La Tiare de Perenolde

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 Note : Compte-rendu d'une mission aarkonienne

 

La Tiare de Perenolde est un ancien héritage des "nobles" de Perenolde, la famille régnante d'Alterac, avant que ce royaume ne tombe en ruine. On dit qu'elle a été réalisée par des maîtres bijoutiers à Forgefer, et qu'elle est ornée des émeraudes les plus pures. Quand Alterac a été détruite, la Tiare fut perdue. Mais les rumeurs disent qu'un ogre-mage, Grel'borg l'Avare, l'a trouvée, et qu'il fouille à présent les Ruines d'Alterac à la recherche d'autres trésors. Depuis de longs Grands Cycles, le Comte Bellornière, fidèle soutien des Aarkoniens auprès de la Maison de Nobles, souhaitait que la Tiare revienne en des mains dignes d'elle. Grâce aux Aarkoniens, c'est désormais le cas...

 

Deux silhouettes dans la nuit des collines de Hillsbrad, la lune éclairait leur chemin, ouvert par un hibou aux grands yeux jaunes, terreur des rongeurs et des superstitieux qui redoutent son cri. Les cavalières passèrent des collines aux montagnes où l’air se faisait plus sec et plus froid. Elles prirent la route de Strahnbrande, puis descendirent la vallée pour rejoindre la rivière qui coulait en son sein. De l’autre côté de la rive se tenait un homme, accroupi, aussi immobile qu’une statue de marbre, ou d’airain si l’on tenait compte de son armure ternie. C’était bel et bien lui, encore sous le choc après une agression menée par quelques sentinelles du Syndicat. La situation ne fut guère propice aux effusions, l’atmosphère était composée de vapeurs d’inquiétude et de soulagement. Au bout de quelques minutes, le paladin put bredouiller quelques phrases malgré la tétanie qui gagnait peu à peu chacun de ses membres. C’est à ce moment que l'une d'elle eut la présence d’esprit de lui offrir un remède efficace qui vint à bout du poison.

Depuis qu’il espionnait les membres du Syndicat, le Paladin s’était mis en tête de se venger d’eux en mettant fin à la vie d’un de leur meneur, un certain Nagaz, persuadé qu’ainsi ils seraient désorientés pour un temps. Il avait aussi récolté des rumeurs à propos d’un chef ogre connu pour sa cupidité et le trésor qu’il conservait jalousement tandis que le Comte Bellornière espérait toujours entrer en sa possession, la fameuse tiare de Perenolde. L'une des elfes fit part de sa réticence à mettre en œuvre une sorte d’embuscade pour atteindre le premier objectif, pure folie et perte de temps : Nagaz ne faisait certainement pas partie des plus hautes sphères pour être si peu protégé des représailles d’individus assez malins et acharnés pour arriver jusqu’à lui. Elle fut pourtant bien obligée de suivre lorsqu’on repartit vers le fond de la vallée où résidait l’orc. L'humaine se manifesta assez tôt sur la fréquence aarkonienne, elle rejoindrait cette expédition démente, juste à temps pour apporter son aide au moment de faire taire les veilleurs des camps parsemés tout le long du trajet.

Au final, ils étaient quatre à se glisser entre les arbres et les patrouilles avec toute la discrétion possible. L'elfe Elenwë Alquàirë dans ses habits sombres, les dagues aiguisées prêtes à être utilisées en cas de danger ; Galaad, fils d’Elethan, en tenue de combat et visiblement impatient d'aller en découdre autant avec le syndicat que les ogres mal léchés et nauséabonds ; Linebleue d’Harloup accompagnée d'un cuir-à-patte qui semblait plutôt content de pouvoir enfin faire de l'exercice et l'humaine Bérénice Théodora Shalîmar, dont la magie picotait déjà les doigts.

Le crépuscule du soir vint à leur aide, il pallia aux défauts et aux erreurs quand les gardes de nuit commençaient à se douter d’une présence anormale. La clarté trompeuse effaçait leurs hésitations, les branches leur jouaient des tours et s’amusaient à les divertir avec un spectacle d’ombre et de lumière. Parfois, les gardes prenaient leur fonction au sérieux et partaient vérifier, seuls ou accompagnés. Il fallait fuir ces mauvaises rencontres ou prendre le problème à bras le corps, pour le plus grand malheur des gardes. D’autres fois ils étaient impossibles à éviter, placés sur leur route tels des obstacles à passer, une épreuve à surmonter.
 

Ils virent apparaître la demeure, battue par les vents marins, que les vagues n’atteignaient pas bien qu’aucune falaise ne l’en protégeât. Personne aux alentours, ni mouette, ni mulot, encore moins un être humain assez inconscient pour finir gelé par les souffles glaciaires. Comme il était certain qu’on ne viendrait pas les accueillir galamment, ils entrèrent de force. Surpris par cette intrusion soudaine, les gardes du corps et leur maître eurent à peine le temps de sortir les armes des fourreaux avant de succomber, déchirés par les griffes d’un tigre, tailladés par les lames effilés, percés par les traits aigus et le cœur emprisonné dans le froid nés des javelots de glace qui les frappaient. Ainsi périrent tous les membres de la maisonnée. Les Aarkoniens ne s’attardèrent pas dans ce lieu qui avait été le théâtre d’une boucherie. Ils partirent en direction des ruines de la ville d’Alterac.

 

Cette fois, ceux qu’ils devaient affronter n’étaient pas leurs semblables, à moins que l’on considère qu’il existe un lien de parenté entre les hommes et les ogres. Ces derniers avaient beau posséder une force digne d’un dragon, il leur manquait la ruse et l’intelligence pour s’organiser et faire de l’ancienne ville une forteresse imprenable. Les failles restaient nombreuses dans leur système de défense, l’une d’entre elles permit aux aventuriers de pénétrer dans l’enceinte sans rencontrer de plein fouet les gardiens de la porte principale. Galaad et Elenwë l’avaient repérée deux mois auparavant. Vers les grottes qui abritaient des créatures étranges, à l’ouest de l’entrée disloquée, la muraille qui devait s’appuyer contre des parois abruptes avait à présent un accès naturel, une accumulation de neige et de roc formant une pente douce jusqu’au chemin de ronde. Les aventureux l’empruntèrent et purent embrasser du regard l’ensemble du territoire des ogres une fois au sommet. Il ne restait plus qu’à trouver le possesseur de la tiare.

 

Ils descendirent dans le champ de blancheur pour fouiner dans tous les bâtiments devant lesquels ils passaient. La tour en partie effondrée ne donna rien sinon deux occupants furieux qui les chargèrent dès qu’ils les virent. L’affaire fut réglée en deux temps trois mouvements ; dans un combat, une trop grande taille peut devenir un sacré handicap. Puis, après ce premier échec, ils se rendirent dans le cœur battant de la cité, l’ancienne caserne, certainement occupée par les ogres les plus craints et les plus renommés de la région. Ses couloirs qui paraissaient large du point de vue d’un homme paraissaient soudainement étroits quand un colosse monstrueux y passait tout juste. La plupart de ces monstres furent arrêtés dans leur élan belliqueux et fouillés, n’offrant pour trésor que quelques pièces de cuivre et d’argent terni. Il n’y eut pas un seul passage qui ne fût bouché par une masse énorme. Mais elfes comme humains eurent beau explorer minutieusement chaque pièce, chaque recoin, aucune tiare ne pointa le bout de son nez.

Dépités, harassés, ils ressortirent et se posèrent devant l’église pour regagner des forces. La perspective de devoir continuer à un rythme haletant sans vraiment savoir ce qu’ils cherchaient et où ils devaient le faire n’était guère réjouissante. Même avec toute la volonté qu’ils possédaient, ils ne tiendraient pas jusqu’au bout, et même s’ils y arrivaient, rien ne garantissait que cet effort serait couronné par une réussite.

Leur pause prit fin avec la venue d’un ogre bicéphale, plus grand et plus massif que tous ceux qu’ils avaient vus jusqu’à présent, qui se distinguait aussi du reste des troupes par ses tatouages rituels peints en rouge vif. Sa marche nonchalante s’accéléra lorsqu’il remarqua la présence d’intrus. Il lança un cri de guerre pour les effrayer puis voulut les balayer d’un coup du tronc amaigri qui lui servait de bâton. Il n’avait pas prévu de les voir se disperser tout autour de lui. Sa première attaque ne fit que soulever une pluie de neige tandis que les Aarkoniens s’apprêtaient à le mordre dans un même mouvement. Cuir à pattes s’accrocha à l’une de ses cuisses, fermement décidé à y rester pendant que sa maîtresse tentait de faire oublier la présence du félin en décochant des flèches barbelées. Le colosse ne prêta pas attention à sa douleur, occupé qu’il était à vouloir écraser le paladin qui évitait tant bien que mal les coups qu’il lui décochait et le tailladait quand il en avait l’occasion. Ses mouvements étaient ralentis par la couverture de gel qui collait à sa peau, création de la mage qui se tenait en retrait, sur son flanc, ce qui laissait plus d‘ouvertures à Galaad. De son côté, Elenwë avait abandonné toute idée de combat loyal et chevaleresque et s’occupait d’estropier l’ogre en s’attaquant à ses jambes.

La bête tourmentée finit par s’effondrer, vaincue, et ne donna plus aucun signe de vie. Avec tout le boucan qu’ils avaient fait, ils évitèrent de crier victoire pour alerter le reste de la tribu qui devait déjà commencer à s’agiter en tous sens. Le fils d’Elethan eut la bonté de se dévouer pour le bien de la communauté, c’est-à-dire de fouiller leur ennemi tombé au cas où, par bonheur, il aurait bel et bien été Grel’Borg, l’avare. Leur espoir fut récompensé, la tiare magnifiquement ouvragée sortit de ses vêtements et ils repartirent en silence quoique leur sourire fût largement visible. Ils avaient déjà atteint le sommet de l’enceinte fortifiée quand un attroupement se fit autour du cadavre du tyran cupide.

 

A l'abri après une course rapide, la discussion s'engagea. Fallait-il remettre le diadème en question directement au Comte Bellornière ou aller voir le régent afin d'expliquer la petite vadrouille ? Soucieux de voir la tiare retournée là d'où elle venait, et pour éviter les risques inutiles, la troupe bien organisée décida qu'il valait mieux voir le bijou en sécurité. Ne restait plus qu’à ramener la trouvaille à son premier possesseur, en mains propres pour que leur nom reste gravé dans les mémoires et que personne d’autre ne s’approprie cet exploit, si on peut aller jusqu’à employer ce mot. Un portail s'ouvrit donc sur Hurlevent, et les quatre compères marchèrent d'un bon pas à travers les canaux pour rejoindre la Maison des Nobles. Encore sales, boueux, les habits tâchés de sang, ils ne pensèrent même pas à aller se changer. Non, le temps pressait et qui sait si on ne tenterait pas de leur voler l'objet si précieux ?

Malgré leur tenue incorrecte selon les convenances aristocratiques, laisser entrevoir une partie de ce trésor jusqu’alors perdu inspira un certain sentiment de respect aux gardes vis à vis du petit groupe et ils les laissèrent passer jusqu’à la salle du comte Bellronière. Ce dernier réprima son premier mouvement d’humeur qui consistait à pester contre ceux qui le dérangeaient à une heure tardive, bien vite remplacé par une explosion de joie comme peuvent en exprimer les nobles qui tiennent à respecter l’étiquette.

 

La tiare lui fut remise, on s’agenouilla. Il la contempla, fiévreux, les yeux brillants, et tout ce qu’il ressentait dans son cœur ressortit à travers les mots qu’il adressa aux quatre sujets du pouvoir aarkonien, les mots vinrent d’eux-mêmes car il ne s'attendait pas, ce soir-là, à voir émerger des Aarkoniens dans la maison des nobles, pour lui remettre un bijou qu'il avait cherché en vain depuis si longtemps. Tout son discours prônait les valeurs héroïques, le courage et l'entreprise complexe que cela avait dû être. Et c'est ainsi que la tiare fut rendue à un Comte heureux. Le Duché d’Aarkonie et la Maison des Nobles pourraient peut-être enfin se rapprocher. Sur un « Gloire et Noblesse » bien retentissant, la soirée s'écourta pour les uns tandis que les autres en profitèrent pour aller festoyer gaiement avec d'autres Aarkoniens au cochon siffleur.

 
 II. Dignes de confiance

 

Le lendemain matin, des soldats de l'Armée royale d'Hurlevent vinrent informer les quarte compères que le Comte Bellornière souhaitait les revoir. Ils n'eurent pas plus de temps que la veille pour se parer d'atours dignes d'une telle visite. Bientôt agenouillés devant le Comte, celui-ci les accueilli avec enthousiasme. Il avait quelque chose à leur confier, quelque chose susceptible d'intéresser l'Aarkonie entière... [à suivre]

 

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Groupe des 4 : Charisme + Combat + Explorateur + Tacticien: + 15 %