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La coque du bateau fendait la mer en deux, toutes voiles dehors, depuis déjà plusieurs semaines. Dans la salle principale de la cabine commune, je tentai de tailler ma barbe négligée. Quant j’eu fini de prendre soin de moi, je me retournai vers Neldar assis à son bureau et le contemplai. J’étais fasciné depuis plusieurs jours par la précision de ses gestes. Je peux l’avouer, je n’étais pas tranquille, j’avais laissé mon épée dans les mains de l’Elfe et celui-ci l’avait maintenant recouverte de plusieurs substances étranges. Il répandait une poudre mauve sur le bas de la lame. Il ne semblait pas troublé par les balancements du bateau, écrivant ce qui semblait être une incantation. Il attrapa ensuite une fiole plombée et en versa le contenu sur la poudre. Celle-ci fut emportée par le liquide, la lame nettoyée était maintenant gravée d’un langage elfique. Le grand Elfe se releva, sa tête touchait presque le plafond de la salle. Il tenait délicatement l’épée posée sur ses deux mains et me la présenta avec un geste d’acquiescement de la tête respectueux, comme à son habitude. Fier, j’empoignai le manche de mon arme et la contemplai avec admiration. Je ressentais la puissance du nouvel enchantement. « Merci
mon ami ». Je la rangeai dans son fourreau et sortis sur le pont, suivis par mon ami.
Un jeune mousse m’interpella « Général de l’Aarch ! ».
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— Qu’y a-t-il ?
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— Le Commandant Mergeot a demandé à ce que vous le rejoignez.
Gradd Mergeot
était prêt de la proue, Je le voyais pensif, comme souvent ces derniers temps. « Qu’y a-t-il mon ami ? ». Le Commandant, dont l’armure était encore marquée par nôtre récente bataille ne me regarda pas.
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— Nous nous engageons dans une guerre qui n’est pas la nôtre, Elcam. Les elfes doivent régler leurs affaires eux-mêmes.
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— Je sais Gradd, mais le Duc à ses projets.
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— Je t’ai toujours suivit Elcam, j’ai juré de mourir pour te protéger toi et nos idées. Mais là où nous allons, c’est peine perdu.
Je le regardai. Effectivement, nous voguions à notre perte. En territoire ennemi, à plusieurs jours de cheval du moindre avant poste allié, et encore plus de la moindre âme du duché. « Est-ce la première mission suicide dans laquelle nous nous jetons la tête la première ? » Gradd me regardait enfin, avec un sourire au coin de la bouche. Tous les deux nous remémorions les donjons sans fin, où nous nous étions retrouvés entourés de dizaines de créatures immondes et nous en sortions quelques heures après, sans vraiment savoir comment.
Puis, tout naturellement mais sans envie aucune, je revoyais les images du combat de l’Antre de Radhram… Mes yeux fixés sur l’horizon brillaient d’émotion. Pourquoi tant de sang ? Pourquoi le sang de ceux que je pensais mes alliés ? Le Duc Azarkah n’avais pas souhaité me répondre, nous annonçant à moi et mes hommes « vous comprendrez bientôt mes frères ».
En effet, nous comprîmes quelques jours après. À peine reposés, le Duc nous faisait convoquer par missive discrète dans la grande salle de réception.
Lorsque j’entrai dans la salle, je fus surpris: pour la première fois de ma vie je la vis vide. Il y avait toujours au moins quelques dizaines de personnes, au service du Duc, au service des émissaires,
ou à leur propre service pour faire la fête. Moi et mes hommes remontèrent donc la salle, face au Duc Azarkah et à
Elmain d’Ertri, représentant officiel de Lordaeron.
C’est là qu’il nous exposa les faits, et son plan. Je compris tout de suite l’importance de cette mission, pour le futur du Duché. En s’alliant au Seigneur de l’Alca’Arh, le Duc y gagnerait en poids politique et militaire dans les décisions du royaume.
Je repartis sur le pont arrière du bateau, et contemplai le fabuleux spectacle de la flotte du duché. Mon cœur s’accélérait, des dizaines de bateaux voguaient dans notre sillage, des amis, des frères. Le voilier de
Galomi était le plus proche. Je pouvais même le distinguer malgré sa petite taille. Il avait insisté pour prendre le commandement de ce bateau. Je n’avais pas compris jusqu’à ce que je vois sur le manifeste que c’est celui-ci qui transportait les
Arrazines. Les légendes qui entouraient ces guerrières faisaient fantasmer bien des hommes… et des nains !
Gradd m’avait rejoint. Je sentis que la vision de cette armée puissante au service du Duc lui redonnerait confiance.
Trois jours étaient passés quand, enfin, un matelot cria « Terres en vue ! » puis le répéta. Une corne gronda pour avertir les autres vaisseaux.
Sur tout l’horizon, à perte de vue, apparaissait la silhouette du continent. Les hommes et femmes se préparaient, les uns enfilaient leur armure, les autres aiguisaient leurs armes.
Glenn m’apporta mon plastron et mes jambières, ainsi que le coffre en bois orné où j’avais rangé mon épée.
Il se prépara ensuite pour la mission que je lui avais confié. Il était trop jeune et trop inexpérimenté pour combattre, mais il désirait
ardemment prendre part
à la bataille. Le soleil se couchait déjà, chacun connaissait son rôle. Une barque fut mise à l’eau, Glenn ramait, seul. Je le surveillais avec ma longue vue, me surprenant d’être inquiet pour ce jeune guerrier.
La plupart des troupes partait sur les barques pour contourner l’ennemi, profitant de la nuit.
L’aube allait se lever, tout était enfin en place. Debout sur la barque, je regardais Glenn remonter à bord.
A l’heure prévue, l’un des piliers de la tour de guet explosa grâce au piège posé par le jeune homme. La tour s’écroula sous son poids, tuant son gardien. Toutes les troupes ennemies se mirent en position de défense face à la forêt, prêtes à repousser les troupes de Gradd qui attendaient dans les terres. Mais il n’y avait rien d’autre que le silence, qui fut soudainement percé par une flèche qui fila. Un homme s’effondrait au pied de ses camarades, abasourdis.
Neldar bandait son arc à nouveau et décocha une nouvelle flèche qui frôla ma nuque en toute confiance et atterrit dans la trachée de sa cible, à 200 mètre plus loin. Après une seconde d’hésitation, leur chef ordonna à ses archers de se tenir prêt. Il scrutait toujours l’horizon à la recherche d’une cible, en vain. Après presque une minute, une nouvelle détonation résonna à l’est. La grande porte en bois s’effondra à son tour laissant entrer une nuée d’homme en armure, avec Gradd en tête. En même temps, les archers sur les murs tombaient sous les flèches de la flotte qui accostait. Nos hommes courraient à leur tour vers leurs ennemis qui se retrouvaient encerclés. Je débarquai à mon tour, suivi par les 150 hommes d’élite de la garde du duché.
Je m’approchai du champ de bataille, l’épée au point. Un peu plus loin, je voyais
Drai’ih. Lorsqu’il me vit, la cicatrice qui barrait sa joue l’emplit de colère, il me fonça dessus. Je le laissais venir.
Tant de temps s’était écoulé depuis notre dernier combat, aujourd’hui je ne plierais pas devant lui. Emporté par sa vitesse, il ne chercha même pas à s’arrêter. Empoignant mon épée à deux mains, face à moi, dans une position neutre, je fermais
les yeux et me
concentra sur mes leçons. En un instant, je fis le vide autour de moi. Un vent puissant balaya tous les hommes dans un rayon de 8 mètres. Drai’ih fut projeté loin devant moi, étourdi, il chercha à se lever alors que je le chargeais de toutes mes forces, il chercha à m’empaler, mais j’évitai sa lame. Dans le même temps, j’agrippai son poignet, l’empêchant de continuer son mouvement, et le frappa du point et de ma crosse violement, faisant voler son casque. Il ne tomba pas et leva son arme dans un mouvement désespéramment lent. D’un coup violent, je la repoussai, profitant ensuite de ma lancée, ma lame retombait et alla se planter précisément sur l’arrière de son genou. Son armure affaiblie ne résista pas, sa jambe se plia sur le coté dans un fracas d’os que les cris alentours ne parvinrent à couvrir. L’elfe s’effondra sans un cri. La douleur eut raison de lui. Il tomba dans l’inconscience avant de toucher sol.

En me retournant, je vis la grange prendre feu. Je criai à
Ellah d’éteindre ça, il ne fallait pas qu’une lueur ou une fumée puisse être vue de loin. À peine
eussai-je donné mon ordre qu’un éclair de givre frappa la grange, le bâtiment entier fut recouvert de glace.
Grâce à notre attaque surprise et à la qualité de nos combattants, moins d’une heure après l’assaut nous étions victorieux. Peu d’entre nous avait péri, et nous avons
pu très rapidement nous installer et sécuriser le camp pour le débarquement des autres hommes.
Je me dressai sur les remparts de notre avant-poste. Au loin, le ciel de la nuit était rougeoyant, c’était Alca’Arh, la ville était assiégé, nous devions faire vite. |