La
lame d'Ashkandi déchira l'armure du
grunt, le tuant sur le coup.
Lothar
tira sur
la bride
de sa
monture,
obligeant
le
cheval à
se
retourner
brutalement.
Cette
nouvelle
escarmouche
de la
Horde
risquait
de leur
coûter
cher.
Avec
Stormwind,
nombre
de
chevaliers
étaient
tombés,
il
n'avait
pu qu'en
rassembler
une
centaine
pour
escorter
les
réfugiés
jusqu'au
front de
mer,
ainsi
qu'une
poignée
de
fantassins
à qui il
venait
d'interdire
de
participer
au
combat.
Après un claquement sec des dents, le
Lion d'Azeroth serra les mâchoires,
tirant de nouveau la bride de manière à
faire face aux orcs.
-
« Les
cannibales de Tagar... »,
commenta-t'il pour lui-même et les
chevaliers ayant rejoint ses côtés.
Ces orcs du Clan
Bonechewer avaient attaqué leur
arrière-garde dès qu'ils avaient repéré
le convoi. Réputés pour leur brutalité,
les membres de ce Clan n'avaient
probablement pas envoyé un messager vers
d'autres orcs, afin de s'assurer toute
la gloire.
Sans doute
était-ce là l'unique chance des humains.
Un éclair
verdâtre crépita dans les airs, filant
vers Anduin, qui le bloqua
imperturbablement d'un revers de l'épée.
Les énergies invoquées par le démoniste
orc grésillèrent quelques instants,
enroulées autour de la lame, puis se
dissipèrent lorsque des runes lumineuses
apparurent à la surface de celle-ci.
Lentement, le Champion pointa son arme
en direction des rangs orcs. Combien
même leurs adversaires étaient trois
fois plus nombreux qu'eux, dire le
moindre mot à ses frères d'arme aurait
été inutile. S'ils espéraient pouvoir
conduire les civils jusqu'à la mer, les
Bonechewers se dressant devant eux
devaient mourir jusqu'au dernier... Et
tous le savaient.
Les grunts
orcs avaient commencé à charger, avalant
à vive allure le petit vallon séparant
les deux camps.
- «
Chevaliers de Stormwind ! »,
lança Lothar d'une voix forte,
«
N'accordez aucune grâce.
Esarus
thar no Darador' ! »
Le cri de ralliement de la
Confrérie du Cheval fut reprit en choeur
par les hommes de Lothar, tandis que
celui-ci initiait la charge. Bien qu'en
nette supériorité numérique, ces orcs
engorgés de leur récente victoire
découvrirent ce qu'est l'énergie du
désespoir...
Deux jours après, il ne suffisait encore
que d'un coup d'oeil aux réfugiés pour
savoir d'où ils venaient. Au Sud-est, le
ciel était noir de suie, rougeoyant
encore légèrement. Combien même
auraient-il pu désirer nier la réalité,
celle-ci ne leur laissait aucun répit :
le Royaume était bel et bien tombé sous
les coups de la Horde, et son joyau
avait été mis à sac.
Ayant depuis
longtemps quitté son armure, et cédé son
cheval à un vieux fermier à bout de
force, Lothar se réjouissait d'avoir pu
amener le convoi des réfugiés à
traverser la chaîne montagneuse isolant
Stormwind de la mer. Maintenant qu'ils
faisaient route au milieu des plaines,
il redoutait presque autant qu'il
espérait d'arriver enfin en vue de la
mer. L'apprenti de
Medivh lui avait assuré que son
message avait été transmis, et le jeune Khadgar avait toute sa confiance. Mais
l'Amiral avait-il eu le temps de
rassembler sa flotte ?
-
« Daelin,
mon vieux... », marmonna-t'il
dans sa barbe,
« Rame
toi-même s'il le faut mais soit là à
temps... ».
L'assaut des
Bonechewers l'avait privé de
quarante-six de ses Chevaliers, et le
charnier laissé sur place aurait tôt
fait d'attirer des charognards, et des
éclaireurs de la Horde avec eux. S'il
leur fallait attendre sur le rivage que
l'aide de Kul
Tiras n'arrive, il faudrait alors
se préparer à recevoir une visite aussi
probable que déplaisante de la part d'un
Clan ou d'un autre. La petite main qu'il
tenait serra la sienne, l'arrachant à
ses pensées. Le Champion baissa les yeux
pour les plonger dans ceux de cet enfant
marchant à ses côtés. En réponse à l'air
anxieux du garçon, il afficha un franc
sourire et inventa quelques paroles
rassurantes. Celles-ci parurent faire
effet, l'enfant hochant la tête, le
visage plus résolu.
Plutôt que
revenir vers elles, Anduin Lothar
repoussa ses pensées. Le jeune
Roi Llane
étant encore bien trop jeune, c'était
sur ses épaules que reposait le courage
de tout ces réfugiés.
Pour lui, l'heure n'était pas aux
craintes.
Vis à vis d'eux, il ne pouvait se le
permettre.
Proudmoore
se faisait attendre depuis une semaine,
mais aussi inquiet qu'était le Champion,
en vouloir à son ami ne lui venait pas
même à l'esprit : Daelin, homme au
caractère trempé, était sans doute tout
aussi impatient d'arriver. Installés
rudimentairement sur la côte, les
milliers de réfugiés de Stormwind
s'étaient regroupés, encadrés et
protégés par une cinquantaine de
Chevaliers. Une force bien dérisoire, à
peine suffisante pour être symbolique.
Lothar n'avait même pas pu exploiter les
armes des Bonechewers en les confiant à
des civils, les haches des orcs étaient
définitivement trop lourdes pour être
maniées efficacement. Non, à l'exception
de ceux de la Confrérie, il ne pouvait
compter que sur deux cent quarante
fantassins. Des hommes qui étaient
restés auprès du convoi pour escorter et
protéger les réfugiés, lorsque les
Chevaliers avaient repoussé les orcs.
Bien qu'ils étaient rares, les magiciens
ayant pu échapper à la destruction de l'Ecole
des Conjurateurs s'étaient montrés aussi
indispensables pour la survie du convoi
que la présence du clergé de Northshire.
Les uns avaient l'inestimable talent
d'invoquer une pitance peu raffinée –
certes – mais nourrissante, tandis que
les autres parvenaient aussi bien à
soigner les plaies qu'à apaiser les
esprits les plus tourmentés.
Lothar
terminait sa ronde, tâche consistant
principalement à se montrer en armes et
armure au milieu des rescapés. Il avait
vite comprit que ces gens étaient
rassurés de le voir ainsi, et non en
habits simples. Puisqu'il ne voulait pas
prendre le risque de continuer vers le
nord, refusant de s'éloigner du point de
rendez-vous indiqué à l'Amiral, il ne
pouvait plus leur offrir l'échappatoire
d'une fuite en avant. Aussi, accepter de
parader de la sorte pour les assurer de
sa protection, plaisantant avec les uns
et discutant avec les autres, voilà qui
était bien tout ce qu'il pouvait faire
pour ces gens... Recroquevillée à
l'écart, âgée d'une dizaine d'années
tout au plus, genoux dans les bras, les
yeux dans le vide, une fillette attira
son attention. Constatant qu'aucun
réfugié ne paraissait être avec elle,
Anduin alla vers elle et se baissa pour
se placer à sa
hauteur.
Le visage de
l'enfant se
tourna vers lui,
lui offrant la
vue de joues
crasseuses où
des larmes
avaient creusé
des sillons plus
propres. Après
avoir ôté ses
gants sous le
regard curieux
de cette gamine,
il lui essuya
doucement le
visage,
s'attirant un «
hé! » plaintif.
- « Quel
est ton nom, puce ? », lui
demanda-t'il d'un voix douce, jurant
atrocement avec son apparence de
combattant chevronné.
-
« Amélie,
msieur. C'est toi Lothar, msieur ? »
-
« Tu me
connais ? », répondit-il avoir
avoir hoché la tête dans un sourire.
- « Mon
papa il dit que Lothar est un msieur
barbu, un peu chauve avec une grosse
armure, qui tue les orcs. »
Partant d'un rire franc après une
seconde de surprise, le Champion se
releva, tendant la main à la fillette.
- « Viens,
je vais te présenter quelqu'un. »
Une brève hésitation plus tard, l'enfant
plaça sa main dans la paume du guerrier,
et tout deux marchèrent un moment dans
le camp, l'homme se trouvant confronté
au flot de questions de la fillette.
Tout en y répondant, il aperçut celui
qu'il cherchait et l'interpella.
-
« Frère
Paxton ! »
Le moine se tourna, puis salua
respectueusement lorsqu'il réalisa qui
venait de s'adresser à lui. Anduin et
lui échangèrent quelques paroles à voix
basse, avant que le Champion se baisse
de nouveau pour parler à l'enfant.
- « Amélie,
le frère Paxton va s'occuper de toi. Il
tue pas les orcs, il a pas de grosse
armure, mais tu verras qu'il répond bien
aux questions... »
L'enfant n'eut pas le temps de lui
répondre, l'attention de Lothar se
faisant voler par l'arrivée d'un homme
d'une quarantaine d'années, portant une
robe aux motifs complexes.
-
«
Seigneur Lothar... La flotte est là. »
Le Champion afficha un grand sourire, et
– de joie - lança une amicale claque
énergique dans le dos du messager, qui
toussa aussitôt dans une grimace.
-
« Alors
annonce à tout le monde de se préparer,
jeune Khadgar ! », lança-t'il
avant de s'élancer au pas de course en
direction du rivage.
Une fois
parvenu en haut d'une butte de sable,
Lothar vit les caraques de Kul Tiras
encadrés par plusieurs galions de
guerre, mouillant aussi proche de la
côte que possible. Plusieurs barques
avaient été mises à l'eau, certaines
venant de toucher le rivage. Reprenant
sa trotte, il se pressa en direction de
celui qu'il aurait reconnu entre mille.
Daelin Proudmoore, premier à débarquer,
et déjà la main sur la garde de son
sabre...
Les deux
amis s'accolèrent, se donnant de
vigoureuses tapes dans le dos.
- «
Je presse les réfugiés, histoire de
partir au plus vite. », lâcha
Lothar.
- «
Tomber quelques têtes d'orcs ne me
déplairait pas, mais... Je presserai les
rameurs. », répondit l'autre, sur
le ton de la plaisanterie, bien que cela
n'en était probablement pas une.
Sans s'y arrêter, le Champion se
détourna et retourna vers le campement
de réfugiés. Il guiderait ces civils en
Lordaeron et plaiderait afin que
l'hospitalité leur soit offerte. Puis,
alors, enfin, les orcs paieraient la
rançon du sang versé...