Une lente agonie...

Retour aux Grimoires

 

Vous trouverez ci-dessous le récit en trois chapitres de l'épreuve qui affecta le Commandant de la Milice Kabuga de Bosk, qui, sans l'appui de l'Aarkonie entière, aurait pu succomber dans d'atroces souffrances suite à une attaque ourdie par les ennemis du Duché. Ce document réunit un ensemble d'archives éclairant la succession des événements. Nous débuterons ce récit, pour en quelque sorte "poser le tableau", par la lecture d'un document qui fut retrouvé dans la demeure délabrée qui servit de gîte à l'une des principale protagoniste de cette histoire. Cette morte-vivante, car il s'agit bien ici des agissements de l'une de ces créatures, semble être, ou avoir été, une éclaireuse au service d'un ordre puissant... voici ce qu'elle écrit, à la troisième personne, dans ce style particulier à ceux de sa race, et qui initie ce sombre chapitre...

 
 
Chapitre I. Le Guet-Apens
Chapitre 2. L'Empoisonnement  |  Chapitre 3. La Guérison
 

[...Document d'archive trouvé dans la tanière de sa rédactrice...]

 
Elle ouvrit les yeux, mais n’osa pas bouger. Elle entendait distinctement plusieurs voix à proximité. Amis ou ennemis ?
 

Lentement, elle sentait ses forces revenir. Elle chercha à se remémorer pourquoi elle gisait ainsi au sol. Un pont… oui il y avait un pont. Un homme et une femme… peut-être même un elfe… c’était encore brumeux dans son esprit. Des images revenaient par saccade. D’abord incohérentes, elles finirent par s’emboîter, retraçant le fil de la soirée. D’abord, il y avait eu cette femme. Oui… elle l’avait suivi de loin. Depuis, qu’elle était sortie de Menethil, elle ne l’avait pas quittée. Observant le moindre de ses gestes et jaugeant de sa puissance, elle avait fini par trop s‘approcher et su rapidement qu’elle avait été repérée. Un mince rictus se dessina sur son visage. Elle revoyait la femme paniquer et courir le long de la plage pour rejoindre la ville.

 

Lorsqu'elle avait vu le Régent, quelques jours auparavant, il n'avait pas fui. Il avait juste préféré rejoindre les ombres et elle l'avait respecté pour cela. L'autre guerrier qu'elle avait alors retrouvé plus tard dans la même après-midi, n'avait quant à lui pas eu le courage de quitter ses amis. Puis, elle avait attendu longtemps, dissimulée derrière un de ces arbres immenses qui encadraient la route devant l’entrée du port.

 

Le ballet des sentinelles l’avait amusée jusqu’à ce qu’elle les voit. Ils étaient deux. L’homme devant, la femme derrière, mais ce n‘était pas la même que tout à l‘heure. Ils marchaient d’un pas ferme et décidé. Elle les avait suivi sans se cacher. Sa précédente expérience, lui avait montré la terreur qu’elle exerçait sur les humains…elle allait donc pouvoir s’amuser avec ces deux là. Ces deux là… oui, pas les autres. Elle avait nettement reconnu le symbole Aarkonien et une bouffée de haine faillit la faire se relever. Mais les voix étaient toujours là et dans son état il valait mieux ne pas se faire remarquer.

Voilà, le pont. Elle sent qu’ils s’inquiètent. L’odeur douceâtre de la peur arrive jusqu’à elle, tel le plus merveilleux des arôme. Elle devine que l’homme est belliqueux… la femme hésite encore. Elle sue la peur.

 

Elle était descendu de son destrier squelettique et s’était approcher en ricanant. Lançant clairement des menaces à leur encontre. Puis, elle avait disparu.

Effectuant un habile détour, elle était maintenant dans leur dos. Ils reculaient. Leur démarche n’avait plus rien de fière. D’un pas rapide, elle s’approcha du dos de la femme, levant son épée, elle lui avait assené un coup avec la garde, pour l’assommer.

 

Elle avait alors planté sa dague, ruisselante d’un poison particulièrement lent et redoutable, dans le corps de l’homme. Mission accomplie. La suite n’avait été qu’un jeu. Même si elle avait du s’éclipser, lorsque la femme avait retrouvé ses esprits, bien plus vite qu’elle ne s’y attendait. Il faudrait se méfier d’elle. Ha… voici l’elfe. Il essaye misérablement de se dissimuler. Il ne sait pas que la maîtresse des ombres c’est elle. Un coup bien placé et le voilà hors combat. Elle cherche, alors, les chairs tendres de la femme, mais celle-ci lui échappe. Un mauvais sourire vînt sur ses lèvres fines et pâles. Quel dommage…, sa dague aurait tant aimé fouiller des entrailles chaudes. Elle se rappelle ensuite la vague d’énergie qui irradie son dos. Et le silence.

Ces misérables humains n’avaient pas d’honneur. Et dire qu’ils se réclamaient de la noblesse. Un bref instant, elle se revit, dans le château où la cour du Duc représentait alors l’élite de l’aristocratie Aarkonienne. Jamais, un homme de haute naissance n’aurait accepté un combat déloyal, sans être discrédité et banni sur le champ. Ceux là n’était donc que des manants dans de beaux habits de soie. Pauvre Aarkonie. Pauvre régent. Il croyait relever le Duché avec ces gueux…

Les voix étaient toujours là. Diverses intonations se faisaient entendre. Combien étaient-ils à présent ? Elle prit son mal en patience, et ce n’est que tard dans la nuit que le silence se fit enfin. Mais ce n’était pas important. Le délai lui avait permit de récupérer totalement ses forces. D’alimenter sa haine. Et de laisser le poison s’infiltrer au plus profond du corps de l’homme.

Ils auraient d’autre rencontres. Ils paieraient tous, les uns après les autres pour l’outrage fait à sa Reine Noire. Bientôt, elle pourrait se présenter devant Sylvanas et lui rendre le bijou, volé au trésor royal de la Banshee...

 

 
 

Ainsi donc connaissons-nous le point de vue de l'assaillante. Mais mue par le désir de plaire à sa tyrannique Reine, il y a fort à parier que le récit ne soit que trop à son avantage. Découvrons les bribes d'autres écrits, lesquels nous éclairerons plus sûrement sur ce qui est advenu ce jour là...

 
 

 

 [...Document du fond d'archive de la Famille Dourton, journal...]

 

Allongée sur le ventre dans son lit, Phaenan ne parvenait pas à trouver le sommeil. Fait extraordinaire, elle n'avait pas même eut envie d'avaler un en-cas avant d'aller dormir. Que son estomac refuse de la nourriture et que ses pensées lui interdisent le sommeil... une telle chose ne lui était pas arrivée depuis aussi longtemps que sa mauvaise mémoire lui permettait de s'en souvenir.

- « Quel calvaire ! », exagéra t'elle inconsciemment en songeant que cette bosse l'empêchait de s'allonger sur le dos. Cette pauvre âme ne l'avait réellement pas manquée. Si le Commandant semblait conserver une vive douleur à la cuisse, elle-même passerait les prochains jours avec une sacrée bosse. La Magie de Sire Kabuga avait refermé la plaie de son cuir chevelu, mais étonnamment la douleur persistait...

Mais ce n'était pas cette douleur déplaisante qui l'arrachait à son ordinaire bon appétit, et encore moins à son habituel sommeil de plomb.
La peur.

Lors de son entrée dans la Milice, elle avait énoncé ce fait: Les combats et elles font mauvais ménage. Non pas par bonté d'âme! Simplement car les situations chaotiques lui sont éprouvantes. La sensation de ne plus avoir de prise sur rien... Et quoi de plus chargé d'imprévus qu'une bataille?
Je passe mon temps à mettre de l'ordre dans ma vie !. Si Phaenan appréciait les livres, le calme, les arts reposants, ce n'était pas innocent: cela révélait bien au contraire son tempérament. Même sa Magie était à l'image de ce besoin de contrôle, de sécurité. La maîtrise des Arcanes, au mépris de celle des éléments. Une Magie brute, éthérée, dont la stabilité ne dépendait que de la volonté du Mage. Aucun élément perturbateur...

Le stress l'avait frappée dès qu'elle avait aperçu cette cavalière aussi squelettique que sa monture. Alors, seulement, elle comprit la voix inquiète qu'avait Dame Nyx en chuchotant dans le communicateur un peu plus tôt... Angoisse, appréhension, anxiété... Tandis que la Magicienne faisait front auprès de son Commandant, elle livrait déjà un combat. Au fond d'elle, contre tout son être qui lui hurlait de s'enfuir à l'abri des murs de Ménéthil, à l'abri sous la protection de gardes entraînés. Mais avait-elle eut le choix?
Dès qu'elle les avait aperçu, cette créature misérable s'était rapprochée d'eux dans un ballet sadique. Dans chacun de ses rires, dans cette façon de chevaucher en cercles autour d'eux, Phaenan avait eu l'impression de retrouver ce qu'elle avait lu sur les habitudes des démons; une inhumanité les menant à ... jouer avec leur proie.

L'image convenait. C'était bien ainsi qu'elle avait ressenti la situation, tant sur l'instant qu'après coup. Le tourment de se sentir à la place d'une souris amusant un chat.

- « Nous requérons de l'aide au plus vite ! »

La voix du Commandant, à côté d'elle, résonna dans le communicateur gnome, puis dans l'esprit de Phaenan. Bien qu'il essayait lui aussi de se montrer maître de lui, Sire Kabuga ressentait lui aussi visiblement cette frayeur.
Ce fut la dernière pensée qu'elle eut tandis qu'elle observait la créature. Puis plus rien. La malheureuse créature avait disparu. Phaenan n'entendit même pas les réponses des Miliciens. Fouillant les ombres étirées par ce soir de pleine lune, la Magicienne avait l'impression de se noyer dans une eau noire.

Un choc brutal à l'arrière du crâne.

Elle ne ressenti même pas la douleur, vivant la scène avec étonnant - mais total - détachement. Sa conscience arrachée à son corps, elle eut juste un flash devant les yeux avant qu'un voile noir s'impose devant son regard. Un cri de douleur s'élevait dans la nuit, la secouant un peu à son état; poussée par un impérieux et primitif instinct de survie, son esprit s'anima. Plusieurs secondes, une éternité, s'écoulèrent, durant lesquelles la Magicienne essayait de reprendre le contrôle de son corps. Sans comprendre comment, mettant cela au crédit de sa volonté, elle y était parvenue. Le reste... Phaenan ne se souvenait plus vraiment. Choquée, terrifiée, hors d'elle, tout ce qu'elle avait retenu de la suite était une masse d'énergie canalisée vers cette chose qui les avait assaillit.
Cela s'enfuyait; s'oubliant, la Magicienne l'avait poursuivi. Ce n'est qu'après deux cents mètres de poursuite qu'elle s'était arrêtée, retrouvant un semblant de lucidité. Derrière elle, la voix du Commandant, lui demandant de revenir.

Ce qu'elle avait fait. Ils étaient ensuite retournés sur le pont du gué-de-pierre. Là au moins, la Réprouvée ne pouvait les surprendre que sur deux flancs distincts... Les minutes passèrent, éprouvantes, durant lesquelles Phaenan comprit enfin que les voix des Miliciens Brachyoure et Alath indiquaient que les deux hommes faisaient de leur mieux pour les rejoindre. La peur lui déchira les entrailles lorsqu'elle entendit de nouveau des sabots résonner sur la route pavée des Paluns. La créature était de retour, et recommença son jeu sinistre. Elfes, Gnomes et même quelques Humains; plusieurs passèrent à côté, et pourtant la créature ne leur accorda pas un instant d'attention.

Tremblante, Phaenan comprit alors. Ceci n'était en rien une attaque menée au hasard. Cette chose... Cela avait décidé de les tuer eux, et nul autre. L'inquiétude de Dame Nyx avait amenée le Commandant à conseiller à l'Adepte de la Flamme de retourner entre les murs de Ménéthil. Phaenan, n'en doutait désormais plus le moins du monde; sauf coïncidence phénoménale, cette chose visait le Duché... La voix de Sire Alath parvint à ses oreilles; le Kaldorei arrivait en courant vers eux. Immédiatement la créature brisa sa ronde autour d'elle et du Commandant, cherchant à englober le Milicien dans son jeu. Main moite crispée sur la poignée de son épée pour se donner du courage, la Magicienne l'avait suivi, décidée à ne pas risquer de voir Sire Alath affronter seul cette infamie. Bientôt, la Réprouvé se retrouva encerclée; le combat repris. L'adrénaline se déversa dans le sang de Phaenan, lui apportant la même fébrilité qu'à l'ordinaire; même des heures plus tard, elle ne parvenait toujours pas à se souvenir du déroulement du combat.

La dague de la créature l'avait blessée grièvement, au point qu'elle avait avalé le contenu d'une potion dans un réflexe, puis... Rien. Sa mémoire n'avait conservé que la vue des pages et des pages de runes et d'incantations qu'elle avait déversées pendant l'affrontement.

Le combat avait été bref, et la créature était tombée. De tout ceux présents, aucun n'avait lancé l'habituel " Gloire et Noblesse ". Phaenan ne s'était pas exclamée " Esarus thar no' Darador' ". Si elle ressentait quelque chose après cet affrontement, ce n'était ni de la pitié, ni l'exaltation de l'honneur, ni même de la honte. Juste du soulagement. Une créature infâme les avait agressé, et elle avait été libérée de son état misérable après un combat. Se soucie-t'on d'Honneur en défendant sa vie contre un raptor ou un lion ? Un seul fait la tracassait. Le jour même, elle avait levé la main et l'Arcane contre la Croisade Ecarlate; ce soir, pourtant, elle se rendait compte que ses propres pensées n'étaient pas si différentes des leurs. Pas au sujet des Réprouvés, du moins. Ces pauvres victimes devaient être libérées de leur état de non-vie...

Le Milicien Brachyoure était arrivé ensuite; puis Dame Nyx... La soirée avait été légère et agréable. Le Commandant avait tenu une cérémonie à la gloire de la Lumière, afin de plaider pour le repos et la rédemption de l'âme damnée de leur assaillant. Mais la peur ressentie par Phaenan ne s'était pas dissipée pour autant.
Elle n'était décidément pas une femme de terrain. Elle le savait depuis longtemps, et chaque altercation sanglante avec des êtres brutaux se réclamant de la Horde le lui rappelait...

Se levant dans un soupir, la Magicienne alla chercher un verre de lait glacé. Avec un peu de chance, cela calmerait sa faim, et elle pourrait ainsi dormir...

 

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