Histoire de l'Aarkonie

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Règne de Samnis Ier (-940 à -892)

Ouvrage publié par le Recteur Daarkan van Kred, découvert par Dame Theodora.

 
 

[Le début de l’ouvrage manque, il est d’ailleurs dans un très mauvais état général de conservation, à sa lecture, on peut le dater des dernières années de la Régence de Palinka d’Alianis]

 

Le ciel lui paraissait donc moins sombre tandis qu'elle chevauchait sur les routes du Sud. C'est alors que survint un véritable coup de théâtre qui acheva de lui faire considérer l'avenir sous un jour plus souriant.

Louis d’Hebering était mort subitement, laissant la couronne des Comtes à sa veuve, Ibyll d’Akr, et à son fils Guillaume, un enfant de sept ans. Les contemporains ne manquèrent pas de voir « la main de la Lumière » dans cet arrêt du destin, car, du jour au lendemain, le rapport des forces en Aarkonie se trouva complètement inversé.

Que pouvaient opposer Ibyll et son enfant à la puissante Régente qui revenait en force ? Celle-ci était appuyée à présent par une armée nombreuse et par des moyens financiers non moins impressionnants. Parmi les barons héberiens, qui sentaient la partie perdue, c'était à qui renierait le plus vite la cause de Louis pour se rallier à celle de l’intransigeante Palinka. Aussi ses progrès avaient-ils été fulgurants. Alnone s'était rendue à elle sans coup férir. La petite bourgade de Hanvallone en avait fait autant. Après quoi la plupart des villages sous obédience héberienne lui avaient ouvert leurs portes. Quelques semaines lui avaient suffi pour se rendre maîtresse de toutes les terres qui conduisaient à Rochebury.

« Les Gens à la Croix », nous dit Erwan de Saint-Miroi, « avaient préparé à Palinka d’Alianis un accueil triomphal. Toutes les rues, et plus particulièrement leurs croisements, étaient richement décorées de tapis précieux. Les artères et les places embaumaient l'encens et la myrrhe. La Régente n'avait pas apporté moins de soin à l'ordonnance de son armée que les anciens croisés à la décoration de leur ville. On avait prescrit aux combattants une discipline sévère, les prévenant que " toute exaction " serait punie par l'amputation de la main. Alors, ils défilèrent à travers la ville dans l'éclat resplendissant de leurs armes, marchant au pas, sur deux colonnes. La Régente et son fils fermaient la marche, accompagnés des nobles aarkoniens en tenue d'apparat. Lorsqu'elle pénétra dans la ville de Kadena, ils furent accueillis par un tonnerre d'acclamations et, selon la coutume du pays, le peuple, dès qu'il l'aperçut, se coucha à terre devant le futur duc en signe de soumission. »

Les jours suivants, pour achever de rétablir le calme et rassurer les esprits, Palinka promit une amnistie générale à tous ceux qui avaient pris parti contre elle. Elle s'engagea en outre à restituer leurs biens aux barons rebelles et à conserver le comté de Rochebury à l'enfant Guillaume, car ce fief lui revenait de son père par droit d'héritage. Lorsque ces tractations et ces remises de peines eurent été conclues à la satisfaction de tous, on se mit à organiser les fêtes du couronnement.

Celles-ci avaient eu lieu une semaine avant l’an nouveau, dans la cathédrale d’Aarkonia, au milieu d'un grand concours de peuple et avec un faste inimaginable, car Palinka entendait en graver le souvenir dans la mémoire de ses sujets. Il y avait, hélas, une ombre au tableau : Aarakan, son fils cadet, n'était pas là. Il se trouvait, à ce moment, quelque part dans les terres du Nord et n’avait plus donné de nouvelles depuis de longs cycles.

Avant que se déroulât la cérémonie du sacre, sous l'immense nef de la cathédrale où se pressait en foule toute la noblesse profane et religieuse d’Aarkonie, on assista à une scène émouvante, dont les chroniqueurs de l'époque nous ont laissé la description. Au moment où l'on finissait de chanter le Glorio et Nobilia, on vit apparaître Guillaume, le fils de Louis, qui, bien qu'âgé de sept ans seulement, n'en était pas moins le successeur de son père. Il avança le long de la nef et gravit à pas lents les marches du trône où était assis Samnis. Arrivé là, il s'agenouilla, déposa la couronne des Hebering à ses pieds et renonça solennellement à toute prétention sur le Duché. Samnis, d'un geste large, lui fit signe de se relever, lui confirma le maintien du comté des Hebering et - pour lui marquer sa faveur - lui conféra en plus le titre de Seigneur de Dundgia.

Durant tous les jours de la semaine suivante, Samnis assista aux offices, la couronne ducale posée sur la tête. Mais il semblait préoccupé. Une expression désolée assombrissait son visage. Pourquoi avait-il l'air si triste, alors qu'il était en train de recueillir tous les fruits des efforts de sa mère ? Etait-ce l'absence de son épouse, ou le fait de n'avoir pas d'héritier, ce qui, malgré son jeune âge, le tracassait continuellement ? Pensait-il : A quoi bon s'être donné la peine de gravir l'une après l'autre toutes les marches du trône, si c'était pour accéder à un pouvoir vidé de sa substance, puisqu'il n'avait personne à qui le léguer ?

Le jour de l’an, il assista aux cérémonies avec un recueillement particulier. Il pria intensément, ce que ne faisait jamais ni sa mère ni son père. Mais ses traits étaient crispés et on le vit essuyer furtivement une larme lorsque le choeur entonna, en une longue jubilation : « Un enfant nous est né, un enfant nous est né... » On eût dit qu'il ne pouvait en supporter davantage.

[l’ouvrage semble avoir subi de graves déprédation depuis là, mais une main experte s'est astreinte à la tâche de recomposer l'ouvrage, le travail est minutieux, précis, c'est celui d'un expert. L'ouvrage continue donc]

Alors, le lendemain, qui était le premier jour de l’an, le drame éclata, atroce, épouvantable. Sous prétexte d'écraser une conspiration ourdie contre lui dont faisait mention une lettre mystérieusement tombée entre ses mains, Samnis fit arrêter tous les nobles et les membres du clergé de la croix demeurés dans la capitale parce qu'ils avaient fait confiance à sa promesse d'amnistie. Tous ceux d'entre eux qui avaient assisté au couronnement de Samnis furent arrêtés et brûlés vifs. Cette exécution massive qui entraîna la mort de plusieurs dizaines de nobles héberiens eut lieu dans un terrain vague situé à proximité de la capitale. Le petit Guillaume eut les yeux crevés et fut châtré par le bourreau. Après quoi, il fut envoyé à la garnison de Siebring où il devait périr de consomption quelques années plus tard.

Puis, non content d'assouvir sa rage sur les vivants, Samnis s'en prit aux morts. Il fit extraire de leurs tombeaux les corps de Louis et de son fils aîné Martial, qui était décédé aux alentours de sa treizième année, et fit décapiter leurs cadavres sous les yeux de la populace. Le massacre se prolongea pendant plus d'une semaine et se termina en bain de sang.

Ce fut seulement à ce moment que Samnis apprit la grande nouvelle : le deuxième jour de l’an, son épouse avait mis au monde un enfant mâle, qui serait son héritier et dont Palinka - toujours dans l’ombre de son fils - lui assura « qu'il nettoierait à jamais l’Aarkonie des félons ». Alors Samnis leva les mains au ciel et remercia la Lumière d'avoir exaucé sa prière.

Mais Samnis se trompait. Les Dieux ne l'avaient pas exaucé. Jamais ils ne le laisseraient jouir des bienfaits de la paix. Loin de calmer les esprits, la férocité avec laquelle il avait écrasé l'insurrection avait laissé derrière elle un sillage de haines et de colères. Après une courte période d'accalmie, la sédition reprit et s'étendit. Alors, on assista à de nouveaux massacres, à de nouvelles horreurs.

Le comte Richard de Nois, le beau-frère de Louis d’Hebering, après avoir été attaché à un couple de chevaux et traîné par eux à travers les rues de Rochebury, fut pendu par les pieds et agonisa pendant deux jours, jusqu'à ce que le bouffon de la Cour eût attaché une lourde pierre à son cou et l'eût achevé par strangulation. La comtesse Ibyll fut exilée dans les Bois, tout au sud de la Forêt d'Elwynn. Le vicomte Giulius (ou Joulius, comme l'appelaient les héberiens), avec lequel Aarakan, revenu de son exil au Nord à la nouvelle de la concorde naissante, avait entretenu des relations amicales avant qu'il n'eût donné le signal de la révolte, fut hissé sur un trône de fer chauffé à blanc et une couronne de métal incandescent lui fut enfoncée sur la tête à coups de marteau, si bien qu'au dire des témoins, « un cercle de fumée s'éleva de ses chairs grésillantes ». Même Aarakan fut soumis à une surveillance rigoureuse de la part de celle qui restait Régente auprès de son fils cadet, Palinka d’Alianis, car Samnis le soupçonnait d'encourager en sous-main les rebelles.

Lorsque, trois Grands Cycles plus tard, il vint le rejoindre à Aarkonia pour se faire honorer par lui - car il n'avait pas été présent aux cérémonies -, il le contraignit à assister à un spectacle humiliant : celui d'une longue file de trente mulets lourdement chargés qui traversaient la ville pour se rendre à un bûcher tout proche des murs de la Cité. Ils emportaient des prisonniers, enfants pour la plupart, dont on assurait de l’engeance rebelle. Une fois le défilé terminé, on dit que Aarakan poussa un long gémissement. Comme bien on l’imagine, cette accumulation de violences et de spoliations n'était pas faite pour diminuer la haine que les héberiens portaient à leur nouveau maître.

Ajoutons à cela que les barons aarkoniens, venus directement des terres de l’Ouest, que Samnis avait amenés avec lui pour assurer le succès de son expédition, n'en faisaient qu'à leur tête. On leur avait distribué avec prodigalité les bourgs et les donations, prélevés sur les biens confisqués à la noblesse héberienne. Chaque jour plus riches, chaque jour plus arrogants - car ils se considéraient comme les soutiens indispensables du duc -, ils refusaient de reconnaître toute autorité et se conduisaient dans les terres de l’est comme en pays conquis. Les pillages et les rapines étaient à l'ordre du jour. Le résultat de leur comportement ne se fit pas longtemps attendre : au lieu de rétablir l'ordre, ils plongèrent toute la région dans un désordre sans nom. L'anarchie atteignit son comble le jour où les deux troupes auxiliaires mises à la disposition de Samnis par des nobliaux occidentaux rivaux, cédant à une de ces querelles qui devaient jalonner leur histoire, en vinrent aux mains et finirent par se livrer bataille dans les rues mêmes de Rochebury.

Cet état de choses n'était pas seulement torturant pour Aarakan, qui se sentait déchiré entre ses devoirs familiaux et son amour pour l’Aarkonie; il finit par indigner l’Archevêque d’Hurlevent en personne qui regretta de s'être montré conciliant envers la Régente Palinka et son fils. A la demande de la Maison des Nobles, il dépêcha un légat à Aarkonia pour y faire des remontrances au duc.

Mais Samnis n'était pas homme à se laisser intimider, fût-ce par le détenteur des pouvoirs spirituels des royaumes humains. Il avait bravé l'adversité à une époque où il n'avait pas encore d'enfant. Ce n'était pas pour plier le genou maintenant qu'il en possédait un ! Aussi, coupant court aux admonestations du légat, il lui avait déclaré :

- « Ma seule ambition est d'asseoir solidement la position de mon fils et d'accroître son autorité aux yeux des autres souverains d'Azeroth. Et cela, croyez-moi bien, nul homme au monde, fût-il Archevêque, ne m'empêchera d'y parvenir. »

Samnis proféra ces mots d'un ton si péremptoire que le messager de l’Archevêque préféra se tenir coi.

Samnis tira profit du trésor de la noblesse héberienne dont il s'était emparé pour se rallier les nobles hésitants et les amener à désigner son fils, le petit Aarokyr, alors âgé de deux ans, comme son successeur légitime à la tête du Duché. Ce jour-là, il dut se dire qu'il était payant de se montrer implacable...

Comme le règlement de ces affaires requérait sa présence dans plusieurs endroits du Duché, Samnis fut un duc qui voyagea beaucoup. Il laissa Aarakan sous la surveillance de deux hommes en qui il avait une confiance absolue : le Baron Gerard von Malingen, et Gauthier d’Hegwel, Capitaine qui avait participé activement aux massacres. Au cours de ces voyages, il s'arrêta dans la plupart des villes aarkoniennes, laissant la gestion d’Aarkonia à sa mère, la vieillissante Palinka. La population ne s’enchantait guère des haltes du Duc, tant ses exigences et celles de sa suite grevaient leurs réserves. Il est possible que ce fût dans l'une d'elles qu'il vit son fils pour la dernière fois -892.