Histoire de l'Aarkonie.

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Cet ouvrage a été retrouvé après une énigmatique disparition, on pouvait alors légitimement se demander s'il s'agissait d'une simple vilipende ?

 
 
Histoire de l'Aarkonie
Temps troublés (-1096 à -950) : Conflit avec les Hebering
 

Entre la mort d’Aarokyr Ier (-1096 à -1025) et la naissance de Klaidon II (-975 à -950), le Duché avait subi une transformation si profonde que ceux qui l’avaient connu auparavant auraient eu peine à le reconnaître. A l'est, les Bourgades Unies, mettant à profit le traité de combourgeoisie qu'elles avaient conclu avec les comtes d’Hebering, s'étaient précipitées au sud des terres ducales, délogeant les loyaux citoyens qui y étaient encore établis. Ils avaient même fait irruption le long des terres sacrées, chassant les tenants de la Lumière pour y installer des prêcheurs de la mauvaise croyance.

A l'ouest, une famine sévissait, agitant les paysans et faisant sortir les loups des bois. Bientôt, les gnolls des montagnes leur succédèrent, avançant par vagues successives, ils franchirent les lisières et submergèrent les localités avoisinantes, semant partout la ruine et la désolation. Sous l'effet de cette formidable ruée que la Garde n'avait pu contenir, le pouvoir du Duc vacillait et le duché semblait s'être scindé en deux. Chacune de ses moitiés avait connu un sort différent.

Toute la partie centrale avait échappée à la désagrégation mortelle qui devait être le lot des terres de l’ouest. Cramponnés aux sept kilomètres de remparts dont Aarokar Ier avait entouré la Cité d’Aarkonia, appuyés sur les vingt-cinq kilomètres de murs dont il avait renforcé les défenses de ses prédécesseurs, ses chefs avaient réussi à endiguer la montée des périls. Exerçant sur leurs sujets un pouvoir discrétionnaire, secondés par des régents habiles et compétents, disposant d'une Garde Prétorienne disciplinée et d'escadres d’élite puissantes, le Duc se considérait à juste titre comme le garant de l’héritage de sa dynastie, si bien que, malgré les périls qui se profilaient, la population bourgeoise d’Aarkonia pouvait légitimement penser qu'elle n'avait pas changé de maître.

Tout ce qu'elle voyait autour d'elle ne faisait que renforcer ce sentiment. Venues d'Hurlevent, de Lordaeron et même de la lointaine Gilnéas, toutes les richesses d’Azeroth continuaient à s'accumuler dans les entrepôts de la ville. Parmi la foule animée qui circulait autour du Palais Blanc, on pouvait rencontrer des historiens éminents comme Krotrope et Eduard Malalak, des poètes respectables comme Kargathias et Ludia la Siliciure, des architectes de génie comme Hisiodore de Rochemarbre et Alania de Trakkes, le constructeur du Carré de Garde dont les voûtes recouvertes de mosaïques d'or offraient à ceux qui les contemplaient « un éblouissement comparable à celui d'un millier de levers de soleil ». Bref, par son luxe, par son activité intense et par l'énergie de son Duc, Aarkonia semblait avoir conservé intacts tous les traits essentiels de l'antique dynastie. Quel spectacle navrant offrait, en revanche, les terres des Hebering ! Violées par des comtes avides, saccagées, coupées de leurs sources d'approvisionnement, soumises aux exactions réitérées des troupes heberiennes, on n'y voyait plus errer parmi les frontons de leurs temples qu'une population famélique, loqueteuse et clairsemée.

Là, tout s'était morcelé, effondré, vidé de sa substance, tout n’était plus que dévotion malsaine. Plus d’autorité ducale, plus de Conseil, plus d’Assemblée. Plus de code applicable à tous les aarkoniens. Ceux-ci avaient cessé de faire partie du Duché pour ne plus appartenir qu'à leur foi hérétique, contraints par des renégats intégristes. Les forêts avaient envahi la plupart des domaines ruraux. Les routes, laissées à l'abandon, étaient devenues des fondrières. Plus de trace nulle part d'une administration centrale autre que celle des Chevaliers à la Croix. Chaque cité, chaque bourg, chaque hameau avait à sa tête un dévot qui ne reconnaissait aucune autre autorité que celle du méphitique Prophète. La civilisation se mourait, victime d'une régression sauvage. En -1025, lorsque devint Duc Elesias Ier, un homme chétif et au caractère faible, le destin aarkonien se tintait d’une aura lugubre.

Alors, des ténèbres épaisses étaient tombées sur les terres de l’est, une nuit où ne brillait plus, de loin en loin, qu'une petite lueur vacillante. C'était la flamme des chandelles éclairant les cellules des Cohortiens capturés en qui s'était réfugié tout ce qui subsistait de gloire et de noblesse. On reste confondu devant le courage de ces hommes qui assumèrent un héritage aussi colossal et se donnèrent pour mission de rester loyaux à leur serment. Rassemblés dans des baraquements isolés, construits pour la plupart au fond de vallons sauvages ou au coeur des forêts, ils étaient désarmés et affamés par des geôliers qui leur assénaient continuellement les préceptes de leur foi, sûrs de pouvoir les convertir et profiter de cette félonie pour gagner en prestige. Mais être Cohortien, ce n'était pas seulement mener une vie conforme aux préceptes de l’Armée : c'était surtout être instruit, dans un monde où les plus puissants seigneurs ne savaient pas toujours lire ou écrire le commun, c’était être pétri de valeurs qui échappaient à leurs tortionnaires. Aussi passaient-ils discrètement leurs veillées à réchauffer leurs âmes par le souvenir des dynastes. C'est en conservant pieusement leur loyauté et en la soustrayant à la destruction de leurs persécuteurs qu'ils avaient assuré la survivance de leur honneur. Mais la scission du Duché fit bientôt sentir ses effets au-delà des terres de l’Est et l’existence même de la dynastie fut en jeu. Le Duc Elesias exerçait son autorité avec mollesse et semblait dépassé par les événements.

D'abord il y eut la ruine du commerce, auquel les invasions ogres avaient déjà porté un dur coup. En outre, les avancés des fanatiques heberiens causaient de fréquentes interruption de trafic sur la Longue route, rendant impossibles les transports de marchandise. A quoi faisaient pendant, à l'intérieur des terres, les ravages de bandes de pillards. Tous les échanges de quelque importance avaient, peu à peu, disparu. Les principales bourgades loyales, où ne se tenaient plus de grands marchés, s'étaient resserrées entre leurs murailles de bois, où elles n'abritaient plus qu'une population misérable.

Ensuite à la ruine de l'agriculture : affaibli, pressuré, découragé, le serf aarkonien cultivait sans ardeur et sans goût, selon des procédés primitifs et avec des outils rudimentaires, un sol dont les fruits lui étaient presque toujours arrachés, heureux quand un déferlement de Gnoll ne venait pas anéantir sur pied ses maigres récoltes. Tout défrichement avait cessé. S’aventurer en forêt était devenu trop dangereux.

Enfin, l'extension de la sous-nutrition vint ébranler plus d’un loyal sujet; à travers cette terre rongée par les prêches hérétiques, la famine rôdait. Parfois elle devenait générale; sans cesse elle errait de pays en pays au gré d'une mauvaise récolte. Les saisons, qui ajoutent souvent leurs caprices à la méchanceté des hommes, décimaient les fruits de la terre. Alors, les nourritures malsaines, jointes à une hygiène déplorable, faisaient naître un autre fléau, les épidémies. La peste fauchait les aarkoniens par dizaines; pour s'en débarrasser plus vite, on entassait pêle-mêle les cadavres dans des charniers ouverts, ce qui augmentait encore les risques de contagion. Le territoire ducal subissait un rétrécissement constant. Point n'était besoin de faire intervenir la « terreur du Sous-Terre » pour expliquer l'angoisse générale qui étreignait les esprits. La réalité était assez effrayante pour faire croire aux populations que l’Aarkonie se trouvait à la veille de sa destruction.

C'est alors que survint un revirement qui prit aux yeux des contemporains un caractère miraculeux. Comme un homme qui vacille au bord d'un gouffre et se reprend au dernier moment, l’accession à la majorité du jeune Duc Klaidon II apparut à tous comme un espoir sincère. Les Ducs aarkoniens allaient reprendre de leur superbe. Les facteurs de ce redressement sont trop divers et trop nombreux pour qu'on puisse les analyser ici. Bornons-nous à dire qu'un monde avait fini, qu'un autre commençait. Et ce qui commençait, c'était cette étonnante vigueur d’une dynastie, d'où les siècles suivants allaient voir sortir des hommes et des femmes illustres.

Dans le matin radieux qui brillait sur un pays qui avait soudain repris confiance en lui-même, on vit se dégager de la nuit les linéaments d'un ordre nouveau qui n'avait plus rien de commun avec l’abandon et la léthargie. Les Articles Généraux remplaçaient partout la Coutume et l’insidieuse croyance; tout était fondé sur les liens de la loyauté et de l’ordre, avec tout ce que cela comportait de diversité, de vitalité et de richesse affective. A la morne direction des moribonds mystiques heberiens avait succédé la robustesse de la Gloire et de la Noblesse.

Les Trois Maisons, sous l’impulsion de l’épouse du Duc, purgèrent leurs rangs et la mauvaise croyance fut extirpée d’Aarkonia, redonnant vigueur et élan aux loyalistes. Point d'aarkonien isolé; point d'être solitaire. Chacun était si étroitement intégré à un groupe qu'on ne parlait désormais plus d'individus mais de Maisons, de familles et de lignées. Point de vassal sans seigneur, point de seigneur sans suzerain. Chacun était relié aux autres par un réseau d'obligations morales dont les manifestations les plus courantes étaient la prestation de serment et l'acte d'allégeance. D'où la valeur suprême attachée à la fidélité, à l'honneur, à la noblesse et au respect de la parole donnée.

De même qu'il n'y avait plus de vassaux sans seigneurs, il ne devait pas non plus y avoir de terres sans maîtres. La reconquête devait être entreprise. Telle fut, dans ses grandes lignes, la société qui commença à s'édifier au lendemain de troubles qui semblaient pourtant annoncer un inévitable effondrement. Cet essor se poursuivit au cours des deux années qui suivirent, pour atteindre bientôt son point culminant.

Le temps était venu d’extirper la mauvaise croyance des terres aarkoniennes, de chasser les gnolls dans leurs montagnes et de partout assurer la suprématie de la dynastie. On a peine à imaginer aujourd'hui combien cette période de l'histoire aarkonienne fut riche en inventivité et en énergie créative. La prospérité renaissante et l'importance accrue prise par les volontés ducales soutinrent l'essor des esprits. La réfection des routes fut, elle aussi, un puissant facteur de renouvellement. Non seulement elle facilita les charrois de minerais indispensables aux forges qui s'ouvraient un peu partout pour le réarmement de la Garde mais, sitôt remises en état, on les vit sillonnées par une foule d’hommes en arme, de chevaliers errants, de serviteurs de la Lumière ou d’ambassadeurs du Roi.

A cette renaissance le destin vint porter un coup d’arrêt lorsque le bien-aimé Duc Klaidon mourut. On craint alors qu’une nouvelle léthargie ne s’empare des velléités aarkoniennes. C’est alors qu’apparut dans l’arène un nouveau chevalier, sur qui allaient se porter tous les espoirs et toutes les colères.