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Le
cadre, d'une largueur d’environ un demi pieds, est fait
en un mélange de chêne et de sève, ce qui le rend
élastique. Composition certainement destinée
originairement à se ficher dans un cadre de bois dur et
dont l'avantage était de pouvoir plier la toile sans la
déformer. Grâce à l'éclat manquant, on peut voir que le
grain en est extrêmement fin, ce qui permet d'affirmer
qu'il a été prélevé au coeur d'un ou plusieurs
exemplaires centenaires et que la chimie nécessaire à la
confection était experte. A chaque coin a été sculpté
une feuillerêve, fleur représentant souvent la noblesse
humaine. Les bords eux-mêmes prennent la forme
d'innombrables tiges s'entremêlant jusqu'à ce que l'on
ne puisse plus distinguer quelle tige s'arrête où.
Le bois a été protégé grâce à de la sève de Lumenia
(arbre se trouvant sur les terres de Kalimdor, quasi
inutile en temps que matériau, mais dont la sève, une
fois séchée, a la particularité de durcir sans imprégner
le matériau sur lequel elle est appliquée, ce qui a
l'avantage de laisser sa couleur d'origine à la surface
sur laquelle elle est appliquée). Plus qu'un simple
ouvrage décoratif, on peut aisément imaginer la
symbolique du cadre. Les feuillerêves représentant la
noblesse, les tiges peuvent représenter sa désunion, le
fait qu'elles se soient totalement perdues tant les
chemins qui les séparent sont devenus tortueux. L’on
pouvait supputer que les Maisons Aarkoniennes étaient, à
l'époque, plus soucieuses d'asseoir leur pouvoir les
unes face aux autres que de confirmer celui des Dynastes
eux-mêmes. Bien que très subtil, on pourrait le
considérer comme un reproche de l'artiste aux Maisons de
l'époque, qui, du fait de leurs conflits, n'ont pas
toujours été capables d'écouter les avertissements et de
s'unir face à l'adversité.
La toile elle même est centrée sur la personne du Duc
Saargon Ier. Chevauchant son destrier, il est posté sur
le corps d'un loup impressionnant de par sa taille, ce
qui le surélève par rapport à la mêlée. Il est équipé
d'une splendide armure noire sans la moindre décoration.
Sa seule et unique parure étant sa couronne, ce qui
sous-entendrait que c'est plutôt le guerrier que le
puissant Duc que l'on a voulu représenter. Son visage,
d'un blanc diaphane, est impassible, seuls ses yeux
noirs semblent exprimer une froide détermination. Il
tend son épée vers le spectateur, semblant inviter un
nouvel ennemi dans un combat à mort. Il est à noter que
malgré le fait que la bataille représentée semble
acharnée, le Duc est exempt de toute trace de sang, de
coups, ni d'aucun des outrages auxquels l'on est exposé
à la bataille. On peut y voir là l'idée que la noblesse
aarkonienne ne saurait être touchée par les insanes
fluides de l'ennemi, reniant par delà même qu'elle
pourrait être vaincue.
Le loup est un spécimen imposant de sa race. Il est
harnaché, et sa posture semble le montrer totalement
soumis à son cavalier orc. Ses griffes sont enfoncées
dans le cadavre qui gît sous lui, et sa gueule dégouline
de sang. L'ensemble cavalier/monture sous-entend
plusieurs choses ; le dynaste prouvant sa supériorité
face à une créature jugée inférieure, et le fait que,
malgré tout, un aarkonien peut se révéler le plus
sauvage et terrible des adversaires. La toile passant de
main en main, les aarkoniens présents se rendent compte
que le toucher permet de confirmer une impression
visuelle ; l'artiste est arrivé à donner du relief à son
oeuvre, en faisant en sorte que, par exemple, l'armure
soit totalement lisse au toucher, ou que l'on ait
l'impression de réellement caresser un loup. La méthode
utilisée est totalement inconnue, il faudrait faire des
recherches d'archive pour essayer de trouver la trace
d'une telle technique, d'ailleurs peut-être unique à
cette toile.
La mêlée semble particulièrement sanglante. On peut
dénombrer de nombreux cadavres, cependant une inspection
plus poussée nous montre qu'il y a plus de combattants
humains gisant à terre que d’orcs. Les guerriers
eux-mêmes sont toujours représentés acculés, ce qui ne
laisse aucun doute quant à la tournure que prend la
bataille. Tous tournent le dos à une citée en flamme,
Aarkonia sans aucun doute. Toutefois, derrière eux se
dresse la lisière de Stormwind, ce qui nous indique que
le combat que livre les aarkoniens se veut pour la
défense de toute la patrie humaine, et pas uniquement du
Duché lui-même. Certainement effet de représentation
plus qu’indication géographique. La couleur dominante
parmi les aarkoniens est le blanc du deuil, signifiant
une fois de plus que nul parmi eux ne songe à une
possible victoire. Les orcs, eux, représentent tous des
membres imposants de leur espèce (seuls les plus fort
seraient à même de rivaliser face à un noble guerrier
aarkonien?). Leurs membres sont tous difformes, sans
qu'il n'y est la moindre harmonie, au contraire des
guerriers aarkoniens qui, même dans la mort, gardent
leur beauté parfaite.
Le jeu de lumière est assez intéressant. L'ensemble de
la scène du combat est "terne", comme si l'on avait jeté
un léger voile sur l'astre du jour. Seule une zone de la
toile est baignée de lumière. Y sont représentés des
silhouettes, tournant le dos au combat et semblant se
diriger vers l'horizon. Forte symbolique de l'Exode,
prouvant qu'à l'époque des faits l'espoir ne se situait
pas dans le combat mais dans la fuite. On peut donc en
conclure que les personnages mis en avant sur la toile
n'en sont pas, en définitive, l'élément principal.
En conclusion, on peut affirmer qu'il ne s'agit pas là
d'un hommage au sacrifice du Duc, mais plutôt une image
donnant une utilité à sa mort. Il ne s'est pas présenté
sur le champ de bataille pour l'honneur, ni pour sa
maison, mais pour permettre à son peuple, et à sa
descendance, de survivre à cette épreuve. Le plus
important ne serait donc pas le sacrifice lui même, mais
sa raison. Si après sa mort rien n'avait subsisté, elle
aurait été inutile et oubliée de tous. Les actions
égoïstes sont donc indignes d'être citées, alors que les
actions purement altruistes sont dignes d'éloges. Si le
Duc est ici représenté à la première place, c'est donc
plus pour le remercier en se souvenant de lui que dans
un quelconque but de glorification guerrière.
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