Histoire de l'Aarkonie.

Retour aux Grimoires

 

Ce livre conte l’histoire d’un certain Ankolayat. Le récit est finement manuscrit et le genre se veut assez flamboyant. Il est écrit dans ce style souvent utilisé par les chroniqueurs et que l’on juge à présent désuet, celui de la narration vécue. Le manuscrit, éclairant sur l'histoire aarkonienne, a été retrouvé dans les effets personnels du Régent Daarkan van Kred, le VII GC de l'An 26.

 
 
Ankolayat
Manuscrit narratif . 
 

Ankolayat menait sa monture à un train d'enfer. Il retenait ses larmes, souhaitant être en compagnie de son Seigneur et ses frères d'armes. Mais il avait reçu un ordre de son Maître, et cela prévalait sur ses propres sentiments. Telles étaient ses pensées lorsqu'il ressentit une vive douleur, tant en son âme quand son coeur. Son Seigneur, celui qui avait été comme un père pour lui, était mort. Il laissa couler sa peine, et pressa encore plus sa monture.

Il était en vue de la forteresse lorsqu'elles l'assaillirent. Bien que plus petites que celles qu'il avait vu dans le désert, elles restaient imposantes, le dépassant de plusieurs têtes. Sans doute étaient-elles des sortes d'éclaireurs. La première sauta devant son cheval, qui prit peur et jeta son cavalier à terre. Rebroussant chemin, la bête fut interceptée par la seconde monstruosité, qui l'abattit d'un coup de hache. Puis elles fixèrent Ankolayat de leurs regards sanguinaires, semblant lui promettre un sort semblable.

Mais il était de noble lignage, ce qui lui conférait une vie plus longue car nourrie d'un courage que ceux du bas peuple remplaçait par l'oisiveté. Il avait connu de nombreux combats et était considéré comme un maître dans l'art de l'épée. C'est calmement qu'il se remit debout et sortit sa lame du fourreau. Les deux horreurs se mirent à tourner lentement autour de lui, comprenant sans doute qu'il ne serait pas une proie aussi facile que le quadrupède qui venait de se faire massacrer. Le petit jeu de l'observation dura longtemps, chaque adversaire ne sachant pas à quoi s'attendre. Ce fut la créature qui avait écharpé sa monture qui entama les premiers pas du ballet mortel qui allait se jouer ici. Elle sauta sur Ankolayat et abattit ses haches sur lui. L'assaut était sans finesse, il l'esquiva d'un bond en arrière ripostant dans le même mouvement en assenant un coup puissant directement sur la tête de l’orc monstrueux. Il avait mit toute sa puissance dans cette frappe, et son bras fût engourdit tant le choc était violent. Mais la créature, bien que paraissant légèrement sonnée, avait à peine été égratignée. Elle pouvait remercier sa solide armure d’os. Décontenancé, le chevalier faillit ne pas apercevoir la lame qui fendait l'air vers sa tête. Il dévia l'attaque d'un revers de sa lame et fit un roulé-boulé qui l'amena derrière son assaillant. Il plongea son épée dans le creux de l'articulation du genou de l’orc, puis la tourna violemment, finissant presque de l'arracher en la retirant. La créature poussa un hurlement strident, et recula frénétiquement tout en s'éloignant, se traînant au sol.
 

Son compagnon recula, se rendant compte qu'il n'était vraiment pas une des proies apeurées auxquelles il était habitué. L'estropié se releva et, sans doute aiguillonné par la douleur et la fureur, chargea, aussi bien qu’il le pût sur une jambe. Il déversa une pluie de coups, alternant griffes, crocs et haches à une vitesse effarante. Bien que gravement blessée, la créature conservait une vigueur et une rage extraordinaire. Ankolayat esquivait et parait tout en tâchant de garder l'autre créature dans son champ de vision. Comprenant que sa tactique était inefficace, le monstre cessa l'averse de coups et fît mine de reculer, puis lança subitement une de ses lames en direction des jambes de l’aarkonien. Celui-ci évitât l'attaque d'un rapide pas de côté, mais glissa sur une plaque d'herbe humide et se retrouva à terre. Aussi agile qu'un loup, il se remit sur ses pieds, mais la première créature profita de l'ouverture pour se fendre dans sa direction et le saisit entre les griffes de ses bras noueux mais désarmés. L’orc puissant se mit à serrer, Ankolayat entendit autant qu'il sentit nombre de ses côtes craquer. Lâchant son arme sous l'effet de la douleur, il tenta vainement de desserrer l'étau mortel. Devant l'inutilité de ses efforts, il remonta ses jambes sous lui puis envoya violemment ses talons dans le flanc de cette horreur verte. L’armure d’os, fragilisée, explosa sous l'impact, et Ankolayat fût libéré de l’emprise du géant qui se tordait de douleur à terre en poussant des cris si stridents que ses oreilles en sifflaient. L'estropié ne le laissa pas reprendre son souffle, il n'eut que le temps de se jeter au sol pour éviter le double coup de haches, roula sur le côté avant de se relever, ayant récupéré sa lame dans le mouvement. Une douleur atroce lui enserrait le torse, et il peinait à inspirer des goulées d'air qui lui brûlaient les poumons. Les deux créatures étaient blessées, mais lui même ne pourrait tenir le rythme beaucoup plus longtemps. Il chargea alors l'estropié, tenant haut son épée dans l'expectative d'une attaque brutale. L’orc se tassa sur ses positions, comptant sans doute encaisser le coup puis déchiqueter l'inconscient. Mais l’Aarkonien se laissa alors glisser à terre, se retrouvant sous la créature, et plongea directement sa lame à un endroit non protégé que l’on devine. La Peau-verte se mit à hurler de douleur et se jeta au sol, battant frénétiquement ses bras dans l'air. Ankolayat se releva et fit face à la première créature. Celle-ci observait son compagnon qui se tordait dans l'herbe et dont les cris se muaient rapidement en gargouillis. La peur prit l'avantage sur son envie de vengeance, elle tourna les talons et s'enfuit. Ankolayat s'appuya sur son arme, tentant de récupérer quelques forces, mais il s'effondra, inconscient, son corps en ayant supporté bien plus qu'il ne le pouvait. Sa mission ne serait pas menée à bien.

C'est ainsi que la citadelle du Duché d’Aarkonie ne fut pas mise au courant de ce qui l'attendait. Les Prétoriens qui y étaient restés faisaient encore des paris sur le nombre de ces envahisseurs, dont on expliquait que les forces royales viendraient à bout comme de tout péril jusqu’alors, quand l'invasion orc en repli fondit sur les murs de la Cité. Soldats et habitants se retrouvèrent assiégés par la masse grouillante. Leur défense fit honneur à la réputation des gens de cette contrée, mais elle fût ridiculement vaine face à l'assaut de créatures qui crevaient les hauts remparts comme s'ils n'étaient fait que de brindilles. 

Bien plus tard, alors que le massacre était fini depuis longtemps, Ankolayat reprit difficilement connaissance. Il sentit immédiatement dans l'air une forte odeur de sang et de fumée. Envahi par un terrible pressentiment, il se releva précipitamment et porta son regard vers la citadelle. Elle brûlait. D'ici, il distinguait la nuée qui entourait encore la ville. Nul n'avait pu en réchapper. L'enfant de Kenlyano était mort. Son propre fils était mort. Ses frères étaient morts. Son peuple. Il avait échoué. Il ramassa sa fidèle lame, la tournant vers son coeur.
"
Remplit ton dernier devoir. "
Et il se laissa tomber dessus.