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Le
ciel lui paraissait
donc moins sombre
tandis qu'elle
chevauchait sur les
routes du Sud. C'est
alors que survint un
véritable coup de
théâtre qui acheva
de lui faire
considérer l'avenir
sous un jour plus
souriant.
Louis d’Hebering
était mort
subitement, laissant
la couronne des
Comtes à sa veuve,
Ibyll d’Akr,
et à son fils
Guillaume, un
enfant de sept ans.
Les contemporains ne
manquèrent pas de
voir «
la main de la
Lumière »
dans cet arrêt du
destin, car, du jour
au lendemain, le
rapport des forces
en Aarkonie se
trouva complètement
inversé.
Que pouvaient
opposer Ibyll et son
enfant à la
puissante Régente
qui revenait en
force ? Celle-ci
était appuyée à
présent par une
armée nombreuse et
par des moyens
financiers non moins
impressionnants.
Parmi les barons
héberiens, qui
sentaient la partie
perdue, c'était à
qui renierait le
plus vite la cause
de Louis pour se
rallier à celle de
l’intransigeante
Palinka. Aussi ses
progrès avaient-ils
été fulgurants.
Alnone s'était
rendue à elle sans
coup férir. La
petite bourgade de
Hanvallone en
avait fait autant.
Après quoi la
plupart des villages
sous obédience
héberienne lui
avaient ouvert leurs
portes. Quelques
semaines lui avaient
suffi pour se rendre
maîtresse de toutes
les terres qui
conduisaient à
Rochebury.
«
Les Gens à la Croix
», nous dit Erwan de
Saint-Miroi, «
avaient préparé à
Palinka d’Alianis un
accueil triomphal.
Toutes les rues, et
plus
particulièrement
leurs croisements,
étaient richement
décorées de tapis
précieux. Les
artères et les
places embaumaient
l'encens et la
myrrhe. La Régente
n'avait pas apporté
moins de soin à
l'ordonnance de son
armée que les
anciens croisés à la
décoration de leur
ville. On avait
prescrit aux
combattants une
discipline sévère,
les prévenant que "
toute exaction "
serait punie par
l'amputation de la
main. Alors, ils
défilèrent à travers
la ville dans
l'éclat
resplendissant de
leurs armes,
marchant au pas, sur
deux colonnes. La
Régente et son fils
fermaient la marche,
accompagnés des
nobles aarkoniens en
tenue d'apparat.
Lorsqu'elle pénétra
dans la ville de
Kadena, ils
furent accueillis
par un tonnerre
d'acclamations et,
selon la coutume du
pays, le peuple, dès
qu'il l'aperçut, se
coucha à terre
devant le futur duc
en signe de
soumission. »
Les jours suivants,
pour achever de
rétablir le calme et
rassurer les
esprits, Palinka
promit une amnistie
générale à tous ceux
qui avaient pris
parti contre elle.
Elle s'engagea en
outre à restituer
leurs biens aux
barons rebelles et à
conserver le comté
de Rochebury à
l'enfant Guillaume,
car ce fief lui
revenait de son père
par droit
d'héritage. Lorsque
ces tractations et
ces remises de
peines eurent été
conclues à la
satisfaction de
tous, on se mit à
organiser les fêtes
du couronnement.
Celles-ci avaient eu
lieu une semaine
avant l’an nouveau,
dans la cathédrale
d’Aarkonia, au
milieu d'un grand
concours de peuple
et avec un faste
inimaginable, car
Palinka entendait en
graver le souvenir
dans la mémoire de
ses sujets. Il y
avait, hélas, une
ombre au tableau :
Aarakan, son
fils cadet, n'était
pas là. Il se
trouvait, à ce
moment, quelque part
dans les terres du
Nord et n’avait plus
donné de nouvelles
depuis de longs
cycles.
Avant que se
déroulât la
cérémonie du sacre,
sous l'immense nef
de la cathédrale où
se pressait en foule
toute la noblesse
profane et
religieuse d’Aarkonie,
on assista à une
scène émouvante,
dont les
chroniqueurs de
l'époque nous ont
laissé la
description. Au
moment où l'on
finissait de chanter
le Glorio et Nobilia,
on vit apparaître
Guillaume, le fils
de Louis, qui, bien
qu'âgé de sept ans
seulement, n'en
était pas moins le
successeur de son
père. Il avança le
long de la nef et
gravit à pas lents
les marches du trône
où était assis
Samnis. Arrivé
là, il s'agenouilla,
déposa la couronne
des Hebering à ses
pieds et renonça
solennellement à
toute prétention sur
le Duché. Samnis,
d'un geste large,
lui fit signe de se
relever, lui
confirma le maintien
du comté des
Hebering et - pour
lui marquer sa
faveur - lui conféra
en plus le titre de
Seigneur de
Dundgia.
Durant tous les
jours de la semaine
suivante, Samnis
assista aux offices,
la couronne ducale
posée sur la tête.
Mais il semblait
préoccupé. Une
expression désolée
assombrissait son
visage. Pourquoi
avait-il l'air si
triste, alors qu'il
était en train de
recueillir tous les
fruits des efforts
de sa mère ?
Etait-ce l'absence
de son épouse, ou le
fait de n'avoir pas
d'héritier, ce qui,
malgré son jeune
âge, le tracassait
continuellement ?
Pensait-il : A quoi
bon s'être donné la
peine de gravir
l'une après l'autre
toutes les marches
du trône, si c'était
pour accéder à un
pouvoir vidé de sa
substance, puisqu'il
n'avait personne à
qui le léguer ?
Le jour de l’an, il
assista aux
cérémonies avec un
recueillement
particulier. Il pria
intensément, ce que
ne faisait jamais ni
sa mère ni son père.
Mais ses traits
étaient crispés et
on le vit essuyer
furtivement une
larme lorsque le
choeur entonna, en
une longue
jubilation : «
Un enfant nous est
né, un enfant nous
est né... »
On eût dit qu'il ne
pouvait en supporter
davantage.
[l’ouvrage
semble avoir subi de
graves déprédation
depuis là, mais une
main experte s'est
astreinte à la tâche
de recomposer
l'ouvrage, le
travail est
minutieux, précis,
c'est celui d'un
expert. L'ouvrage
continue donc]
Alors, le lendemain,
qui était le premier
jour de l’an, le
drame éclata,
atroce,
épouvantable. Sous
prétexte d'écraser
une conspiration
ourdie contre lui
dont faisait mention
une lettre
mystérieusement
tombée entre ses
mains, Samnis fit
arrêter tous les
nobles et les
membres du clergé de
la croix demeurés
dans la capitale
parce qu'ils avaient
fait confiance à sa
promesse d'amnistie.
Tous ceux d'entre
eux qui avaient
assisté au
couronnement de
Samnis furent
arrêtés et brûlés
vifs. Cette
exécution massive
qui entraîna la mort
de plusieurs
dizaines de nobles
héberiens eut lieu
dans un terrain
vague situé à
proximité de la
capitale. Le petit
Guillaume eut les
yeux crevés et fut
châtré par le
bourreau. Après
quoi, il fut envoyé
à la garnison de
Siebring où il
devait périr de
consomption quelques
années plus tard.
Puis, non content
d'assouvir sa rage
sur les vivants,
Samnis s'en prit aux
morts. Il fit
extraire de leurs
tombeaux les corps
de Louis et de son
fils aîné Martial,
qui était décédé aux
alentours de sa
treizième année, et
fit décapiter leurs
cadavres sous les
yeux de la populace.
Le massacre se
prolongea pendant
plus d'une semaine
et se termina en
bain de sang.
Ce fut seulement à
ce moment que Samnis
apprit la grande
nouvelle : le
deuxième jour de
l’an, son épouse
avait mis au monde
un enfant mâle, qui
serait son héritier
et dont Palinka -
toujours dans
l’ombre de son fils
- lui assura «
qu'il nettoierait à
jamais l’Aarkonie
des félons ».
Alors Samnis leva
les mains au ciel et
remercia la Lumière
d'avoir exaucé sa
prière.
Mais Samnis se
trompait. Les Dieux
ne l'avaient pas
exaucé. Jamais ils
ne le laisseraient
jouir des bienfaits
de la paix. Loin de
calmer les esprits,
la férocité avec
laquelle il avait
écrasé
l'insurrection avait
laissé derrière elle
un sillage de haines
et de colères. Après
une courte période
d'accalmie, la
sédition reprit et
s'étendit. Alors, on
assista à de
nouveaux massacres,
à de nouvelles
horreurs.
Le comte Richard
de Nois, le
beau-frère de Louis
d’Hebering, après
avoir été attaché à
un couple de chevaux
et traîné par eux à
travers les rues de
Rochebury, fut pendu
par les pieds et
agonisa pendant deux
jours, jusqu'à ce
que le bouffon de la
Cour eût attaché une
lourde pierre à son
cou et l'eût achevé
par strangulation.
La comtesse Ibyll
fut exilée dans les
Bois,
tout au sud de la
Forêt d'Elwynn. Le vicomte
Giulius (ou
Joulius, comme
l'appelaient les
héberiens), avec
lequel Aarakan,
revenu de son exil
au Nord à la
nouvelle de la
concorde naissante,
avait entretenu des
relations amicales
avant qu'il n'eût
donné le signal de
la révolte, fut
hissé sur un trône
de fer chauffé à
blanc et une
couronne de métal
incandescent lui fut
enfoncée sur la tête
à coups de marteau,
si bien qu'au dire
des témoins, «
un cercle de fumée
s'éleva de ses
chairs grésillantes
». Même Aarakan fut
soumis à une
surveillance
rigoureuse de la
part de celle qui
restait Régente
auprès de son fils
cadet, Palinka d’Alianis,
car Samnis le
soupçonnait
d'encourager en
sous-main les
rebelles.
Lorsque, trois
Grands Cycles plus
tard, il vint le
rejoindre à Aarkonia
pour se faire
honorer par lui -
car il n'avait pas
été présent aux
cérémonies -, il le
contraignit à
assister à un
spectacle humiliant
: celui d'une longue
file de trente
mulets lourdement
chargés qui
traversaient la
ville pour se rendre
à un bûcher tout
proche des murs de
la Cité. Ils
emportaient des
prisonniers, enfants
pour la plupart,
dont on assurait de
l’engeance rebelle.
Une fois le défilé
terminé, on dit que
Aarakan poussa un
long gémissement.
Comme bien on
l’imagine, cette
accumulation de
violences et de
spoliations n'était
pas faite pour
diminuer la haine
que les héberiens
portaient à leur
nouveau maître.
Ajoutons à cela que
les barons
aarkoniens, venus
directement des
terres de l’Ouest,
que Samnis avait
amenés avec lui pour
assurer le succès de
son expédition, n'en
faisaient qu'à leur
tête. On leur avait
distribué avec
prodigalité les
bourgs et les
donations, prélevés
sur les biens
confisqués à la
noblesse héberienne.
Chaque jour plus
riches, chaque jour
plus arrogants - car
ils se considéraient
comme les soutiens
indispensables du
duc -, ils
refusaient de
reconnaître toute
autorité et se
conduisaient dans
les terres de l’est
comme en pays
conquis. Les
pillages et les
rapines étaient à
l'ordre du jour. Le
résultat de leur
comportement ne se
fit pas longtemps
attendre : au lieu
de rétablir l'ordre,
ils plongèrent toute
la région dans un
désordre sans nom.
L'anarchie atteignit
son comble le jour
où les deux troupes
auxiliaires mises à
la disposition de
Samnis par des
nobliaux occidentaux
rivaux, cédant à une
de ces querelles qui
devaient jalonner
leur histoire, en
vinrent aux mains et
finirent par se
livrer bataille dans
les rues mêmes de
Rochebury.
Cet état de choses
n'était pas
seulement torturant
pour Aarakan, qui se
sentait déchiré
entre ses devoirs
familiaux et son
amour pour l’Aarkonie;
il finit par
indigner
l’Archevêque
d’Hurlevent en
personne qui
regretta de s'être
montré conciliant
envers la Régente
Palinka et son fils.
A la demande de la
Maison des Nobles,
il dépêcha un légat
à Aarkonia pour y
faire des
remontrances au duc.
Mais Samnis n'était
pas homme à se
laisser intimider,
fût-ce par le
détenteur des
pouvoirs spirituels
des royaumes
humains. Il avait
bravé l'adversité à
une époque où il
n'avait pas encore
d'enfant. Ce n'était
pas pour plier le
genou maintenant
qu'il en possédait
un ! Aussi, coupant
court aux
admonestations du
légat, il lui avait
déclaré :
- «
Ma seule ambition
est d'asseoir
solidement la
position de mon fils
et d'accroître son
autorité aux yeux
des autres
souverains d'Azeroth. Et cela,
croyez-moi bien, nul
homme au monde,
fût-il Archevêque,
ne m'empêchera d'y
parvenir. »
Samnis proféra ces
mots d'un ton si
péremptoire que le
messager de
l’Archevêque préféra
se tenir coi.
Samnis tira profit
du trésor de la
noblesse héberienne
dont il s'était
emparé pour se
rallier les nobles
hésitants et les
amener à désigner
son fils, le petit
Aarokyr,
alors âgé de deux
ans, comme son
successeur légitime
à la tête du Duché.
Ce jour-là, il dut
se dire qu'il était
payant de se montrer
implacable...
Comme le règlement
de ces affaires
requérait sa
présence dans
plusieurs endroits
du Duché, Samnis fut
un duc qui voyagea
beaucoup. Il laissa
Aarakan sous la
surveillance de deux
hommes en qui il
avait une confiance
absolue : le Baron
Gerard von
Malingen, et
Gauthier d’Hegwel,
Capitaine qui avait
participé activement
aux massacres. Au
cours de ces
voyages, il s'arrêta
dans la plupart des
villes aarkoniennes,
laissant la gestion
d’Aarkonia à sa
mère, la
vieillissante
Palinka. La
population ne
s’enchantait guère
des haltes du Duc,
tant ses exigences
et celles de sa
suite grevaient
leurs réserves. Il
est possible que ce
fût dans l'une
d'elles qu'il vit
son fils pour la
dernière fois -892.
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