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Elle
était à bout de patience. Cela faisait plus d'un Grand Cycle
maintenant qu'elle avait eu la vision et rien n'avait bougé.
Enfin si... mais pas dans le sens attendu... Bénénice
Théodora Shalîmar était en état d'arrestation et le cardinal
Ballian de Hauteterres suspecté de trahison... Elle était
prête depuis longtemps. La pose des runes lui avait permis
d'obtenir les informations nécessaires pour s'introduire dans la
salle des archives. La jeune femme poussa un soupir exaspéré.
Cette fois, elle en avait assez d'attendre ! Elle avait montré
bien assez de patience ! Elle irait, et seule, comme elle en
avait eu l'intention dès le commencement.
Elle se prépara. Elle sortit ses vêtements de cuir sombre,
récompense qui lui avait été octroyé par la victoire en de rudes
combats, et les enfila avec une certaine joie. Elle resongea aux
nuits passées, aux frissons ressentis, aux secrets qu'elle avait
surpris dont certains lui avait sans doute sauvés la vie...
L'heure était venue, la mi-nuit
était passée. Elle se glissa furtivement hors des Quartiers
Résidentiels aarkoniens. C'était sans doute une précaution
inutile mais l'incantation du sort risquait de s'entendre des
chambrées voisines et elle ne voulait prendre aucun risque. Elle
rentra chez elle, sa vieille maison du quartier commerçant. Elle
avait une confiance totale en ce lieu. Sa longue expérience
d'espionne au sein du SI:7 lui avait permis de prendre toutes
les précautions, qu'elles soient d'ordre physiques ou magiques
pour que son chez elle soit protégé contre toute tentative
d'intrusion ou d'espionnage. Cela lui avait coûté une fortune en
composants et matériaux divers.
Elle avait un peu peur maintenant... C'était la première fois
qu'elle allait tenter cela... Et si elle se retrouvait projeté
dans le néant distordu ? Elle chassa ces pensées stupides. La
mage qu'elle était devenue incanta le sort, focalisant toute sa
concentration sur la trame afin de localiser exactement
l'endroit. La téléportation opéra et elle se retrouva dans la
salle des archives.
Enfin... Après si longtemps à attendre cet instant, l'atteindre
avec tant de facilité était presque frustrant... Elle sourit en
remerciant la pose de ces nouvelles runes qui l'autorisaient à
utiliser la magie en ce lieu. Elle prit une seconde pour
observer la pièce, instant magique, plein de solennité pour
elle. La jeune femme ferma les yeux une seconde, pris d'un léger
vertige. Cet instant... elle voulait le faire durer... Elle
allait enfin savoir...
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Elle se dirigea lentement et sans
bruit vers l'étagère qu'elle avait vu... Ses yeux étaient déjà
posés sur le livre que la clarté lunaire éclairait doucement...
Arrivée au pied de l'étagère, elle le contempla quelques
instants encore... Tendre la main... la laisser en suspend... Il
avait l'air si vieux,.. si usé,... si fatigué... et s'il tombait
en poussière quand ses doigts allaient l'effleurer ? La peur
encore une fois lui étreignit le coeur qui se mit à battre
follement. Ses doigts touchèrent le livre avec d'infinies
précautions, caressant la tranche d'un geste délicat. Non, il ne
tomberait pas en poussière. Elle pouvait sentir la puissante
magie qui l'entourait, le protégeait des outrages du temps. Quel
âge pouvait-il bien avoir ? Elle le saisit enfin, le dévorant
des yeux, et fut saisit de l'envie de l'ouvrir mais elle savait
qu'elle ne pourrait le refermer pendant plusieurs heures et le
temps pressait. Elle le rangea à regret dans son sac et sortit
un livre du même bleu, trouvé chez le libraire du quartier
commerçant, dont elle avait usé la tranche pour qu'il ressemble
à l'ouvrage manquant. Il n'y aurait pas de trou dans l'étagère
et la personne qui voudrait consulter le livre se retrouverait à
lire les aventures passionnantes de "Dame Angèle". Elle eût un
sourire narquois à cette pensée et se détourna.
Il lui restait quelques heures... Elle allait les mettre à
profit. Son regard embrassa la salle. Où pouvait-on avoir rangé
les cartes aarkoniennes ? Revenant vers l'entrée de la pièce
elle étudia un épais registre posé là. Retirant le gant de cuir
de sa main, elle y invoqua une petite flamme pour avoir la
lumière suffisante pour lire. Elle trouva bientôt les
renseignements qu'elle cherchait et se dirigea nonchalamment
vers l'endroit indiqué. L'espionne n'avait peut être pas trouvé
ce qu'elle cherchait dans les archives du SI:7 mais ici, aucun
doute n'était permis. Elle repensa avec amertume à sa déception
: la première guerre qui avait ravagé Hurlevent avait détruit
une grande partie des archives du SI:7 qui n'avait pu être
entièrement reconstitué.
Cherchant parmi les rayonnage, elle finit par mettre la main sur
ce qu'elle convoitait. Un sourire victorieux aux lèvres la jeune
femme déroula l'épais parchemin. Sous ses yeux où brillaient une
malicieuse lueur s'étalaient enfin les noms des lieux tant de
fois lu. Le dessin des rivières, les villes et villages, les
montagnes et collines... L'Aarkonie entière s'étendait sous ses
yeux... Il ne serait pas bien difficile de trouver les
correspondances nécessaires pour situer cette terre maintenant.
Elle rangea la carte dans son sac et retourna au registre. Elle
détaillait le titre des ouvrages afin de juger lesquels
pourraient être intéressant lorsque soudain un appel mental,
résonna dans sa tête. Etonnée, elle se redressa. Se faisant
réceptive aux lignes de Ley. Un instant, le choc la paralysa. Un
blanc énorme dans ses pensées comme un gouffre sans fond.
Reprenant enfin ses esprits, elle émit mentalement un : "J'arrive."
La jeune mage eût un mal fou à se concentrer assez pour se
téléporter mais finit, au bout de quelques tentatives, par se
retrouver dans la tour des mages de Hurlevent. Quelques
arcanistes, encore à l'ouvrage en cette heure tardive, se
retournèrent sur cette silhouette masquée, courant à perdre
haleine, qui disparût bientôt dans la nuit de la cité. |