Histoire de l'Aarkonie

Retour aux Grimoires

 

Des temps changeants (-1144 à -1096)

Récit publié par l'Académie Palinka d'Alianis suite à diverses recherches sur les armoiries aarkoniennes. 

 
 

 

A Aarkonia, Azarkah Ier fut soudain saisi d'inquiétude. N'avait-il pas eu tort de prendre pour argent comptant toutes les promesses de Saximar ? Ne venait-il pas de commettre une erreur ?

Il ne disposait d'aucune force militaire capable de tenir tête à celle du Comte triomphant. Il avait même besoin de lui pour assurer la sécurité et l’autorité dans les Terres de l’Est. Craignant le pire, il s'efforça de lui lier les mains en lui faisant confirmer sous la foi du serment tous les engagements qu'il avait pris à son égard à la veille de son élection. Sans se faire prier, Saximar renouvela toutes ses promesses au Duc.

Mais dès son retour à Rochebury, au plus grand mépris de sa parole, Saximar renia ses engagements en renvoyant les ecclésiastiques en poste pour les remplacer, sans exception, par des tenants du Culte. L'objectif qu'il leur assigna était la conversion de l’ensemble de la population de ses fiefs. Azarkah fulminait. Saximar l'avait odieusement grugé ! A présent il était trop tard pour arrêter son avance. Nul doute n'était plus permis : Saximar d’Hebering profiterait de ce surcroît de puissance pour renier d’autres de ses engagements.

Saximar n'était pas homme à « s'effrayer des menaces d'un Duc » - surtout quand ce Duc n'avait aucune armée assez puissante à lui opposer. Passant outre aux fulminations d’Azarkah, il ordonna à ses troupes de s’emparer des villages n’appartenant pas à ses fiefs. Bientôt Lunonville, Akr, Val-de-Travers et Fort-de-Vigie tombèrent entre ses mains. De là, Saximar lança un certain nombre de colonnes qui occupèrent sans difficulté Alnone. Cela pris des années, l’influence héberienne s’étendait comme une lente gangrène. A l'automne de -1101, toute la partie orientale du Duché et quelques terres au sud étaient à lui.

Azarkah Ier suivait la marche des événements avec une attention soutenue. Il avait guerroyé pendant plus de trente ans, autant dire toute sa vie, au Nord, pour reprendre les possessions aarkoniennes à des comités paysans qui s’étaient défendus farouchement. A l’Ouest, il avait perdu une partie de ses meilleurs hommes pour renvoyer dans les montagnes de redoutables tribus gnolles. Au Sud, il avait du consolider les positions aarkoniennes et écraser partout les esprits séditieux. S’il avait du ajouter à cela un combat ouvert à l’est contre le plus puissant des nobles, il aurait tout perdu.

Mais tout au fond de lui-même, Azarkah Ier conservait une confiance inébranlable en sa fortune (c'est le moment qu'il choisit pour faire ajouter à son blason le laurier, symbole de la domination universelle). Le Duc était ulcéré par la façon dont Saximar d’Hebering avait foulé aux pieds ses promesses. Mais il n'était pas pour rien le « Commodor Azarkah »: il était décidé à réparer son erreur et à faire échec d'une façon ou d'une autre aux ambitions du fils d'Henri d’Hebering et de Hilda de Noir-Eaux. « Je regrette d'avoir fait cet homme ! » rugissait-il en faisant les cent pas dans les couloirs de son palais, ce qui signifiait qu'à présent il ne reculerait devant rien pour le défaire.

D'accord avec le Grand Ordonnateur et avec les représentants de la Haute Noblesse, il décida de réunir un Haut Conseil Ducal extraordinaire à Aarkonia.

Saximar était sans doute impulsif et brutal. Mais il était assez avisé pour comprendre ce que signifiait cette réunion. Il avait immédiatement donné l'ordre à ses troupes de consolider leurs positions. Pouvait-il s'enfoncer davantage dans le Sud, en laissant grandir dans son dos une pareille menace?

Aux premiers jours de janvier -1100, une délégation de nobles aarkoniens arriva à Rochebury. Le Duc posait des conditions très claires à son vassal : il devait retirer ses troupes jusqu’aux frontières séculaires des Comtes de Rochebury ; révoquer les prélats du Culte et prendre pour Chancelier un homme du Duc. Des conditions dont on savait qu’elles seraient toutes refusées par le Comte. Mais, désormais, le Duc d’Aarkonie avait pacifié son territoire, s’était adjoint le service de nouvelles compagnies mercenaires qui, au fil des ans, lui étaient devenus aussi fidèles que la Garde Prétorienne.

Ce brusque revirement de l’échiquier politique lui avait valu une série de ralliements spectaculaires. Les seigneurs de Vallon, d’Alnone, d’Akr ou d’Hanvallone, et la plupart des moyens et petits nobles, qui pour beaucoup avaient escompté la victoire de Saximar et qui ne pouvaient plus rien espérer de lui, se pressaient au palais d’Aarkonia pour faire oublier leur défection. Les nobles et les bourgeois submergeaient le Duc de présents et de louanges. Quant aux dirigeants du petit parti héberien de la Capitale, ils ne pouvaient plus rien lui refuser, puisque ils étaient à sa merci.

Lorsqu'il demanda l'avis de ses conseillers, ceux-ci commencèrent par l'exhorter de ne pas se lancer dans une nouvelle guerre fratricide. Ils répugnaient à s'engager dans une aventure semée d'autant d'embûches. L’épouse du Duc elle-même le supplia en pleurant de ne pas l'abandonner, faisant valoir que la pacification de l’Aarkonie était encore loin d'être achevée. Elle n’avait pas tort.

Prenant à son tour la parole, Azarkah Ier leur exposa les raisons qui le poussaient à combattre le Comte déloyal. Il commença par leur dire qu'il ne serait pas digne d'être Duc s'il se laissait arrêter par la peur du danger; qu'il ne pouvait refuser ce qui lui appartenait de naissance et acheva de les convaincre en leur démontrant qu'une pareille occasion d’extirper la mauvaise croyance des coeurs ne se représenterait pas deux fois. Il fallait donc la saisir au vol. Son épouse fut la première à lui donner raison et les autres conseillers se rallièrent à sa manière de voir.

Tandis que se poursuivaient ces délibérations, la noblesse déambulait à travers les rues d’Aarkonia, qui suscitaient en eux un double sentiment d'émerveillement et de perplexité. Tout ce qu'ils y voyaient était si différent des campements de fortune que la guerre leur réservait ! Certes, ils étaient séduits par la limpidité du ciel, par la douceur du climat, par l'atmosphère ensoleillée dans laquelle vivait la population aarkonienne; certes, ils étaient éblouis par le scintillement des mosaïques qui ornaient la cathédrale. Mais ce qui les éblouissait le plus, c'était leur « Commodor ». Mais leur champion, et ses projets de conquête, allait s’éteindre avant de les avoir mené une fois encore à la victoire, en hiver -1096.