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La menace hébering
éradiquée et la
fausse Croyance en
voie de l’être, le
Duc s’attacha à
renforcer partout
son pouvoir et dota
l’Aarkonie d'une
nouvelle
Constitution. Si
c’était une oeuvre
louable, elle ne
suffisait pas en
elle-même. Pour en
assurer
l'application,
encore fallait-il
former des
aarkoniens actifs et
compétents, non plus
attachés à la
fortune d'un
Seigneur local, mais
entièrement dévoués
aux intérêts de l’Aarkonie
et de sa dynastie.
On a peine à
imaginer aujourd'hui
toutes les
transformations
psychologiques et
morales que cela
impliquait. Pour
accélérer la
formation de ce
personnel nouveau,
le Duc décida de
fonder une
Académie à Rochebury.
Une des qualités
maîtresses dont il
fit preuve toute sa
vie fut le
discernement avec
lequel il sut
choisir ses
collaborateurs. Pour
assumer la direction
de l’Académie de
Rochebury,
Saargon Ier fit
appel à Daarkan
van Kred, le
recteur de
l’Académie d’Aarkonia.
Celle-ci était le
foyer de culture le
plus ancien et le
plus réputé du
Duché. Fondée par
Aarokar Ier en
-1176 pour
fournir au Duché les
jeunes érudits
nécessaires à son
administration
grandissante, ses
statuts avaient été
modifiés en -833
par la Duchesse
Daleina, qui y
avait remis à
l'honneur l'étude du
Droit. Daarkan van
Kred était
particulièrement
qualifié pour mener
à bien cette
nouvelle tâche.
En peu de temps,
l’Académie de
Rochebury devint non
seulement presque
aussi illustre que
celle d’Aarkonia,
mais surtout plus
moderne dans ses
travaux que cette
dernière. Faite pour
accueillir jusqu'à
300 étudiants, elle
fut bientôt une
pépinière de
fonctionnaires parmi
lesquels le Duc
n'eut qu'à puiser
pour trouver le
personnel qualifié
dont il avait
besoin. On y
enseignait les
principes du Droit
général et de la
législation, le
recueil des Arrêts
rendus par le Sénat,
le Droit
administratif et
pénal, l'histoire et
la géographie. Alors
que les autres
Académies de
l'époque se
cantonnaient souvent
dans l'étude d’une
seule discipline,
celle de Rochebury
encouragea l'esprit
de recherche et de
libre examen. Elle
représenta à la fois
une reviviscence du
passé et une percée
vers l'avenir, car
elle donna naissance
à une pléiade
d'esprits
caractérisés par
leur sagacité et
leur capacité de
raisonnement. Mais
ce n'est pas tant
par là que
l’Académie de
Rochebury se
distinguait des
autres : c'était par
ses règlements.
Le Recteur van Kred
avait obtenu que les
élèves soient
entièrement
instruits, nourris
et logés aux frais
du Duché. Les cours
duraient de trois à
cinq ans. Ceux qui
s'y inscrivaient
étaient libres de
choisir leurs
maîtres et leurs
disciplines. En
revanche, ils
devaient s'engager à
ne pas partir pour
d’autres terres à la
fin de leurs études,
mais à réserver leur
savoir au Duché, qui
en avait assuré le
financement. Toute
infraction à cette
règle entraînait des
sanctions sévères.
Parallèlement à la
création de
l’Académie de
Rochebury, Saargon
Ier fonda une
Ecole de médecine à
Panabourg, qui
devint bientôt
renommée et fut à
même de rivaliser
avec les instituts
similaires qui
existaient déjà à
l’Est du Royaume.
Nous savons, par des
témoins, que Saargon
Ier était passionné
par la médecine. Il
l'avait étudiée et
en avait assimilé
les rudiments au
point de se croire
suffisamment versé
dans cette science
pour imposer des
traitements à ses
amis quand ils
étaient malades (non
sans provoquer chez
eux une certaine
appréhension). Pour
lui, la médecine
était «
l'antichambre de
toutes les
connaissances »
parce qu'elle se
fondait sur
l'observation de la
nature, plus il
avançait en âge,
plus le Duc
rapprochait la
pratique de la magie
des préceptes de la
Lumière, à qui il
sembla bientôt
entièrement acquis.
Si l'Ecole de
Panabourg acquit
rapidement une si
haute réputation,
cela provint de ce
que ses élèves
étaient soumis à une
sélection sévère et
que l'enseignement
que leur
dispensaient leurs
maîtres était basé
sur une connaissance
approfondie de
l’anatomie humaine.
Les étudiants n'y
apprenaient pas
seulement la
médecine et la
pharmacologie, mais
aussi la chirurgie,
les mathématiques,
l'astronomie et
quelques éléments
d’alchimie. Les
cours n'avaient pas
seulement un
caractère théorique
: ils
s'accompagnaient
d'expériences et
d'exercices
pratiques.
Toutes les autres
écoles consacrées
aux premiers soins
furent fermées en
Aarkonie, et l’étude
de la médecine fut
interdit ailleurs
que dans l’Ecole
ducale. Car en
créant l'Ecole de
Panabourg, Saargon
Ier n'obéit pas
seulement à sa
passion pour les
recherches
scientifiques. Si la
fondation de
l’Académie de
Rochebury était une
tentative pour
ressusciter l'esprit
de cohésion dont le
Duché avait besoin à
l’Est, l'Ecole de
Panabourg répondit
au souci du Duc de
donner aux contrées
de l’Ouest, toujours
loyales, le monopole
de sciences qui
pourraient faire la
différence sur un
champ de bataille.
Lorsque le printemps
et l'été furent
passés et que ces
multiples travaux
commencèrent à
prendre forme - la
rédaction de la
nouvelle
Constitution, la
fondation de
l'Académie de
Rochebury et la
création de l'Ecole
de médecine de
Panabourg -, le Duc
et ses proches
conseillers
regagnèrent Aarkonia
qu'ils avaient hâte
de revoir après une
si longue absence.
Mais aussi pressés
qu'ils fussent de
rejoindre la
capitale pour y
résider durablement,
ils s'arrêtèrent
quelques jours au
Bois-Bleu, où le
Duc avait convoqué
une vaste assemblée,
composée de
délégations venues
de toutes les
régions aarkoniennes.
Il voulait les
consulter sur les
meilleurs moyens de
les gouverner. Il
interrogea
longuement les
délégués, écouta
leurs débats,
enregistra leurs
doléances et
s'enquit de leurs
besoins. Il avait
appris des années de
guerre et de
tumultes combien il
est avantageux
d'avoir pour soi le
consentement de la
population. Dans
toutes ces
circonstances,
Saargon Ier
administra la preuve
de ses qualités
novatrices, même si
le Conseil ducal ne
voyait pas ses
initiatives d’un œil
réjouit [...]
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