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Cet ouvrage a été
retrouvé après une énigmatique disparition, on pouvait alors
légitimement se demander s'il s'agissait d'une
simple vilipende ? |
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Histoire de l'Aarkonie |
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Régence
de Palinka d’Alianis : la Main Restauratrice (-950 à -940) |
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L’épouse du Duc, la
brillante et très
belle Palinka d’Alianis,
avait mis au monde
deux enfants mâles.
L'année -961
touchait à sa fin.
Après avoir été
précoce, l'hiver
s'annonçait
rigoureux, plongeant
bien des familles
aarkoniennes dans la
famine. Une épaisse
couche de neige
recouvrait les
montagnes et, dans
les villes et les
villages tapis au
creux des vallées,
chacun s'apprêtait à
célébrer la fin du
dernier Grand Cycle
de l’an.
Le convoi qui
descendait à marches
forcées vers le sud
pour amener à
Aarkonia Palinka d’Alianis,
épouse du Duc
Klaidon II, dut
s'arrêter à
Nalate, un
petit bourg fortifié
de la marche de
Matrane, bien
indigne d'héberger
une personne de si
haute lignée.
Lorsque les essieux
des chariots
cessèrent de grincer
et que le calme fut
revenu parmi les
conducteurs, on
entendit des
gémissements
s'élever de la
litière ducale.
Palinka, qui était
enceinte, commençait
à ressentir les
premières douleurs
de l'enfantement. La
suspension de sa
voiture était dure
et les cahots de la
route avaient dû
précipiter sa
délivrance. On
l'installa, tant
bien que mal, dans
la maison du
podestat local, où
nul ne l'attendait
en cette veillée de
fin d’an. Mais
Palinka, qui
souffrait beaucoup,
exigea - on ne sait
pourquoi - que la
naissance de son
enfant ait lieu en
public. On chercha à
l'en dissuader en
lui faisant valoir
qu'il faisait très
froid et que cela
risquait d'avoir des
conséquences
fâcheuses, pour elle
comme pour son
rejeton. Mais elle
n'en voulut pas
démordre. On dressa
donc, en toute hâte,
une tente de brocart
et de mousseline sur
la place du marché
et l'on convia tous
les habitants du
bourg et les
seigneurs des
environs à assister
à l'événement, afin
qu'ils pussent en
rendre témoignage.
Palinka était une
vieille femme, pour
l'époque, car elle
avait quarante ans.
Donner le jour à un
enfant à cet âge
était considéré
alors comme une
impossibilité
physique, surtout
après neuf ans d'un
mariage demeuré
stérile.
L'accouchement de la
reine prenait donc,
pour les uns un
caractère suspect,
pour les autres un
aspect quasi
miraculeux. D'autant
plus que les
intérêts en jeu
étaient énormes. Si
le nouveau-né était
un garçon, il
hériterait du destin
d’une Aarkonie alors
bien incertaine. Il
s'agissait donc de
prendre toutes les
précautions
possibles pour que
nul ne pût contester
la légitimité de sa
naissance.
L'enfant se
présentait mal.
L'accouchement, long
et douloureux,
risquait d'entraîner
la mort de la mère.
Il fallut toute
l'habileté de deux
médecins de la suite
ducale pour éviter
cette issue. Le
travail, commencé la
veille se prolongea
durant toute la
journée suivante. La
délivrance ne
survint qu'au matin
du deuxième jour. Il
faisait un froid
glacial sous la
tente où l'on
n'avait pas osé
allumer des
braseros, de crainte
qu'elle ne prenne
feu. Tandis que la
mère, épuisée,
gisait à demi morte
sur une pile de
coussins, on lava le
nouveau-né dans une
bassine d'eau
chaude. Puis, comme
il paraissait un peu
chétif, on
l'enveloppa dans une
barde de lard, pour
donner de la vigueur
à ses membres. Enfin
on le plaça dans la
peau d'un agneau
fraîchement écorché
pour qu'il ne
souffrît pas trop de
la différence de
température entre le
ventre de sa mère et
la froideur
ambiante. Quand on
le tendit à Palinka
d’Alianis, celle-ci
rouvrit les yeux et
poussa un cri : - «
Je vivrai !
». L'enfant lui
répondit par un long
vagissement, d'où
les médecins
conclurent que tout
danger était écarté
et qu'ils
survivraient tous
les deux.
Mais tout danger
n'était pas écarté
et Palinka ne
l'ignorait pas. Que
signifiait son cri ?
Ne voulait-il pas
dire : «
Je vivrai pour te
défendre, pour
éloigner de toi les
périls, pour te
protéger de tes
ennemis » ?
Car elle savait
combien ceux-ci
étaient puissants et
nombreux. Jamais cet
enfant d'apparence
aussi fragile
n'atteindrait l'âge
d'homme si elle
n'était pas là pour
veiller sur lui.
Elle le remit à sa
suivante, à laquelle
elle dit : - «
Si quelque événement
imprévu m'empêchait
d'assister à son
baptême, sache que
je voudrais qu'il
s'appelle Samnis
». L'après-midi,
Palinka se sentit un
peu mieux. Bien que
toujours soutenue
par une pile de
coussins, elle tint
à se montrer en
public, le visage
rayonnant de fierté,
tendant au
nourrisson son sein
gonflé de lait.
Désormais, personne
ne pourrait plus
prétendre qu'elle
n'était pas la mère
de l'enfant.
La naissance étrange
de celui qui devait
régner un jour sous
le nom de Samnis
Ier souleva dans
toute l’Aarkonie
loyale une immense
vague d'émotion,
d'intérêt et
d'espoir. Ces
sentiments se
traduisirent par une
foule de prédictions
et de prophéties,
comme si l'on eût
pressenti que
l'avenir lui
préparait une
destinée
exceptionnelle.
Samnis n’avait que
dix ans lorsque
Klaidon II s’éteint.
La Régence fut
énergiquement
confisquée par sa
mère Palinka dont
certains disaient
qu’elle entendait
bien devenir la
première Duchesse
régnante. En cette
année -950, la
situation se
modifiait. Non que
la misère et la
corruption aient
entièrement disparu
: elles sévissaient
toujours, comme la
mauvaise croyance
continuait à être
pratiquée sur les
terres de l’Est sous
la coupe des
Comtes d’Hebering.
Palinka d’Alianis
était une femme
charismatique et
calculatrice, trop
encline à la dureté
quand sa volonté
était contrecarrée,
et elle l'était
souvent. Le
patriarche d’Aarkonia,
qui ne lui était
pourtant pas
hostile, lui
reprochait de n'être
ni affable envers
ses sujets ni
bienveillant envers
ses amis. Mais elle
s’avéra aussi un
stratège remarquable
et un esprit
politique d'une
envergure
exceptionnelle. Il
est probable que
tous les projets de
son mari auraient
volé en éclats à la
mort de ce dernier,
si elle n'avait pas
été là pour en
rassembler les
morceaux.
Car Palinka voyait
loin. Palinka était
arrivée dans la
capitale aarkonienne
depuis une vingtaine
d’année, accompagnée
de deux cents
chevaux de bât et de
mulets de charge,
portant des reliques
enluminés, des vases
d'or, des joyaux, de
la gangrétoffe, des
cristaux des arcanes
et d'autres
matériaux précieux,
bref une dot digne
de l'héritière d'un
grand royaume qui
s'apprêtait à
épouser le fils d'un
empereur.
Quand elle s'était
avancée vers le
maître-autel de la
cathédrale, Palinka
avait personnifié
pour l'assistance
qui la voyait pour
la première fois
tout le charme
exotique que les
terres du Nord
entretenaient dans
les esprits
aarkoniens. Grande
et blonde, avec la
peau très blanche de
ses ancêtres,
Palinka se
distinguait par ses
manières gracieuses
de noble élevée à la
Cour. Ses robes de
brocart et de soie
rappelaient la
magnificence royale,
tandis que la
modestie de son
maintien - que les
chroniqueurs de
l'époque avaient
hautement louée -
témoignait des
longues années
qu'elle avait
passées en Lordaeron
chez les religieuses
de la sainte
Lumière.
Une fois le mariage
prononcé, les deux
conjoints s'étaient
rendus sur la grande
place d’Aarkonia,
entourée d'estrades
dressées pour la
circonstance et
décorées d'une
profusion de
tapisseries et
d'oriflammes. Mais à
peine ces cérémonies
furent-elles
terminées que le
ciel, jusque-là
serein, s'était
chargé d'orage. Les
exaltés de la
mauvaise croyance
redoublèrent
d’effort pour
entacher la
réputation de
l’épouse ducale et
pour porter de
nouveaux coups aux
terres loyales.
Mais Palinka était
une femme d'une
incroyable ténacité
et elle ne laissa
rien transparaître
de l’affection que
lui causaient les
infamies heberiennes.
Envers et contre
tout, elle
n'abandonnait pas
l'espoir de réaliser
un jour le rêve
qu'avait caressé son
mari avant de le lui
transmettre : réunir
entre ses mains
l’Est rebelles de l’Aarkonie
et l’Ouest
céréalier. C'était
seulement après que
l'on pourrait
tourner les yeux
vers l’avenir et
s'assurer un poids
nouveau dans la
politique royale.
Car, aussi épais que
soient les nuages,
il arrive toujours
un moment où ils se
déchirent pour
laisser filtrer un
rayon de soleil. Une
éclaircie de ce
genre sembla se
dessiner aux
alentours de l’an
-950. Cette
année-là, son mari
de Duc était mort en
laissant des
successeurs trop
jeunes pour régner.
Avant qu’il
n’expire, elle avait
fait convoquer au
chevet du Duc tous
les principaux
nobles aarkoniens
pour leur faire
jurer de la
reconnaître comme la
seule régente du
royaume et de ne
rien entreprendre
pour contrecarrer sa
nomination. Tous le
jurèrent. Une étape
importante se
trouvait ainsi
franchie sur le
chemin qui la
mènerait à la
réalisation de ses
désirs. Mais une
autre étape restait
à accomplir, qui
allait s'avérer
beaucoup plus
difficile.
La Main
Restauratrice
A peine la nouvelle
de la nomination de
Palinka d’Alianis
fut-elle parvenue
dans les terres de
l’Est; que toute
cette région était
entrée en
effervescence. Dans
tout l'espace
compris entre
Alnone et
Rochebury, il
n'était point de
ville et de village
qui ne se soit
hérissé d'épées et
des croix infidèles.
Cette révolte était
d'autant plus
redoutable qu'elle
avait trouvé un chef
en qui bouillonnait
le sang impétueux
des premiers
Hebering et que
celui-ci avait
réussi à transformer
sa rébellion
personnelle en un
soulèvement
populaire. Il
s'appelait Louis
d’Hebering et
était l’héritier des
Comtes. Sa
naissance, sa fougue
et les nombreuses
relations qu'il
possédait en
Aarkonie
constituaient pour
lui de sérieux
atouts. Louis avait
pourtant un point
faible :
l'illégitimité de sa
naissance. Quoique
Hebering par son
père, il était le
bâtard d'Emma de
Lunonville. Mais
ce désavantage était
largement compensé
par l’aveuglement
fervent des
fanatiques de la
fausse croyance,
ainsi que par le
mariage qu'il avait
contracté avec
Ibylle d'Akr,
une noble heberienne
très aimée de ses
sujets, qui lui
avait donné trois
fils et une fille.
De plus, il
bénéficiait du
soutien de
Matthieu de
Sieberung,
l'ancien
vice-chancelier du
Duc défunt, qui
s'était violemment
opposé au mariage du
Duc. Conscient du
danger, Palinka
avait réagi
immédiatement. Elle
avait mobilisé les
troupes loyalistes,
pas encore équipées
du matériel de
pointe commandées
aux forges de la
région, mais bien
supérieures en
nombre. Palinka d’Alianis
était allée mettre
le siège devant la
première cité forte
heberienne, Alnone,
comme mesure
préalable à la
reconquête des
terres ducales.
Mais les opérations
avaient mal débuté.
Les quelques troupes
heberiennes
s'étaient défendues
avec un acharnement
inattendu. Les
forces dont
disposait Palinka
étaient
manifestement trop
faibles pour venir à
bout de leur
résistance. A cela
s'était ajouté un
malheur
supplémentaire : la
peste. Elle avait
décimé les troupes
ducales. Palinka
elle-même avait
failli être emportée
par le fléau et la
nouvelle de sa mort,
vite répandue dans
la région, avait
semé la panique
parmi ses partisans.
Finalement, elle
s'était rétablie,
mais avait été
contrainte de lever
le siège.
Cet échec était
grave. Mais il y
avait pire. En
remontant vers le
nord avec ce qui lui
restait de
chevaliers, Palinka
avait appris une
nouvelle qui lui
avait littéralement
glacé le sang :
Samnis, qui se
trouvait à Nalate,
avait été capturée
par des traîtres. On
l'avait embarqué de
force dans une
caravane qui avait
rejoint Rochebury et
l'avait remis en
otage à Louis.
L’héritier aarkonien
était entre les
mains de son pire
ennemi ! L'éclaircie
n'avait été que de
courte durée :
jamais les nuages
qui obstruaient
l'horizon n'avaient
paru plus épais. Si
Louis avait tué
Samnis, comme il en
avait le pouvoir,
tous les espoirs de
Palinka et, plus
largement, ceux de
la dynastie
aarkonienne, se
seraient
volatilisés. Mais,
contre toute
attente, Louis d’Heberging
ne le tua pas. Il ne
pouvait pas se le
permettre. S'il
s'était souillé les
mains du sang d'un
héritier aarkonien,
il aurait perdu
beaucoup de ses
partisans. Aussi
accueillit-il le
prisonnier avec les
égards dus à son
rang et se
décida-t-il, au bout
de quelques jours, à
le renvoyer à sa
mère. Mais son acte
de générosité était
sous-tendu
d'insolence. Il
signifiait : «
Contentez-vous des
terres Ducales et ne
remettez plus jamais
les pieds chez moi !
» L'outrage
était patent. Ne
pouvant digérer cet
affront, Palinka
était redescendue
vers le sud pour
recommencer la
guerre. Mais cette
fois-ci elle
disposait de tout
autres moyens que la
fois précédente.
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