Histoire de l'Aarkonie

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Réunion sous la dynastie aarkonienne (-15)

 

 
 

 

Le brusque décès de Bruno d’Hebering et la disparition du Patriarche Urkilan de Racheau avaient fait tomber un grand poids des épaules du Duc Saargon Ier. Ils lui laissaient les coudées franches en Aarkonie, son nom resterait dans l’histoire comme celui dont la réunion aarkonienne était advenue, même s’il avait du s’y reprendre à deux fois. Comme il se sentait heureux, son visage avait repris son caractère souriant. D'autant plus qu'il venait d'apprendre une nouvelle qui le comblait de joie : un second fils lui était né. C'était le petit Sokkar.

Son premier enfant, Kränor, était un bâtard, que son père ne devait légitimer que le VIIIe GC -22, pressé par la nécessité de recevoir un successeur. Bien que l'on ignore son lieu et sa date de naissance (que les historiens situent quelque part dans la Marche de Matrane, en -36 ou en -35), on a certaines raisons de croire que sa mère était Adélaïde, de la Maison de Malaky. L'histoire ne nous dit pas comment Saargon l'avait connue, de sorte que nous en sommes réduits aux conjectures. Ce que nous savons, en revanche, c'est que le Duc adorait les femmes et se passait difficilement de leur compagnie. En campagne, comme l'absence de son épouse Tania lui pesait, il se consolait dans toutes sortes de bras, même ceux de religieuses.

La situation avait de quoi choquer les âmes les plus pieuses et traditionnelles. Mais le Grand Ordonnateur n’avait jamais sermonné le Duc de son attitude inconvenante. « C'était », nous dit Jacques de Vallon, « un bon et pieux vieillard, très simple et bienveillant, qui avait donné presque tous ses biens aux pauvres. » Comme si souvent, un Grand Ordonnateur « religieux » succédait à un Grand Ordonnateur « politique ». Le Grand Ordonnateur Sakeny était en effet très différent de son prédécesseur. Il n'était pas de taille à porter sur ses épaules l'étonnant échafaudage d'équilibres qu’Ignascio d’Alika avait accumulés sur les siennes et qui avait fait planer sur la Maison de Malaky une atmosphère d'orage. Les nobles malakïens n'en voulaient plus : ils aspiraient à la tranquillité. Par ailleurs, Sakeny avait été Vicomte à Aarkonia lorsque, encore enfant, Saargon y avait été définitivement rapatrié sous l’escorte du Baron d’Hegwel, Philippe d’Alther. Il avait alors eu le temps d'observer Saargon et de se prendre d'une sincère affection pour lui. Il était donc peu probable qu’il manifestât la même intransigeance que son prédécesseur à l'égard de celui qu'il appelait « l’amical fougueux ».

Comme la situation de Saargon Ier était des plus enviables et que partout son autorité s’était rétablie, qu'il était à peu près certain de pouvoir compter sur le concours des nobles de tout le pays, le fils d’Alkkan II décida de frapper un grand coup et de répudier une fois pour toutes les concessions que sa lignée et lui avaient pu faire aux nobles de l’Est, notamment en ce qui concernait la séparation des droits de perception et de justice.

Le 23e jour du IVe GC de l’An -15, la quasi-totalité des nobles se réunirent en diète à Aarkonia et prêtèrent à l'unanimité serment au Duc. Par là, Saargon Ier assurait à son fils la succession du Duché. A partir de ce jour il cessa de faire figurer au bas de ses Décrétales la mention « Duc par la Grâce du Roi et des Nobles de toutes les terres d’Aarkonie »; il ne se référa plus qu'au Roi. Bien que la partie occidentale et orientale de l’Aarkonie restassent administrativement séparées, elles étaient liées de facto par cette « union personnelle ».

Des siècles avaient été nécessaires au retour de l’unité, rien qui vint de l’intérieur ne pourrait la briser sous la toute-puissante autorité du Duc Saargon Ier. Et nul ne songeait que le péril qui ferait tout s’effondrer viendrait de l’extérieure.