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A
Aarkonia, Azarkah
Ier fut soudain
saisi d'inquiétude.
N'avait-il pas eu
tort de prendre pour
argent comptant
toutes les promesses
de
Saximar
? Ne venait-il pas
de commettre une
erreur ?
Il ne disposait
d'aucune force
militaire capable de
tenir tête à celle
du Comte triomphant.
Il avait même besoin
de lui pour assurer
la sécurité et
l’autorité dans les
Terres de l’Est.
Craignant le pire,
il s'efforça de lui
lier les mains en
lui faisant
confirmer sous la
foi du serment tous
les engagements
qu'il avait pris à
son égard à la
veille de son
élection. Sans se
faire prier, Saximar
renouvela toutes ses
promesses au Duc.
Mais dès son retour
à
Rochebury, au
plus grand mépris de
sa parole, Saximar
renia ses
engagements en
renvoyant les
ecclésiastiques en
poste pour les
remplacer, sans
exception, par des
tenants du Culte.
L'objectif qu'il
leur assigna était
la conversion de
l’ensemble de la
population de ses
fiefs. Azarkah
fulminait. Saximar
l'avait odieusement
grugé ! A présent il
était trop tard pour
arrêter son avance.
Nul doute n'était
plus permis :
Saximar d’Hebering
profiterait de ce
surcroît de
puissance pour
renier d’autres de
ses engagements.
Saximar n'était pas
homme à «
s'effrayer des
menaces d'un Duc
» - surtout
quand ce Duc n'avait
aucune armée assez
puissante à lui
opposer. Passant
outre aux
fulminations d’Azarkah,
il ordonna à ses
troupes de s’emparer
des villages
n’appartenant pas à
ses fiefs. Bientôt
Lunonville, Akr,
Val-de-Travers
et
Fort-de-Vigie
tombèrent entre ses
mains. De là,
Saximar lança un
certain nombre de
colonnes qui
occupèrent sans
difficulté
Alnone. Cela
pris des années,
l’influence
héberienne
s’étendait comme une
lente gangrène. A
l'automne de
-1101, toute la
partie orientale du
Duché et quelques
terres au sud
étaient à lui.
Azarkah Ier suivait
la marche des
événements avec une
attention soutenue.
Il avait guerroyé
pendant plus de
trente ans, autant
dire toute sa vie,
au Nord, pour
reprendre les
possessions
aarkoniennes à des
comités paysans qui
s’étaient défendus
farouchement. A
l’Ouest, il avait
perdu une partie de
ses meilleurs hommes
pour renvoyer dans
les montagnes de
redoutables tribus
gnolles. Au Sud, il
avait du consolider
les positions
aarkoniennes et
écraser partout les
esprits séditieux.
S’il avait du
ajouter à cela un
combat ouvert à
l’est contre le plus
puissant des nobles,
il aurait tout
perdu.
Mais tout au fond de
lui-même, Azarkah
Ier conservait une
confiance
inébranlable en sa
fortune (c'est le
moment qu'il choisit
pour faire ajouter à
son blason le
laurier, symbole de
la domination
universelle). Le Duc
était ulcéré par la
façon dont Saximar
d’Hebering avait
foulé aux pieds ses
promesses. Mais il
n'était pas pour
rien le «
Commodor Azarkah
»: il était
décidé à réparer son
erreur et à faire
échec d'une façon ou
d'une autre aux
ambitions du fils d'Henri
d’Hebering
et de
Hilda de Noir-Eaux.
«
Je regrette d'avoir
fait cet homme !
»
rugissait-il en
faisant les cent pas
dans les couloirs de
son palais, ce qui
signifiait qu'à
présent il ne
reculerait devant
rien pour le
défaire.
D'accord avec le
Grand Ordonnateur et
avec les
représentants de la
Haute Noblesse, il
décida de réunir un
Haut Conseil Ducal
extraordinaire à
Aarkonia.
Saximar était sans
doute impulsif et
brutal. Mais il
était assez avisé
pour comprendre ce
que signifiait cette
réunion. Il avait
immédiatement donné
l'ordre à ses
troupes de
consolider leurs
positions.
Pouvait-il
s'enfoncer davantage
dans le Sud, en
laissant grandir
dans son dos une
pareille menace?
Aux premiers jours
de janvier -1100,
une délégation de
nobles aarkoniens
arriva à Rochebury.
Le Duc posait des
conditions très
claires à son vassal
: il devait retirer
ses troupes
jusqu’aux frontières
séculaires des
Comtes de Rochebury
; révoquer les
prélats du Culte et
prendre pour
Chancelier un homme
du Duc. Des
conditions dont on
savait qu’elles
seraient toutes
refusées par le
Comte. Mais,
désormais, le Duc d’Aarkonie
avait pacifié son
territoire, s’était
adjoint le service
de nouvelles
compagnies
mercenaires qui, au
fil des ans, lui
étaient devenus
aussi fidèles que la
Garde Prétorienne.
Ce brusque
revirement de
l’échiquier
politique lui avait
valu une série de
ralliements
spectaculaires. Les
seigneurs de
Vallon, d’Alnone, d’Akr
ou
d’Hanvallone,
et la plupart des
moyens et petits
nobles, qui pour
beaucoup avaient
escompté la victoire
de Saximar et qui ne
pouvaient plus rien
espérer de lui, se
pressaient au palais
d’Aarkonia pour
faire oublier leur
défection. Les
nobles et les
bourgeois
submergeaient le Duc
de présents et de
louanges. Quant aux
dirigeants du petit
parti héberien de la
Capitale, ils ne
pouvaient plus rien
lui refuser, puisque
ils étaient à sa
merci.
Lorsqu'il demanda
l'avis de ses
conseillers, ceux-ci
commencèrent par
l'exhorter de ne pas
se lancer dans une
nouvelle guerre
fratricide. Ils
répugnaient à
s'engager dans une
aventure semée
d'autant d'embûches.
L’épouse du Duc
elle-même le supplia
en pleurant de ne
pas l'abandonner,
faisant valoir que
la pacification de
l’Aarkonie était
encore loin d'être
achevée. Elle
n’avait pas tort.
Prenant à son tour
la parole, Azarkah
Ier leur exposa les
raisons qui le
poussaient à
combattre le Comte
déloyal. Il commença
par leur dire qu'il
ne serait pas digne
d'être Duc s'il se
laissait arrêter par
la peur du danger;
qu'il ne pouvait
refuser ce qui lui
appartenait de
naissance et acheva
de les convaincre en
leur démontrant
qu'une pareille
occasion d’extirper
la mauvaise croyance
des coeurs ne se
représenterait pas
deux fois. Il
fallait donc la
saisir au vol. Son
épouse fut la
première à lui
donner raison et les
autres conseillers
se rallièrent à sa
manière de voir.
Tandis que se
poursuivaient ces
délibérations, la
noblesse déambulait
à travers les rues
d’Aarkonia, qui
suscitaient en eux
un double sentiment
d'émerveillement et
de perplexité. Tout
ce qu'ils y voyaient
était si différent
des campements de
fortune que la
guerre leur
réservait ! Certes,
ils étaient séduits
par la limpidité du
ciel, par la douceur
du climat, par
l'atmosphère
ensoleillée dans
laquelle vivait la
population
aarkonienne; certes,
ils étaient éblouis
par le scintillement
des mosaïques qui
ornaient la
cathédrale. Mais ce
qui les éblouissait
le plus, c'était
leur « Commodor ».
Mais leur champion,
et ses projets de
conquête, allait
s’éteindre avant de
les avoir mené une
fois encore à la
victoire, en hiver
-1096.
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