’agitèrent à
nouveau. Ils venaient de retrouver la trace de celui
qu’ils pistaient. Ils dépassèrent un coude que faisait
la rivière, à un jet de pierre de l'endroit où ils se
trouvaient, le cours d'eau devenait un torrent qui
plongeait et se faufilait entre des blocs de pierre.
Ils avancèrent et découvrirent le bord d'une large
cuvette, une longue montée couverte de champignons
semblait mener à un replat qu’un arbre centenaire
couvrait de son ombre. Cuir-à-Patte semblait vouloir
renoncer à l’ascension, tandis que la tigresse se
dressait sur ses pattes. Elle humait l’air puis
reniflait le sol, visiblement la piste s’atténuait.
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Le
soleil commençait à disparaître à l'horizon, et,
dans la lumière du crépuscule, l'eau semblait
pourpre et profonde, tandis que les insectes
bourdonnaient déjà. Des racines d'arbres aux
formes étranges s'enfonçaient dans l'eau tels des
serpents. Il émanait des chutes une impression de
calme, comme si de profonds secrets avaient ici
été confiés uniquement aux arbres. Du côté de la
rive la plus éloignée, indistincte dans
l'obscurité grandissante, on devinait encore les
lisières d’Elwynn. Il fallait se presser pour
n’être pas surpris par la nuit. Ils entreprirent
la montée
Dans un grand battement d'ailes silencieux, une
forme grise s'envola précipitamment depuis les
arbres au-dessus d'eux, se laissa glisser dans les
airs avant de dessiner deux cercles au-dessus du
petit lac, puis disparut dans l'obscurité
naissante. Durant un instant, Galaad pensa qu'il
avait vu la chouette filer en direction de
quelqu’un, mais ses paupières étaient lourdes de
fatigue et il ne voyait plus très bien. Le
grésillement nocturne des grillons prit de
l'ampleur à mesure que l'obscurité se faisait plus
profonde. Ils parvinrent à atteindre les hauteurs,
bien que sans l’aide de Galaad, Shalîmar eut
dégringolé plus d’une fois.
Les deux félins tournaient sur eux-mêmes, ils
avaient perdu la piste qu’ils suivaient. Sur le
replat, ils ne trouvèrent rien. Du moins au
premier coup d’œil. C’est le regard perçant de
l’elfe qui attira son attention sur un renflement
de la roche. Elle l’indiqua du doigt à ses deux
compagnons humains. Ils plissèrent les yeux mais
ne virent pas ce que l’elfe désignait. Ils
s’approchèrent. Le chant des grillons s’était
éteint. Sur la roche, le vacillement de leurs
ombres dansaient avec grâce. Le sifflement du vent
soufflait sans jamais s’interrompre à travers les
branches du grand arbre et sur la surface de
l’eau.
Galaad arracha la roche. Ou plutôt les feuillages
couverts de glaise qui laissaient croire à une
uniformité de la montagne. Quand il en eut jeté
plusieurs sur le côté, l’entrée d’une grotte se
découvrit à eux. Chacun s’afféra : qui de bander
son arc, qui de sortir sa lame et qui de lancer
une torche au fond du trou béant qui s’ouvrait
dans la roche.
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La lueur de la
flamme leur découvrit une petite excavation au
cœur de la montagne, vide, entièrement vide.
Ils y pénétrèrent pour découvrir qu’en fait
elle ne l’était pas tant que cela, ou que du
moins elle ne l’avait pas été jusqu’à
dernièrement.
Au centre de cette
pièce de pierre se trouvait un amas de cendres
qui exhalait une pâle lueur bleue.
Les félins
refusèrent de s’en approcher, comme si elle
était la source d'un irrépressible sentiment
de terreur pour eux. Quelque chaleur s'élevait
encore de l’ancien brasier, car la masse d'air
qui le surplombait formait un pilier de brume
qui luisait de couleurs sombres On avait usé
d’une magie proscrite pour réduire quelque
chose en cendres. Cet endroit avait abrité
quelqu'un, ou quelque chose, et Daarkan van
Kred y était bien venu. Leurs regards se
posèrent sur le tas de cendres... |
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Chapitre VII |
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Le soleil
était à peine levé. La troupe qui avait rejoint le campement
la veille n’était pas très nombreuse. Une dizaine d'hommes
tout au plus. Ce matin, ils paraissaient tous aussi embrumés
que l'aube. Seul le chef se tenait aussi droit qu'à son
habitude. Il avisa Daarkan van Kred mais ne lui
adressa même pas un salut. S’adressant à lui avec un ton
ironique, il lui dit :
« Je t’avertis que la traversée n'a
plus rien à voir avec les battues braillardes des
noblaillons aarkoniens. Nous allons traverser un territoire
où tout désormais t’est inconnu ou presque. ». Il
s’interrompit un instant, comme pour lui laisser comprendre
mieux encore que le passé était bien révolu.
« Pars du principe que tout y est
pour toi un danger mortel. Ne parle que si tu penses que
c'est réellement important. Le Vicomté d’Handarie n’a plus
rien à voir avec ce que vous en aviez fait… » .
Avec méthode, il vérifia les paquetages comme s’ils
partaient pour une mission d'exploration qui allait durer au
moins six lunes.
Le début de l'expédition fut particulièrement pénible pour
l’ancien Régent. Le soleil lui semblait ne jamais pénétrer
sous l'épaisse ramure de la forêt. Au froid vif s'ajoutait
une humidité agressive. À chaque pas, Daarkan croyait
entendre une ou l'autre de ses articulations grincer.
Soudain un cri suraigu très modulé retentit. Et cette
fois-ci, cela n'avait rien à voir avec la chouette qui leur
avait délivré un message deux jours auparavant. Les hommes
tirèrent doucement leurs épées. Le cri se répéta à plusieurs
reprises. Comme un signal, déclenchant toute une série
d'autres gazouillis.
« Tu entends, Aarkonien, ta chère
terre t’attend ». Plus rien ne se fit entendre.
Ils marchèrent encore.
Emmitouflé comme il l’était, la marche se révéla un exercice
plus pénible que Daarkan ne l’avait cru. D'autant qu’ils
étaient tout le temps obligés de se baisser pour éviter des
branches basses ou escalader un gros bloc de pierraille
étouffé sous des mousses glissantes. Daarkan était le moins
dégourdi. Voilà longtemps qu’il n’avait plus l'habitude de
ce genre d'exercices. Si la fonction de Régent comme celle
de Recteur requiert une bonne forme physique, il se limitait
aux gymnastiques qui donnent grâce et ligne élancée, tout
est dans la prestance plutôt que dans la puissance ou
l'agilité, une félinité de pacotille pour cérémonie
festive...
Parfois le chef s'arrêtait et toute la troupe se figeait.
Seule sa tête s'inclinait lentement, les yeux ouverts ou
fermés selon qu'il épie, sent ou écoute. Il se baissait et
scrutait le sol à la recherche d'indices que Daarkan ne
voyait pas et lorsque il parvenait après lui à repérer
quelque chose, une crotte, une brindille brisée, une
empreinte, il n'y reconnaissait que la vanité de sa science
scolastique alors que l’homme de l’Est les lisait comme un
alphabet secret auquel il était initié. Selon l'information
que lui révélait ce qu'il voyait et reconnaissait, il se
tournait vers l'un de ses hommes et lui faisait de petits
signes précis, pleins de sens pour eux, puisque l'autre
répercutait le message muet vers le suivant qui le répétait
du bout des doigts et ainsi de suite...
Certains disparaissaient derrière des arbres ou dans
l'ombre. Chaque fois, une angoisse superstitieuse saisissait
Daarkan. De quoi avaient-ils peurs ? Quels prédateurs
craignaient-ils ? Les loups aux regards de braise dont la
bave coule le long des crocs acérés sous leurs rictus
carnassiers ? Les tigres qui décapitent d'un seul coup de
patte, vous éventrent d'un seul coup de griffes et vous
dévorent les entrailles chaudes ? Il sentait bien que
c’était autre chose...
Alors, insidieusement, Daarkan comprit une chose : les
ennemis des Aarkoniens étaient bien plus aguerris qu’il ne
l’avait longtemps pensé. Ils connaissaient un monde où les
conventions ducales et leurs exigences de civilisation
s'effritaient comme infatuations. Ils vivaient dans un autre
univers que l’Aarkonien découvrait et où il n’était qu'un
étranger, pire un inculte, contraint de se laisser guider.
Lorsque la nuit tomba, Daarkan van Kred fut, plus que
jamais, certain que le Duc d’Aarkonie n’était pas près de
défiler triomphalement dans les ruelles d'une Aarkonia
rebâtie...
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Chapitre VIII |
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Quelque soit
la magie utilisée, elle serait forcément la seule à pouvoir
la détecter songea Bérénice Théordora. Se concentrer,
en silence. Clore ses paupières, faire le vide de son esprit
et tenter de retrouver l'initiateur des bribes restantes des
arcanes utilisées. L'ancienne sénatrice apposa ses mains au
dessus de l'amas de cendres. Quelques vagues images lui
viennent, non pas de ce qu'elle est en train de faire ni
même sans aucun lien, mais des pensées qui viennent la
parasiter, la paralyser, laissant échapper un soupir agacé
de ses lèvres normalement scellées par le silence ambiant.
Son esprit analysait vite, rapidement... Jusqu'à ce que les
images tourbillonnent pour être ordonnées. Ordonner et
s'estomper. De la concentration. Du calme. Méditer doucement
et se concentrer, se vider de toutes distractions
intérieures et extérieures... La sérénité... Ne visualiser
que la trame. Voilà, c'était cela. L'exercice était fort
simple. Se focaliser sur cette magie et à qui elle
appartenait. Suivre sa trace.
Mais la mage ne
ressentit rien, rien d'autre
que le relent nauséabond de cette magie profane. Elle ne
pourrait pas suivre celui qui en avait fait usage, il avait
pris assez de précautions pour éviter d'être repéré. Ce
n'était certainement pas un petit magillon de première, et
il s'attendait visiblement à être pisté.
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Pendant ce
temps, Linebleue tentait de calmer les félins et les
obligeait à se coucher à l'entrée même de la grotte. Si
celle-ci avait été piégée, Shalimar aurait fait les frais du
traquenard, s'étant avancée à proximité des cendres. Tout en
surveillant qu'elle ne touchait pas les cendres, Linebleue
de sa besace une canne à pêche démontable qu'elle assembla
rapidement. Grâce à la résine d'un arbre proche, servant
provisoirement de colle, et à un noeud complexe, elle
parvint à faire en sorte que le filin de la canne enserre
une petite fiole. Une torche supplémentaire fut
intelligemment lancée et lui permit de guider plus sûrement
son geste. Au deuxième essai, la fiole
racla suffisamment le sol pour s'emplir d'une grosse pincée
de cendres. Elle boucha la fiole en la scellant avec
ce qui lui restait de résine.
Elle noua autour du cou de CuiràPattes un cartouche de
fortune contenant la fiole. Un long, très long regard
échangé avec son familier, son ami, le visage à quelques
centimètres de sa gueule, à la merci d'une morsure vive et
puissante, d'une rébellion, d'une frayeur inconsidérée. "
CuiràPattes. J'ai besoin de toi. Trouve Sennjak. Apporte.
Attends. Reviens avec la réponse ". Le félin
s'approcha de sa compagne et fit mine de la mordre, ce à
quoi elle répondit de la même façon.
Linebleue était certaine que
Dorothea Sennjak, son ancienne garde du corps,
qui habitait toujours Hurlevent, ferait parler ses
compétences en alchimie et sa formation de mage pour
analyser avec exactitude ce qu'étaient ces cendres. En
voyant le tigre arriver, elle saurait qui lui envoyait ce
message et y répondrait. CuiràPattes donna encore un coup de
langue à l'albinos. Le pas se transforma rapidement en
course ; rien ne l'arrêterait et il retrouverait le groupe
plus sûrement qu'aucun messager.
A la lueur des torches, Linebleue commençait à exercer ses
compétences de chasseresse pour en découvrir davantage :
combien de personnes ou animaux étaient venus récemment ici
? pendant combien de temps et qu'y avaient ils fait ? dans
quelle direction étaient ils partis ? Précautionneusement,
Linebleue examinait la grotte à la recherche d'empreintes,
de branches cassées, de fibres ou de détritus oubliés ; elle
humait l'air et inspectait également les alentours, avide de
mille indices leur permettant de poursuivre notre quête. On
avait visiblement mis beaucoup de soin à effacer toutes
traces, elle remarqua pourtant qu'à
certains endroits le sol était un peu enfoncé, comme
si un contact régulier l'avait rendu plus lisse. A ces
endroits, il n'y avait presque pas de cailloux : selon toute
vraisemblance, on avait pu y dormir. Il y avait, en tout,
cinq de ces "particularités". En humant l'air, elle y décela
quelques traces de repas, on avait visiblement fait cuir une
soupe dernièrement, mais elle était incapable de dire de
quoi elle se composait, l'atmosphère était trop chargée de
particules de poussière. Au plafond, une trace noire pouvait
laisser supposer que plusieurs feux avaient été faits dans
la grote, sur une assez longue période. A moins que ce ne
soit la trace d'une quelconque explosion liée au tas de
cendres au centre de la pièce.
En somme, il
n'y avait pas grand chose à observer, et l'application qu'on
avait mis à effacer toutes traces de passage en disait long
sur la volonté de ceux qui avaient résidé ici de ne pas être
repérés. |
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Plus muette
qu'une carpe, Elenwë n'avait pipé mot depuis le début
du voyage, se contentant de deux ou trois banalités aux
heures de repas. Concentrée, elle tenait avant tout à
retenir le chemin qu'ils empruntaient. Elle comptait sur les
autres pour trouver les autres détails qui pouvaient
informer du passage de l'ancien Régent. Les mouvements de la
nature lui parurent tout à fait normaux, rien ne
l'interpella véritablement. Une fois qu'ils furent arrivés
dans l'antre caverneuse, elle suivit l'exemple des tigres et
regarda depuis l'entrée les cendres bleuâtres d'un air
suspicieux. En bonne Kaldorei, elle était ignorante en
matière de magie et s'en méfiait comme de la peste. Même si
elle faisait partie intégrante du monde, elle pouvait rendre
le naturel dangereux et c'est ce qui semblait arriver à
présent. Elle suivit Galaad de bon cœur, faisant
confiance aux deux femmes pour percer le secret du feu mort.
Même la couleur inhabituelle des cieux parvenait à
l'apaiser, à moins que ce ne fût une autre magie,
incontrôlable, la proximité de son amant qui paraissait
serein. Elle l'écouta attentivement et regretta son manque
d'observation lors de leur périple, elle n'avait même pas
tiqué en voyant une chouette, oiseau nocturne par
excellence, voler sans encombre en plein milieu de
l'après-midi. Les jours n'étaient pas parmi les plus longs,
mais le soleil devait luire suffisamment fort pour
l'éblouir.
Attendre,
c'est à peu près tout ce qui leur restait, attendre le
retour du félin et le verdict sur le contenu de la fiole.
Ils ne savaient pas encore qu'ils attendraient pour rien,
que les traces de Daarkan van Kred s'arrêtaient là et que
les cendres, au moins, n'étaient pas humaines. |
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Chapitre IX |
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Le
rugissement caverneux de la rivière emplit ses oreilles. Le
temps d'un battement de coeur, il sembla à Daarkan van Kred
que l'eau était la seule chose capable de mouvement, que
ceux qui tiraient depuis l'autre rive, que la jeune femme et
lui-même avaient été totalement paralysés par l'impact de la
flèche qui vibrait dans le dos du soldat qui marchait devant
eux. Puis une autre hampe empennée siffla devant la jeune
fille au teint pâle, avant de s'écraser bruyamment dans
l’écorce d’un vieux chêne.
A peine à demi conscient du grouillement désordonné des
archers sur l'autre rive, Daarkan couvrit la distance qui le
séparait de la fille en trois pas, il l’a précipita à terre
pour la protéger. D'autres pointes de métal filèrent autour
d'eux, ricochant sur la pierre comme des galets sur l'eau
d'un lac.
« Par le Prophète ! »
vociféra la silhouette sombre du chef de groupe, dont la
voix distante ne parvenait aux oreilles de Daarkan que sous
la forme d'un chuchotement. « Tir
de couverture ! » hurla la voix. Quelques flèches
partirent de leur côté du rivage en direction de leurs
assaillants invisibles.
« En direction des bois !
» hurla le chef de groupe par-dessus le ronflement de la
rivière. « Second ti… »,
la fin de sa phrase se perdit dans le vrombissement de
l'eau.
A l’abri dans les bois, le groupe reprenait son souffle et
pansait ses blessures. Le feuillage cachait le ciel, sauf
aux endroits où un arbre abattu, un affleurement rocheux ou
quelque circonstance inexplicable ménageait une minuscule
clairière. Daarkan eut pourtant le désagréable pressentiment
que la malchance qui les avait accablé tout au long de cette
journée n'était que le préambule à un puissant flux
ténébreux qui irait croissant. Ce qui se confirma lorsque le
chef de groupe intima l’ordre de reprendre la marche sans
tarder. Ils marchèrent encore trois bonnes heures,
redoublant de prudence.
Tantôt un tronc pourri leur barrait la route ; il fallait
l’enjamber à grand-peine, tantôt, à peine plus loin, il
fallait sauter pardessus un ruisselet qui s'écoulait sur un
lit de cresson, dévaler une petite côte dans le noire ou
éviter d’attirer les prédateurs de toutes sortes. Ce périple
était un enfer. De temps à autre, Daarkan s'immobilisait
afin de regarder en arrière et de reprendre sa respiration.
Immédiatement on lui rappelait qu’il fallait avancer.
Le bruit sourd de leurs pas pesants sur les feuilles mortes
fit bientôt place aux clapotis d’une eau marécageuse. La
forêt s’estompait et laissait place à de larges étendues
marécageuses. A l’orée de la forêt, le groupe marqua un
temps d’arrêt. Pour reprendre son souffle pensa Daarkan en
s’appuyant contre un vieux chêne noueux. Le soleil
commençait à paraître à l'horizon, baignant le ciel des
marais de reflets orange et rouge plaquemine. Il grimaça.
Des spasmes douloureux lui pinçaient l'estomac. Se
redressant, son regard se figea : Au loin, dans la plaine,
se dévoilait le spectacle le plus inattendu qui soit.
Il en fut tétanisé, en eut le souffle coupé. Plusieurs
minutes s'écoulèrent. Daarkan attendait, osant à peine
respirer, devant lui, dans le lointain, Aarkonia, la
cité des Ducs, se dessinait dans l’aube naissante... |
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HRP : Cet "event" se termine là. La piste de Daarkan est
provisoirement perdue, mais elle pourrait renaître tantôt,
ailleurs, autrement.
Je remercie encore beaucoup tous
les joueurs qui ont pris du temps pour s'intéresser à la
disparition de D.v.K. Ce n'était initialement pas prévu et
c'est un peu abusivement que j'ai nommé ceci "event" puisque
en réalité le but était simplement de vous transmettre
quelques éléments du périple de Daarkan pour que, plus tard,
vous le suiviez dans un décor "connu". Je me permets de
souligner une fois encore le grand intérêt
d'avoir des
screens
de vos actions
diverses et variées, le tout pouvant être publié sur le
forum avec vos textes, envoyé en MP ou encore à l'adresse
aarkonie[at]yrub.com. En vous remerciant encore tous et
en vous preomettant que la dernière ligne droite ne saurait
plus tarder. |
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