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Lorsque
le jeune héritier et
nouveau Duc
Aarokyr II et
son épouse Aenora
d’Atyopsis
arrivèrent à
Rochebury, ils
trouvèrent la ville
beaucoup moins calme
qu'ils ne s'y
étaient attendus. La
reconnaissance de la
succession ducale
dans les Terres de
l’Est n'allait pas
sans soulever mille
difficultés. Non que
le peuple y fût
hostile : il
accueillait
généralement avec
faveur celui qui
restait leur Duc.
Mais il n'en allait
pas de même des
nobles rocheburiens,
que la politique du
Duc Samnis Ier
avait amputés d'une
grande partie de
leurs privilèges et
auxquels elle
imposait une
discipline à
laquelle ils
n'étaient plus
accoutumés.
Voilà plus de huit
ans que le pouvoir
ducal chancelait
dans la région.
Lorsque Samnis Ier
avait quitté la
ville pour aller
s’installer
définitivement à
Aarkonia, il avait
nommé
Vincent de Loch
régent de la ville
et avait placé
auprès de lui
Karl de Zuitberg,
le Cardinal de
Paltenio. Mais Karl
de Zuitberg, en
raison de son âge,
s'était
progressivement
retiré de la scène
et Vincent de Loch
avait cru bon de le
remplacer par un
certain Louis
d’Hebering,
qu'il avait fait
venir de Noir-Eaux
pour l'aider dans sa
tâche.
A l'automne -892,
Samnis Ier avait
invité Vincent de
Loch à une
rencontre, afin,
pense-t-on, de lui
ordonner d’écarter
les hebering de tout
pouvoir. Le Duc
ferait une partie du
chemin et la
rencontre aurait
lieu au
Bois-Bleu.
Mais ce fut lors
d’une halte à
Colondry que
le Duc rendit son
dernier souffle.
Vincent de Loch
rebroussa chemin
sans ordres
nouveaux. Livré à
lui-même, Vincent de
Loch n'avait eu rien
de plus pressé que
de s'aboucher avec
Louis d’Hebering, et
les deux larrons
s'étaient entendus
pour s'attribuer
tout ce qu'ils
avaient pu des
pouvoirs et
privilèges ducaux. A
partir de ce moment,
l'exercice du
pouvoir à Rochebury
était passé
progressivement
entre les mains de
Louis d’Hebering.
Une remise en ordre
s'imposait. Aarokyr
II, qui préféra en
général tout au long
de son règne user de
diplomatie, résolut
de se rendre à
Rochebury. Mais
comment ce jeune Duc
soumettrait-il
l’habile et retord
Louis ? Les
chroniqueurs de
l'époque ont
qualifié l’Hebering
de «
Loup Flamboyant
», cela ne
signifiait pas
seulement qu'il
suscitait chez tous
une stupeur
admirative. Cela
voulait dire aussi
qu'il savait
inspirer une peur
salutaire à ses
ennemis, quand il
l'estimait
nécessaire.
Dès que Aarokyr II
fut rentré à
Rochebury, Vincent
de Loch accourut à
lui. Mais comme il
n'avait pas la
conscience
tranquille, il
traita le jeune roi
avec une morgue
insolente, qui était
justement ce que
Aarokyr II ne
pouvait tolérer.
Peut-être lui
aurait-il quand même
pardonné son
arrogance, s'il
n'avait pas appris
l'étendue de ses
prévarications. Pour
faire un exemple, il
le fit jeter aux
fers et le conserva
en otage jusqu'à ce
qu'il eût dégorgé
tous les biens de la
Couronne qu'il avait
accaparés.
Les barons à la
solde de Louis
avaient pris
l'habitude d'agir à
leur guise, sans
subir aucun contrôle
du pouvoir ducal.
Ils «
disaient le droit
» dans leurs
fiefs respectifs,
prélevaient le
montant des douanes
qu'ils avaient
eux-mêmes instaurées
et pressuraient les
habitants d'une
façon éhontée,
reversant au Comte
Louis sa part.
Pouvaient-ils
accepter qu'un jeune
souverain leur
enlevât, d'un trait
de plume, la plupart
de leurs avantages
et exigeât qu'ils
lui restituassent
les donations et les
franchises qu'ils
s'étaient eux-mêmes
octroyées ?
Pouvaient-ils
tolérer qu'il les
dépouillât de leurs
biens et leur
imposât en même
temps un système de
contraintes qui les
livraient à sa merci
? Cela paraissait
impensable...
Aussi la plupart
entrèrent-ils en
rébellion. Mais sous
l’impulsion de leur
chef, Louis
d’Hebering, ils ne
tentèrent rien
contre le cortège
ducal. Mais l’on fit
comprendre au Duc
qu’il devait quitter
la ville et s’en
retourner à Aarkonia.
L’outrage était
intégral et pris au
dépourvu le jeune
Duc, qui ne put que
s’exécuter tant
l’hostilité devenait
palpable.
A peine de retour,
le Duc résolut de
mater les insolents.
Aarokyr II envoya
contre eux un
certain nombre de «
Légalistes
» nouvellement
appointés par lui,
dont il renforça
l'action en les
faisant accompagner
par de petits
groupes armés
recrutés parmi la
population. Le titre
de « Légaliste » est
significatif. Il
nous apprend que
Frédéric agit moins
en tant que monarque
dont les intérêts
étaient lésés qu'en
tant que «
défenseur et
restaurateur de la
Légalité ».
Si la remise à
l’ordre que le Duc
ordonna connut
quelques succès,
particulièrement
difficile à régler
serait le cas du
Comte d’Hebering.
Celui-ci avait
rassemblé au nord de
Rochebury un
important domaine
comprenant ses
terres familiales et
diverses terres
qu'il administrait
comme un fief
indépendant.
La lutte pour la
pacification des
Terres de l’Est
n'était donc de loin
pas terminée. Après
les années de
répression imposées
par son père le Duc
Seolyn, Aarokar II
souhaitait trouver
une solution
diplomatique au
différend. De
longues années
furent nécessaires à
trouver, presque
partout, des
compromis. Bientôt,
une seule et
dernière étape
restait à accomplir
- peut-être la plus
rude et la plus
difficile de toutes.
Car les nobles
n'avaient pas été
les seuls à
s'insurger contre
les prétentions
hégémoniques du
jeune Duc. La
grandissante partie
de la population qui
embrassait la
foi de la Croix
en avait fait de
même. Les « Croisés
» s'étaient
accommodés de la
conquête aarkonienne
parce que la
répression du Duc
Seolyn s’était
montrée implacable,
mais son jeune
successeur avait une
attitude bien plus
conciliante. Elle
leur avait permis de
recouvrer leur
statut personnel,
leurs lieux de culte
et leurs prêches
publics, le Duc
Seolyn dut s’en
retourner dans sa
tombe ! Bientôt
conscient de sa
libéralité coupable,
Aarokar II voulut
revenir en arrière.
Mais il était trop
tard. Il promulgua
un filet de
dispositions légales
en matière
religieuse : un
filet aux mailles
beaucoup plus
serrées que ce qui
prévalait. Les
remous se firent
plus intenses, plus
ouverts. La
situation s'était
encore aggravée par
le fait que
l'application des
règlements
s'accompagnait d'un
contrôle beaucoup
plus sévère
qu'auparavant :
quelques
fonctionnaires
aarkoniens mirent un
zèle particulier à
chasser les
prédicateurs de la
Croix.
En apprenant
l'entrée en vigueur
de cet ensemble de
dispositions
nouvelles, les
Croisés prirent
peur. Ils avaient
été massacrés par le
passé, et
entendaient bien ne
plus jamais s’offrir
en victime. Car les
mesures du Duc
n'avaient-elles pas
pour but de les
reléguer dans une
position subalterne
par rapport aux
prêcheurs de la
Lumière, d'abolir
les libertés dont
ils avaient joui
jusque-là et,
finalement, de les
exterminer? Les
sanctions
draconiennes
appliquées par le
père du jeune Duc
semblaient justifier
cette appréhension,
bientôt l’on dit que
«
d’un mauvais sang en
naît un pire
». Par le passé,
pour éviter les
persécutions, les
croyants avaient dû
quitter les villes
et les vallées
fertiles où ils
s'étaient installés
pour se réfugier
dans les massifs
montagneux et quasi
désertiques. Mais à
présent, pris d'une
fureur aveugle, ils
refusaient tout exil
et se donnaient en
spectacle dans les
rues des villes et
des bourgs. La
population était de
leur côté et, de
plus en plus, les
Légalistes du Duc
étaient pris à
parti. Les Croisés
réunirent à eux
toujours plus de
fidèles, motivés
d’abord par un
esprit revanchard.
Les actes de
désobéissance se
multipliaient.
Pour commencer, les
opérations
revêtirent un
caractère localisé
et décousu. Mais, au
bout de trois mois,
la sédition se
renforça. Elle se
groupa autour d'un
chef, le nouveau
Patriarche,
Alphonse Saint
Jaugier,
et se dota d'un
centre d'opérations
– le bourg éloigné
de
Dardois -
d'où ses «
interventions » se
déployèrent dans
toute la région. La
situation devenait
chaque jour plus
préoccupante. De
toute évidence, on
ne viendrait pas à
bout des « gens de
la croix » par une
simple délégation de
« Légalistes ».
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