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Deux
silhouettes dans la
nuit des collines de
Hillsbrad, la lune
éclairait leur
chemin, ouvert par
un hibou aux grands
yeux jaunes, terreur
des rongeurs et des
superstitieux qui
redoutent son cri.
Les cavalières
passèrent des
collines aux
montagnes où l’air
se faisait plus sec
et plus froid. Elles
prirent la route de
Strahnbrande,
puis descendirent la
vallée pour
rejoindre la rivière
qui coulait en son
sein. De l’autre
côté de la rive se
tenait un homme,
accroupi, aussi
immobile qu’une
statue de marbre, ou
d’airain si l’on
tenait compte de son
armure ternie.
C’était bel et bien
lui, encore sous le
choc après une
agression menée par
quelques sentinelles
du Syndicat. La
situation ne fut
guère propice aux
effusions,
l’atmosphère était
composée de vapeurs
d’inquiétude et de
soulagement. Au bout
de quelques minutes,
le paladin put
bredouiller quelques
phrases malgré la
tétanie qui gagnait
peu à peu chacun de
ses membres. C’est à
ce moment que l'une
d'elle eut la
présence d’esprit de
lui offrir un remède
efficace qui vint à
bout du poison.
Depuis qu’il
espionnait les
membres du Syndicat,
le Paladin s’était
mis en tête de se
venger d’eux en
mettant fin à la vie
d’un de leur meneur,
un certain Nagaz,
persuadé qu’ainsi
ils seraient
désorientés pour un
temps. Il avait
aussi récolté des
rumeurs à propos
d’un chef ogre connu
pour sa cupidité et
le trésor qu’il
conservait
jalousement tandis
que le Comte
Bellornière
espérait toujours
entrer en sa
possession, la
fameuse tiare de
Perenolde. L'une des
elfes fit part de sa
réticence à mettre
en œuvre une sorte
d’embuscade pour
atteindre le premier
objectif, pure folie
et perte de temps :
Nagaz ne faisait
certainement pas
partie des plus
hautes sphères pour
être si peu protégé
des représailles
d’individus assez
malins et acharnés
pour arriver jusqu’à
lui. Elle fut
pourtant bien
obligée de suivre
lorsqu’on repartit
vers le fond de la
vallée où résidait
l’orc. L'humaine se
manifesta assez tôt
sur la fréquence
aarkonienne, elle
rejoindrait cette
expédition démente,
juste à temps pour
apporter son aide au
moment de faire
taire les veilleurs
des camps parsemés
tout le long du
trajet.
Au final, ils
étaient quatre à se
glisser entre les
arbres et les
patrouilles avec
toute la discrétion
possible. L'elfe
Elenwë Alquàirë
dans ses habits
sombres, les dagues
aiguisées prêtes à
être utilisées en
cas de danger ;
Galaad, fils d’Elethan,
en tenue de combat
et visiblement
impatient d'aller en
découdre autant avec
le syndicat que les
ogres mal léchés et
nauséabonds ;
Linebleue d’Harloup
accompagnée d'un
cuir-à-patte qui
semblait plutôt
content de pouvoir
enfin faire de
l'exercice et
l'humaine
Bérénice Théodora
Shalîmar,
dont la magie
picotait déjà les
doigts.
Le crépuscule du
soir vint à leur
aide, il pallia aux
défauts et aux
erreurs quand les
gardes de nuit
commençaient à se
douter d’une
présence anormale.
La clarté trompeuse
effaçait leurs
hésitations, les
branches leur
jouaient des tours
et s’amusaient à les
divertir avec un
spectacle d’ombre et
de lumière. Parfois,
les gardes prenaient
leur fonction au
sérieux et partaient
vérifier, seuls ou
accompagnés. Il
fallait fuir ces
mauvaises rencontres
ou prendre le
problème à bras le
corps, pour le plus
grand malheur des
gardes. D’autres
fois ils étaient
impossibles à
éviter, placés sur
leur route tels des
obstacles à passer,
une épreuve à
surmonter.
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Ils virent
apparaître la
demeure, battue
par les vents
marins, que les
vagues
n’atteignaient
pas bien
qu’aucune
falaise ne l’en
protégeât.
Personne aux
alentours, ni
mouette, ni
mulot, encore
moins un être
humain assez
inconscient pour
finir gelé par
les souffles
glaciaires.
Comme il était
certain qu’on ne
viendrait pas
les accueillir
galamment, ils
entrèrent de
force. Surpris
par cette
intrusion
soudaine, les
gardes du corps
et leur maître
eurent à peine
le temps de
sortir les armes
des fourreaux
avant de
succomber,
déchirés par les
griffes d’un
tigre, tailladés
par les lames
effilés, percés
par les traits
aigus et le cœur
emprisonné dans
le froid nés des
javelots de
glace qui les
frappaient.
Ainsi périrent
tous les membres
de la maisonnée.
Les Aarkoniens
ne s’attardèrent
pas dans ce lieu
qui avait été le
théâtre d’une
boucherie. Ils
partirent en
direction des
ruines de la
ville d’Alterac.
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Cette fois, ceux
qu’ils devaient
affronter
n’étaient pas
leurs
semblables, à
moins que l’on
considère qu’il
existe un lien
de parenté entre
les hommes et
les ogres. Ces
derniers avaient
beau posséder
une force digne
d’un dragon, il
leur manquait la
ruse et
l’intelligence
pour s’organiser
et faire de
l’ancienne ville
une forteresse
imprenable. Les
failles
restaient
nombreuses dans
leur système de
défense, l’une
d’entre elles
permit aux
aventuriers de
pénétrer dans
l’enceinte sans
rencontrer de
plein fouet les
gardiens de la
porte
principale.
Galaad et Elenwë
l’avaient
repérée deux
mois auparavant.
Vers les grottes
qui abritaient
des créatures
étranges, à
l’ouest de
l’entrée
disloquée, la
muraille qui
devait s’appuyer
contre des
parois abruptes
avait à présent
un accès
naturel, une
accumulation de
neige et de roc
formant une
pente douce
jusqu’au chemin
de ronde. Les
aventureux
l’empruntèrent
et purent
embrasser du
regard
l’ensemble du
territoire des
ogres une fois
au sommet. Il ne
restait plus
qu’à trouver le
possesseur de la
tiare.
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Ils
descendirent dans le
champ de blancheur
pour fouiner dans
tous les bâtiments
devant lesquels ils
passaient. La tour
en partie effondrée
ne donna rien sinon
deux occupants
furieux qui les
chargèrent dès
qu’ils les virent.
L’affaire fut réglée
en deux temps trois
mouvements ; dans un
combat, une trop
grande taille peut
devenir un sacré
handicap. Puis,
après ce premier
échec, ils se
rendirent dans le
cœur battant de la
cité, l’ancienne
caserne,
certainement occupée
par les ogres les
plus craints et les
plus renommés de la
région. Ses couloirs
qui paraissaient
large du point de
vue d’un homme
paraissaient
soudainement étroits
quand un colosse
monstrueux y passait
tout juste. La
plupart de ces
monstres furent
arrêtés dans leur
élan belliqueux et
fouillés, n’offrant
pour trésor que
quelques pièces de
cuivre et d’argent
terni. Il n’y eut
pas un seul passage
qui ne fût bouché
par une masse
énorme. Mais elfes
comme humains eurent
beau explorer
minutieusement
chaque pièce, chaque
recoin, aucune tiare
ne pointa le bout de
son nez.
Dépités,
harassés, ils
ressortirent et se
posèrent devant
l’église pour
regagner des forces.
La perspective de
devoir continuer à
un rythme haletant
sans vraiment savoir
ce qu’ils
cherchaient et où
ils devaient le
faire n’était guère
réjouissante. Même
avec toute la
volonté qu’ils
possédaient, ils ne
tiendraient pas
jusqu’au bout, et
même s’ils y
arrivaient, rien ne
garantissait que cet
effort serait
couronné par une
réussite.
Leur pause
prit fin avec la
venue d’un ogre
bicéphale, plus
grand et plus massif
que tous ceux qu’ils
avaient vus jusqu’à
présent, qui se
distinguait aussi du
reste des troupes
par ses tatouages
rituels peints en
rouge vif. Sa marche
nonchalante
s’accéléra lorsqu’il
remarqua la présence
d’intrus. Il lança
un cri de guerre
pour les effrayer
puis voulut les
balayer d’un coup du
tronc amaigri qui
lui servait de
bâton. Il n’avait
pas prévu de les
voir se disperser
tout autour de lui.
Sa première attaque
ne fit que soulever
une pluie de neige
tandis que les
Aarkoniens
s’apprêtaient à le
mordre dans un même
mouvement. Cuir à
pattes s’accrocha à
l’une de ses
cuisses, fermement
décidé à y rester
pendant que sa
maîtresse tentait de
faire oublier la
présence du félin en
décochant des
flèches barbelées.
Le colosse ne prêta
pas attention à sa
douleur, occupé
qu’il était à
vouloir écraser le
paladin qui évitait
tant bien que mal
les coups qu’il lui
décochait et le
tailladait quand il
en avait l’occasion.
Ses mouvements
étaient ralentis par
la couverture de gel
qui collait à sa
peau, création de la
mage qui se tenait
en retrait, sur son
flanc, ce qui
laissait plus
d‘ouvertures à
Galaad. De son côté,
Elenwë avait
abandonné toute idée
de combat loyal et
chevaleresque et
s’occupait
d’estropier l’ogre
en s’attaquant à ses
jambes.
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La bête
tourmentée
finit
par
s’effondrer,
vaincue,
et ne
donna
plus
aucun
signe de
vie.
Avec
tout le
boucan
qu’ils
avaient
fait,
ils
évitèrent
de crier
victoire
pour
alerter
le reste
de la
tribu
qui
devait
déjà
commencer
à
s’agiter
en tous
sens. Le
fils d’Elethan
eut la
bonté de
se
dévouer
pour le
bien de
la
communauté,
c’est-à-dire
de
fouiller
leur
ennemi
tombé au
cas où,
par
bonheur,
il
aurait
bel et
bien été
Grel’Borg,
l’avare.
Leur
espoir
fut
récompensé,
la tiare
magnifiquement
ouvragée
sortit
de ses
vêtements
et ils
repartirent
en
silence
quoique
leur
sourire
fût
largement
visible.
Ils
avaient
déjà
atteint
le
sommet
de
l’enceinte
fortifiée
quand un
attroupement
se fit
autour
du
cadavre
du tyran
cupide.
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A l'abri
après
une
course
rapide,
la
discussion
s'engagea.
Fallait-il
remettre
le
diadème
en
question
directement
au Comte
Bellornière
ou aller
voir le
régent
afin
d'expliquer
la
petite
vadrouille
?
Soucieux
de voir
la tiare
retournée
là d'où
elle
venait,
et pour
éviter
les
risques
inutiles,
la
troupe
bien
organisée
décida
qu'il
valait
mieux
voir le
bijou en
sécurité.
Ne
restait
plus
qu’à
ramener
la
trouvaille
à son
premier
possesseur,
en mains
propres
pour que
leur nom
reste
gravé
dans les
mémoires
et que
personne
d’autre
ne
s’approprie
cet
exploit,
si on
peut
aller
jusqu’à
employer
ce mot.
Un
portail
s'ouvrit
donc sur
Hurlevent,
et les
quatre
compères
marchèrent
d'un bon
pas à
travers
les
canaux
pour
rejoindre
la
Maison
des
Nobles.
Encore
sales,
boueux,
les
habits
tâchés
de sang,
ils ne
pensèrent
même pas
à aller
se
changer.
Non, le
temps
pressait
et qui
sait si
on ne
tenterait
pas de
leur
voler
l'objet
si
précieux
?
Malgré
leur
tenue
incorrecte
selon
les
convenances
aristocratiques,
laisser
entrevoir
une
partie
de ce
trésor
jusqu’alors
perdu
inspira
un
certain
sentiment
de
respect
aux
gardes
vis à
vis du
petit
groupe
et ils
les
laissèrent
passer
jusqu’à
la salle
du comte
Bellronière.
Ce
dernier
réprima
son
premier
mouvement
d’humeur
qui
consistait
à pester
contre
ceux qui
le
dérangeaient
à une
heure
tardive,
bien
vite
remplacé
par une
explosion
de joie
comme
peuvent
en
exprimer
les
nobles
qui
tiennent
à
respecter
l’étiquette.
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La
tiare
lui
fut
remise,
on
s’agenouilla.
Il
la
contempla,
fiévreux,
les
yeux
brillants,
et
tout
ce
qu’il
ressentait
dans
son
cœur
ressortit
à
travers
les
mots
qu’il
adressa
aux
quatre
sujets
du
pouvoir
aarkonien,
les
mots
vinrent
d’eux-mêmes
car
il
ne
s'attendait
pas,
ce
soir-là,
à
voir
émerger
des
Aarkoniens
dans
la
maison
des
nobles,
pour
lui
remettre
un
bijou
qu'il
avait
cherché
en
vain
depuis
si
longtemps.
Tout
son
discours
prônait
les
valeurs
héroïques,
le
courage
et
l'entreprise
complexe
que
cela
avait
dû
être.
Et
c'est
ainsi
que
la
tiare
fut
rendue
à un
Comte
heureux.
Le
Duché
d’Aarkonie
et
la
Maison
des
Nobles
pourraient
peut-être
enfin
se
rapprocher.
Sur
un «
Gloire
et
Noblesse
»
bien
retentissant,
la
soirée
s'écourta
pour
les
uns
tandis
que
les
autres
en
profitèrent
pour
aller
festoyer
gaiement
avec
d'autres
Aarkoniens
au
cochon
siffleur. |
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